31/08/2026
Esambe Josilonus
©2019
Rome par la face Est

Avertissement
Ce qui suit est un "essai" d'environ 10'000 mots, bref quoique touffu. Le transformer en analyse demanderait des dŽveloppements infinis et des connaissances et compŽtences que je n'ai pas. Pour ne pas surcharger la construction, je minimise l'ŽvŽnementiel et je renvoie en notes mes sources dont je donne de larges extraits.
Je tente ici d'esquisser un "scŽnario", d'Žcrire le brouillon d'un narratif qui remplace la traditionnelle "expansion de Rome" par  son attraction par "l'Orient" (l'Asie occidentale en fait).
Je ne procŽde pas ˆ la sŽlection des meilleurs (Žvolutionnisme), ni ne transforme les derniers en premiers (histoire inversŽe). Je teste la possibilitŽ de raconter une histoire qui soit 1) plausible, 2) non essentialiste (le "gŽnie" romain ou occidental ou oriental) et 3) qui, en mme temps, rende compte de notre Histoire de Rome.
Il s'agira de dŽcentrer une Histoire que nous avions axŽe sur nous-mme, moins par mŽchancetŽ ou propagande, que par un Žgotisme banal. Que l'Occident industriel ait dominŽ le monde et imposŽ son regard, a suscitŽ, dans la deuxime moitiŽ du XXe sicle, une rŽaction, aussi lŽgitime que biaisŽe. Si on peut aujourd'hui envisager, non plus de "dŽsoccidentaliser" mais de "provincialiser" l'Occident Ñ de relativiser l'Histoire qu'il a vŽcue et ŽcriteÑ, on le doit ˆ la "globalisation" permise par la foudroyante accŽlŽration des communications. Si "the World is flat", la vue se dŽgage !
D'o les multiples "nouvelles approches". Quoique non unifiŽes, souvent partielles ou excessives, elles Žclairent des zones qui avaient ŽchappŽ ˆ l'Histoire traditionnelle ou qu'elle avait obscurcies. C'est Žvidemment ˆ elles que j'emprunte la plupart de mes rŽfŽrences
.

 

Notre Histoire de Rome a ŽtŽ Žcrite ˆ partir de l'Ouest. Les "envahisseurs", autoproclamŽs successeurs, ont captŽ l'hŽritage que "nous" n'avons cessŽ de contempler et de choyer, mme en le dŽnigrant. L'Histoire est-elle autre chose que la louange de Rome ? (Quid est enim aliud omnis historia quam Romana laus ?, PŽtrarque).

Cette Histoire de Rome raconte un schisme : notre schisme. Les barbares pŽriphŽriques ont usurpŽ l'Empire. Nous, leurs descendants, avons positivŽ l'inoccident en faisant de la "crise du IIIe sicle" et de la tŽtrarchie de DioclŽtien le dŽbut d'un Occident qui, ˆ travers des crises difficiles, se recompose (Charlemagne) tandis que la pars orientalis dŽgŽnre sans fin et s'Žloigne de plus en plus. Notre tentative de reconqute (Croisades) bute sur cette ŽtrangetŽ et culmine ÑbrivementÑ par la honteuse prise de Constantinople (1204) et l'Empire latin. Les "Grecs", des chrŽtiens non chrŽtiens, sortent de notre Histoire quand subjuguŽs par les Arabes puis les Turcs que "nous" n'avons cessŽ de repousser, de "Poitiers" ˆ Navarin en passant par la Reconquista, "LŽpante" et Vienne. Ex oriente furor [1].

Lorsque la rŽvolution industrielle donne ˆ l'Occident les moyens de l'impŽrialisme, il "dŽcouvre" l'Orient tel qu'il l'a fabriquŽ [2] : despotique et effŽminŽ, luxueux et barbare, vŽnal et tracassier, misŽrable et arriŽrŽ, cruel et bureaucratique.

Comment retrouver l'Orient romain dans une "gŽomachie" aussi confuse ?

Il a fallu pour cela le postcolonial turn et plus gŽnŽralement la "dŽsoccidentalisation du monde" Ñaussi partielle soit-elle. Quoi qu'on pense des dŽveloppements de la "nouvelle approche"  (cf. Paradoxe d'une chute Žternelle), un peu comme une fouille archŽologique, elle met au jour des couches du passŽ disparues sous les sŽdiments dont nous les avons recouvertes. IndŽpendamment des thŽorisations qu'il gŽnre, chaque nouveau regard aperoit quelque chose et peu ˆ peu, quoiqu'en pointillŽs, une nouvelle silhouette de Rome se dessine.

Rome par la face EstÑ ce titre pour signifier que l'Histoire de Rome n'est pas romaine, ni mŽditerranŽenne et donc que les pŽripŽties de la zone frontire Nord-Ouest ne marquent pas la chute de Rome [3].

Dans une premire partie, je procde ˆ cette orientation de l'Histoire de Rome. Une telle opŽration laisse un reste : l'Europe. Ce rŽsidu prŽtendra tre la moitiŽ de l'Empire, prŽtendra tre l'Empire. Les deux parties suivantes sont consacrŽes ˆ cette inversion de l'Histoire.

Si Rome a refluŽ parce que nous ne comptions pas, pourquoi Žtait-elle venue ? comment nous sommes-nous faits romains ? Žtait-ce une forme de cargo cult ? Je me demanderai dans la deuxime partie ce que "nous" Ñl'EuropeÑ faisons dans cette histoire "orientŽe".

Reste ˆ expliquer dans la troisime partie comment, en absorbant et digŽrant Rome, nous lui avons donnŽ tant de place qu'elle est devenue un fondement de notre "identitŽ". Comment la "sub-romanitŽ" s'est-elle transformŽe en nŽo-romanitŽ ? Un dŽnouement aussi invraisemblable nŽcessite l'intervention d'un deus ex machina.

1. Orientation

Rome, c'est l'histoire d'une aspiration par l'Est, d'une "orientation". Mais quel "Est" ? la spŽcification est problŽmatique. Relativement, l'Est shifts round the globe (Gibbon [4]). O qu'on soit, on est ˆ l'Est d'un autre lieu ! Il varie autant que son complŽment, l'Ouest. Dans la compŽtition mondiale d'aujourd'hui et les interrogations associŽes, la Chine est l'Est absolu. On pourrait presque dire en parodiant Ferguson [5] : the west is the rest [6].

D'autre part, si les montagnes ont peu bougŽ, et les rivires pas trop ш la diffŽrence du climat et du niveau de la merÑ, notre gŽographie (coloniale, postcoloniale et pŽtrolire) est aussi Žtrangre ˆ l'AntiquitŽ que nos moyens et itinŽraires de communication.

Enfin, en dehors des mondes grŽco-latin et chinois, aux deux extrŽmitŽs, l'historiographie manque ou, pis encore, a ŽtŽ Žcrite ˆ l'envers. Comme sur les anciens atlas, il y a au milieu de l'Eurasie (sans parler de l'Afrique) une immense t‰che blanche, parsemŽe de crŽatures fabuleuses, des Perses "effŽminŽs" et des Scythes "sauvages".

Comment se repŽrer ? Quel est l' "Est magnŽtique" de Rome ? Grosso modo, il correspond ˆ la MŽsopotamie, ce centre multimillŽnaire de la partie occidentale de l'Eurasie agraire. Le cÏur du "monde mŽditerranŽen" ne lui appartient pas ! Depuis au moins le 3me millŽnaire BC, il bat en MŽsopotamie. Cet "exo-cÏur" et son systme circulatoire sont branchŽs Ñ par les Indes et l'Asie centraleÑ sur le "systme-monde" chinois (expression abusive employŽe faute de mieux). Asie occidentale et orientale se rŽpondent de part et d'autre du continent [7].

Avant de tenter une histoire perse de Rome (b), il faut d'abord nettoyer le terrain en le dŽbarrassant des lieux communs dont l'histoire l'a recouvert  (a).

a) retrouver la Perse

Dans les temps historiques la "Perse" [8] a tirŽ une bonne part de sa puissance de la MŽsopotamie. La rŽgion du "Croissant fertile"  (MŽsopotamie, PhŽnicie, VallŽe du Nil) Ñcentrale ˆ l'Žpoque agraireÑ oscille entre un pole mŽsopotamien et un pole Žgyptien, le premier Žtant moteur.

On le sait, du 6e au 3e millŽnaire BC, dans cette rŽgion entre le Tigre et Euphrate, ˆ la fois prospre et ouverte, toutes les bases de notre civilisation antique apparaissent : l'agriculture et la mŽtallurgie, l'irrigation et la construction, les temples et l'imp™t, l'Žcriture et la numŽration, l'ŽpopŽe, les villages, les citŽs, l'Etat, le Roi Žlu de Dieu, l'Empire et, plus tard, le monothŽisme. En sautant Sumer, l'Assyrie, Babylone et les Mdes, nous arrivons ˆ Cyrus (VIe sicle BC). L'empire "perse" conquiert tout le "moyen orient", de la Lybie ˆ l'Indus, de la mer noire au golfe d'Oman et restera longtemps une "superpuissance" [9].

Les Perses entrent dans "notre" Histoire occidentale par la mŽmoire "grecque" faonnŽe par Athnes [10] qui les habille en barbares et fait des batailles pŽniblement gagnŽes une apothŽose de l' "hellŽnitŽ"  [11] . Pourtant, initialement, Athnes ne compte gure. Les citŽs "grecques" de la c™te orientale de l'EgŽe sont autrement importantes que les petites plaines arides de la c™te occidentale. Elles ont ŽtŽ intŽgrŽes ˆ l'Empire attrape-tout qui s'Žtend aussi en Thrace, domine la MacŽdoine et attire les citŽs grecques, souvenons-nous qu'Athnes a cherchŽ l'alliance perse contre Sparte.

La rŽvolte de l'Ionie (499/493 BC), une parmi tant d'autres, met l'EgŽe ˆ l'ordre du jour perse et entra”ne Darius ˆ traverser la mer pour une expŽdition punitive qui est un succs malgrŽ Marathon (490BC) : la Perse s'assure le contr™le de la mer et de la plupart des ”les. L'expŽdition suivante (Xerxs) prend Athnes et la dŽtruit. Dans cette guerre asymŽtrique, Salamine et PlatŽes (479BC) ne sont pas des dŽfaites stratŽgiques perses mais des victoires d'Athnes qui y gagne une hŽgŽmonie de quelques dizaines d'annŽes en mer EgŽe (Ligue de Delos). Aprs quoi, les excs d'Athnes provoque la guerre du PŽloponnse (dernier tiers du Ve sicle) ˆ l'issue de laquelle Athnes est ruinŽe et marginalisŽe.

Pour l'immense empire perse, ces guerres pŽriphŽriques n'avaient pas de caractre stratŽgique. Semblablement, ˆ l'autre bout, du c™tŽ de l'Indus, l'Empire avanait et reculait selon les hasards de la guerre. Plus que Marathon et Salamine, les rŽvoltes Žgyptienne et babylonienne expliquent le reflux de Grce de Darius puis de Xerxs. 

Les guerres mŽdiques n'opposent pas "la Grce" aux Perses. Dans une large mesure, elles confrontent les citŽs grecques les unes aux autres Ñou les factions au sein des citŽs. Les vaincus politiques se rŽfugient en Perse, demandent et obtiennent soutien ou aide. ThŽmistocle, fondateur de la marine athŽnienne et vainqueur de Salamine, banni, est accueilli par ArtaxerxŽs qui le comble d'honneurs et de responsabilitŽs. L'or perse est l'arme secrte de la guerre du PŽloponnse et l'appui du Grand Roi donne la victoire ˆ Sparte.

Le chaos subsŽquent permet ˆ l'expansionniste Philippe de MacŽdoine d'Žtablir son hŽgŽmonie sur la Grce. A la gŽnŽration suivante, Alexandre, proclamant son "hellŽnitŽ", conquiert d'abord l'EgŽe, puis l'Empire. Comme le montrent tant d'exemples chinois ou romains, ceux qui s'emparent du tr™ne et Žtablissent de nouvelles dynasties, ne sont pas des corps Žtrangers, mais des satellites, des hybrides pŽriphŽriques. Depuis longtemps, la "MacŽdoine" Žtait dans l'orbite perse [12].

Le schŽma que je viens d'esquisser rapidement retourne celui que les "Grecs" Ñles AthŽniens en rŽalitŽÑ ont Žcrit et nous ont lŽguŽ. Inversant la polaritŽ, ils se font le centre du monde et nous font prendre la lune pour le soleil, la grenouille pour le bÏuf. Examinons cette permutation.

Les AthŽniens avaient attirŽ la foudre sur eux en massacrant les ambassadeurs perses, ils l'ont chrement payŽ. C'est difficilement qu'ils ont trouvŽ des alliŽs et presque miraculeusement [13] qu'ils ont gagnŽ leurs batailles (ils en ont perdu aussi). La double victoire athŽnienne de 466BC n'affecte pas l'Empire qui repousse sans difficultŽs la contre-attaque sur Chypre et l'Egypte.

On comprend aisŽment que les AthŽniens se rŽjouissent d'avoir ŽchappŽ au retour de leurs "tyrans" pisistratides et ˆ la soumission aux Perses. On ne s'Žtonne pas qu'ils en tirent parti pour coaliser sous leur autoritŽ une sŽrie de citŽs qui leur Žchappaient. On conoit qu'ils emphatisent leurs succs militaires et reprennent les refrains antiperses que les Ioniens avaient chantŽ pour se donner du courage [14]...Ce qu'on ne comprend pas Ñce qu'on devrait ne plus comprendreÑ c'est que deux mille cinq cents ans aprs et ˆ des milliers de kilomtres, on entende encore la mme chanson !

Sans fin serait la recension de la reprise des stŽrŽotypes athŽniens cŽlŽbrant le triomphe de "l'Occident sur l'Orient", "de la libertŽ sur le despotisme", de la "civilisation sur la barbarie" : the WorldÕs History hung trembling in the balance (Hegel)...the battle of Marathon, even as an event in English history, is more important than the battle of Hastings (JS Mill) [15]. Marathon, Thermopyles, Salamine, paraissent tre les "batailles de la Marne" de l'Occident, the Battle for the West [16]. D'innombrables ouvrages expliquent au grand public comment "le monde" a ŽtŽ sauvŽ. La Perse "ennemie" de la civilisation, puis "conquise par la civilisation" (Alexandre vu par Droysen [17]), puis redevenue "ennemie" (Parthes, Sassanides), puis la conqute arabe, puis les Croisades, puis l'empire ottoman...Dans le contexte de la "question d'Orient" du XIXe sicle, de l'impŽrialisme, de la rŽvolution khomeyniste, du 11 Septembre et du terrorisme, on voit un trs long Clash of Civilizations de vingt-cinq sicles [18], et plus longtemps encore puisque, avec HŽrodote, on englobe la guerre de Troie dans cet affrontement immŽmorial, commencŽ par des rapts de femmes et des rivalitŽs commerciales [19].

A la suite de l'epochal Sa•d (1978), et en recourant comme lui davantage ˆ l'anthropologie culturelle qu'ˆ l'Histoire, Edith Hall (1989 [20]) a analysŽ l'invention du barbare (perse) par des AthŽniens cherchant ˆ la fois ˆ s'autodŽfinir et ˆ dominer les citŽs grecques sous le drapeau d'une "hellŽnitŽ" commune incarnŽe par Athnes. Les mythes archa•ques d'affrontement des hŽros aux "autres" surnaturels sont recyclŽs en humanisant l' "autre" (perse) et en l'ethnicisant (barbare). Le "barbare" est le contraire du "Grec" : what the Persians do not do is precisely what Greeks do do Ñ et rŽciproquement (Cartledge, 1990 [21]).

Sur la base de l'opposition entre l'ordre "social" et le chaos exprimŽe par le discours mythique, le double mouvement de dŽnŽgation du Perse et d'affirmation de l'AthŽnien dŽbouche sur une standardisation de l' "autre". Aux caractres rŽpugnants que les Perses partagent avec les Amazones et autres monstres, s'ajoute leur esclavage. Hall prte une double origine ˆ ce langage de la libertŽ : d'une part, les Perses ont soutenu les tyrans en exil (et rŽciproquement), aussi "tyran" et "perse" sont synonymes ; d'autre part, la masse d'esclaves qui nourrit la dŽmocratie est allogne, aussi "barbare" Žquivaut ˆ "servile". Kim (2013) suggre une explication fiscale plus gŽnŽrale : ceux qui payent tribut sont esclaves, qu'ils soient perses, Žgyptiens, indiens. En refusant de se soumettre les "Grecs" restent libres (de payer tribut ˆ Athnes !) [22] .

Devenue ontologique, la distinction hellnes-barbares exprime un impŽrialisme universel et civilisateur : la rŽconciliation est impossible, la soumission impensable, il faut donc les conquŽrir pour se dŽfendre et pour les sauver.

Tout naturellement Hall polarise l'analyse sur Athnes qui est le centre et le moteur du processus. Que l' "hellŽnisme" soit conu, promu et appropriŽ par Athnes (ˆ titre dŽfensif contre les Perses, offensif pour la Ligue de DŽlos), cela pose non seulement la question de l'hellŽnitŽ des pŽriphŽries (Grande Grce, Nord, Est) mais celle de la "rŽception" du topos par les autres citŽs "grecques". Elles sont plus rŽticentes qu'on ne le pense : le lourd triomphe d'Athnes et ses exactions  multiplient les oppositions qui conduisent ˆ la guerre du PŽloponnse o s'engloutira Athnes. HŽrodote lui-mme sait que, en affirmant qu'Athnes a libŽrŽ la Grce, il s'attirera la haine de la plupart des hommes (τν ¹λενωννθρ¹ων: VII, 139) !

Comment une construction circonstancielle et locale se transforme-t-elle en topos universel ? Bien sžr, la xŽnophobie est une habitude des groupements humains, surtout lorsqu'ils sont menacŽs : l'Žtranger devient non seulement diffŽrent mais "contraire". Mais comment un stŽrŽotype produit par Athnes pour incarner la civilisation contre le chaos et rallier les autres citŽs nous a-t-il conquis, nous ?

On citera : les Perses d'Eschyle et leurs fortes images ; Platon, XŽnophon, [23] Isocrate et les autres, et surtout HŽrodote dont l'encyclopŽdie a traversŽ les sicles, la bonhomie sŽduit les gŽnŽrations, les abondants et uniques dŽtails inspirŽ les narrateurs, immortalisŽ la surŽvaluation des victoires "grecques" et naturalisŽ l'opposition entre l' "Europe" et l' "Asie".

Toutefois, les textes ne suffisent pas. Un discours enflammŽ et habile prononcŽ ˆ un moment critique peut, ponctuellement, avoir une capacitŽ d'action et faire l'Histoire. Un texte refroidi, copiŽ et recopiŽ, ne fera rien par lui-mme. Il lui faut un moteur. Les prŽtentions "hellnes" d'Athnes heurtaient la plupart des citŽs "grecques" qui mŽdisaient ˆ qui mieux mieux et rivalisaient ˆ tout va. Paradoxalement, leur fortune est exogne [24].

A part quelques institutions communes (jeux et oracles), on ne voit pas d'hellŽnitŽ "pan hellne" [25] avant l'hŽgŽmonie macŽdonienne. Les "MacŽdoniens", non organisŽs en citŽs, "fŽodaux" demi-illyriens, longtemps vassaux de l'empire perse, dans la "zone grise" entre Hellas et Thrace, failed to convince everyone that they were not barbarians (Hall, p 179 [26]). Ils ne sont pas hellnes ? ils se feront pan hellnes ! Aprs avoir vaincu les citŽs (ChŽronŽe), Philippe leur impose de rester en paix (Ligue de Corinthe 338BC) et en prend le contr™le au nom de l'unitŽ de la Grce. Aristote est un symbole de ce hold up culturel : issu des marges macŽdoniennes, il s'instruit longuement ˆ Athnes et revient Žduquer le fils du roi.

La "marque" hellne atteint une notoriŽtŽ sans limites gr‰ce aux fabuleuses conqutes d'Alexandre. "DŽmacŽdonisŽes", elles entrent dans l'Histoire comme la revanche de la Grce sur la Perse et la civilisation forcŽe des barbares [27], vision impŽriale qui plaira aux XIXe et premier XXe sicle.

Et l' "hellŽnisme" sera encore validŽ a contrario par la dŽcadence que son oubli provoque : les successeurs des diadoques "dŽgŽnrent" en "s'orientalisant", tandis que la Grce continentale retournŽe ˆ son anarchie traditionnelle attend que la conqute romaine la rappelle ˆ elle-mme. La Grce ne fut jamais plus grecque que sous l'Empire romain mme si cette ÇgrŽcitŽÈ Žtait l'invention des vainqueurs (Dupont, 2002 [28]).

L'hellŽnisme ne m'intŽresse pas ici. J'ai parlŽ du c™tŽ face pour faire ressortir le c™tŽ pile : l'otherization de l'Asie occidentale. Dans un sens (soulignŽ par les post colonial studies), cette "autrification" constitue une nŽgation ontologique. Historiquement, elle en fait une zone d'ombre. L'Orient ainsi dŽvalorisŽ, comment imaginer qu'il joue un r™le moteur dans l'expansion de Rome ? l'historiographie la voit centrifuge, une dilatation ˆ partir de Rome, ultŽrieurement corrompue par l'orientalisation (despotisme, amollissement, fŽminisation etc.).

b) une histoire perse de Rome ?

De manire provocatrice et contestŽe, Ball commence son Rome in the East (2000) [29] en exprimant la surprise d'un archŽologue moyen-oriental de se trouver "chez lui" dans les ruines romaines de Jordanie : il reconna”t dans un tetrapylon un chahartaq iranien et dans les portiques un bazar : From there, I began to look at the other buildings at Jerash not as the Roman buildings they appeared to be, but as Near Eastern buildings (prŽface ˆ la 1re Ždition). Sa thse est que the East transformed Rome. Through this contact, Near Eastern civilisation transformed Europe. The story of Rome is a story of a fascination for the East, a fascination that amounted to an obsession. L'Orient a "transformŽ" Rome, lui apportant, richesses, civilisation, architecture, empire, empereurs et religion chrŽtienne. Et, par diffusion, l'Occident.

Cette rŽvolution dont l'auteur se fait une spŽcialitŽ (cf. Out of Arabia, 2009) est aussi intŽressante que dangereuse [30]. En faisant faire un tte ˆ queue ˆ l'orientalisme, il en reprend la supposition d'homogŽnŽitŽ et se borne ˆ remplacer les moins par des plus. Toute gŽnŽralisation dŽpasse son but.

Il me faut donc dŽlimiter mon "Orient". Sans oublier les entitŽs historiques et leur action, je pense d'abord ˆ une rŽgion, celle du Croissant Fertile qui allie agriculture productive, "industrie" et villes ; je pense ensuite ˆ sa pŽriphŽrie (mer noire, MŽditerranŽe, dŽserts et steppes) ; et enfin ˆ ses relations extŽrieures avec l'Afrique profonde et orientale d'un c™tŽ, l'Inde et l'Asie de l'autre. A travers le temps, cette structure de base conna”t des formes et modalitŽs d'organisation variables, les empires mŽsopotamiens, les citŽs de la c™te orientale, l'empire Žgyptien...

Depuis le VIe sicle BC, l'empire "perse" achŽmŽnide constitue l'enveloppe de la rŽgion. J'emploie le mot "enveloppe" pour minorer "empire" et ne pas laisser supposer un espace homogne et quadrillŽ. L'empire de Cyrus a ŽtŽ conquis par Alexandre. On a coutume d'expliquer les faillites dynastiques par la "dŽcadence" ou la surexpansion, la faiblesse organique et les tendances centrifuges. On a raison et tort. Raison, parce que tout empire antique est instable, en raison de sa faiblesse constitutionnelle (succession du chef Žlu des Dieux) et de l'indigence communicationnelle qui l'empche de contr™ler l'espace. Tort, parce qu'il ne faut pas concevoir ce type d'empire comme un territoire ˆ dŽfendre et ˆ exploiter [31]. C'est plut™t un rŽseau relationnel et un systme de drainage qui se contractent et se dilatent selon les circonstances.

Pour la nouvelle approche (Briant, 1996, ˆ la suite de Sherwin-White, Kuhrt) qui met l'accent sur les Žquilibres dynamiques qui font tenir l'empire, son effondrement constitue un "scandale historique".

En elle-mme (dŽtachŽe de la tradition qu'elle a engendrŽe), la conqute d'Alexandre ressemble ˆ celle de Cyrus deux sicles plut™t : une entitŽ pŽriphŽrique s'empare de l'Empire, change la dynastie et procde ˆ une nouvelle synthse des Žlites [32]. La "gŽopolitique orientale" n'est pas rŽvolutionnŽe par la conqute mais par son Žchec : l'incapacitŽ d'Alexandre ˆ assurer sa succession, la guerre des diadoques et la fragmentation en sous-empires et en "royaumes", inŽvitablement rivaux. Les principaux sont la MacŽdoine "antigonide", l'Egypte "lagide" et la Perse "sŽleucide". Celle-ci est une espce d' "Etat-successeur" de l'Empire achŽmŽnide, de l'EgŽe aux lointaines frontires "indo-grecques" [33].

Cette Perse n'est pas devenue "grecque" (Sherwin-White [34]), elle reste multiple. Pour l'essentiel, elle rŽsistera aux conqutes romaines. Les Parthes ˆ l'Est, non les Romains ˆ l'Ouest, auront raison des SŽleucides [35]. Aprs avoir rŽgnŽ sur l'Empire deux fois plus longtemps que les AchŽmŽnides, les Arsacides parthes sont remplacŽs au IIIe sicle AD par les Sassanides. Encore un schŽma ˆ la Cyrus ! A travers ces pŽripŽties, l'Empire conserve, non pas une identitŽ transhistorique qui ferait pendant au prŽtendu hellŽnisme, mais ce que Briant appelle sa structure gŽnŽtique qui rŽsulte dÕun processus, mme inachevŽ, dÕintŽgration phagocytaire des royaumes, dynastes, peuples et citŽs qui lui prŽexistaient.

Et Rome ?

Revenons en arrire.

Vers le Ve sicle BC, le "monde mŽditerranŽen" est centrŽ sur la mer EgŽe. Sa pŽriphŽrie occidentale est structurŽe par l'affrontement du "monde Žtrusque" au nord de la pŽninsule italienne et du "monde grec" (para-grec) au sud, lui-mme opposŽ au "monde phŽnicien" (para-phŽnicien). Au centre de la pŽninsule, des peuplades se fŽdrent (Ligue Latine). Aprs s'tre combattues pour l'hŽgŽmonie, elles s'organisent en une citŽ de citŽs nommŽe Rome (338BC). Participant mineur et tardif du "petit jeu" (Caere, Syracuse, Carthage, pour simplifier), Rome, d'Žtapes en Žtapes, bascule dans le "grand jeu" post alexandrien : de Pyrrhus d'Epire (280BC) [36] ˆ la victoire sur Carthage (202BC), des petites "guerres illyriennes" aux guerres macŽdoniennes (215-148BC) [37], de la MacŽdoine ˆ l'Asie occidentale.

L'alliance/rivalitŽ du macŽdonien Philippe ("V") et de l'asiatique Antiochos implique une menace ÑrŽelle, crainte ou illusoireÑ qui met Rome en action et la transforme en "diadoque-successeur", l'hŽritire des hŽritiers d'Alexandre (Mommsen). Elle finit, via Pergame, Mithridate et les guerres civiles [38], par gagner la MŽditerranŽe orientale (Egypte, Syrie, Mer Noire), sans toutefois dominer le centre mŽsopotamien du "grand jeu". L'Empire Perse, une fois rŽnovŽ par les Sassanides (224AD), contr™le la MŽsopotamie et les routes (terrestres et surtout maritimes) vers l'Asie. Le drang nach Osten romain est bloquŽ comme, rŽciproquement, le rve perse de rassembler l'Empire de Darius (Thrace et mer noire, Syrie, Egypte) [39].

Avec des victoires/dŽfaites et des avancŽes, parfois spectaculaires jamais acquises, marquŽes par une sŽrie de "paix Žternelles", l'impasse stratŽgique [40] se prolonge au cours de sicles de guerres Žpuisantes autour de l'Euphrate que ni l'un ni l'autre antagoniste ne parvient ˆ dŽpasser durablement. Outre les problmes intŽrieurs, les deux empires subissent la pression aux frontires des cavaliers des steppes ou du dŽsert, tant™t alliŽs, tant™t prŽdateurs. Au VIIe sicle, aprs que les Perses aient enfin reconquis la Syrie et l'Egypte, puis refluŽ une gŽnŽration plus tard, les tribus arabes que, depuis longtemps, chaque c™tŽ a mobilisŽes et partiellement intŽgrŽes, profitent du vide en Syrie-Palestine [41] et mettent fin ˆ l'affrontement plurisŽculaire des deux "superpuissances" en subjuguant la MŽsopotamie et toute la Perse et en provincialisant "Rome" qu'on peut, ˆ partir de lˆ, renommer "Byzance" [42] Ñ une puissance rŽgionale qui, ˆ l'abri des murs de Constantinople, se recomposera/dŽcomposera dans la guerre/alliance avec diverses sortes de Turcs, Slaves et Russes.

Ainsi, Rome a tendu vers l'Asie, asymptotiquement, sans jamais l'atteindre. Mais "tendre" suppose une volontŽ alors que Rome a ŽtŽ aspirŽe de la manire la plus simple. Le danger comme la rŽcompense habitent ˆ l'Est. C'est lˆ qu'existent des armŽes organisŽes. C'est lˆ qu'on trouve le butin ponctuel, le tribut renouvelŽ, qui constituent le ressort social de la guerre.

On a dit ˆ propos de la MŽditerranŽe que la gŽographie pouvait avoir son histoire (history of vs history in). Dans le rŽgime agraire de l'AntiquitŽ, le multimillŽnaire Croissant Fertile Ñ rŽcoltes et interconnections eurafrosiatiques Ñ a vu ses rivages occidentaux "romanisŽs" pendant quelques sicles qui, pour Rome, ont ŽtŽ une apothŽose et, pour l'histoire longue de la rŽgion, un Žpisode. La vague arabe et la synthse islamique qu'elle a engendrŽe, sans s'arrter aux rivages, a recouvert tout l'empire de Darius et, empire sine fine comme les autres, est allŽe plus loin, ˆ l'Est comme ˆ l'Ouest jusqu'ˆ ce que les problmes habituels (faiblesse constitutionnelle et indigence communicationnelle) la fasse en partie refluer.

Reste la double Žnigme "occidentale". Si, comme j'ai tentŽ de l'esquisser, Rome a un tropisme oriental, que signifient nos impressionnantes cartes de l'Empire ˆ son apogŽe, avec Rome au centre d'une vaste ellipse mŽditerranŽenne qui va de l'Atlantique ˆ la Mer Rouge ? et si l'Occident est un "inoccident" qui ne compte pas, comment se fait-il qu'il revendique et prenne l'hŽritage ?

2. Le rŽsidu europŽen

Dans un premier point, je me demanderai comment rendre compte de la "conqute de l'Ouest" (a). Ensuite, j'examinerai sa transformation sub-romaine (b).

a) la conqute de l'Ouest

Rien de plus naturel que l'expansion orientale d'une Rome marginale que tout attirait vers ce monde en compŽtition, ce monde de citŽs, de richesses publiques et privŽes, de splendeur dont, au sud de sa pŽninsule, la Grande Grce offrait un modle rŽduit : ex oriente lux. ComplŽmentairement, Rome absorbe les colonies carthaginoises et grecques de la MŽditerranŽe occidentale pour capter les mŽtaux et les produits de base.

Mais pourquoi quitter la MŽditerranŽe pour pŽnŽtrer un no man's land inorganisŽ, sauvage, batailleur, dŽpourvu de citŽs, au climat hostile ? [43] Ne sont-ce que des aventures sans intŽrt stratŽgique auxquelles, lorsqu'elles deviennent trop cožteuses, Rome renonce pour se concentrer sur son cÏur oriental ? Mais une "aventure" de plusieurs sicles a quelque chose d'une entreprise !

L'explication qui plaisait au XIXe sicle ne nous satisfait plus. On disait : Rome hŽritire de la civilisation (Humanitas) lui devait de la restaurer dans l'Est dŽgŽnŽrŽ et de l'introduire dans l'Ouest grossier [44]. Cette "mission mondiale" ressemble par trop aux justifications de l'impŽrialisme europŽen [45].

Sa critique postcoloniale, quoique sympathique et intŽressante, a le dŽfaut de rester ˆ l'Žchelle de l'empire global. La romanisation des provinces devient bottom up au lieu de top down, interactive au lieu de diffusionniste, combinatoire au lieu de standard. Mais, tout hŽtŽrognes que soient les processus locaux, ils s'inscrivent dans un supposŽ ensemble, qu'exprime bien le thme de la cultural revolution impŽriale [46] : l'Empire est pris dans un mouvement endogne qui affecte diffŽremment ses parties.

DŽglobaliser l'Empire, distinguer un monde mŽditerranŽen de citŽs et un continent de tribus, poleis et ethnoi, un inner et un outer circle [47], est une tentation dangereusement excitante car elle rend compte par avance de la scission Est/Ouest. Certes, sans l'Ouest, l'Empire serait encore l'Empire, pas sans le "grand cÏur ŽgŽen" o il subsistera (Constantinople) quand l'Ouest se sera dŽcomposŽ et recomposŽ. Mais l'image du cercle Ñfžt-il outerÑ est fallacieuse. Quel que soit son espace, l'Empire Ñtout Empire antiqueÑ est entourŽ d'une zone frontire, ouverte et non fermŽe, partiellement subjuguŽe, partiellement alliŽe, partiellement rŽvoltŽe [48]. Pensons ˆ la Chine.

Les deux empires, quoiqu'organisŽs diffŽremment, partagent les mmes donnŽes technologiques : faiblesse des moyens de communication et base agricole labor intensive. Un conquŽrant mŽgalomane s'autorise des ambitions illimitŽes, un systme impŽrial se soumet ˆ des contraintes de durabilitŽ qu'il ne peroit pas toujours mais qui s'imposent. Dans son univers, il s'Žtend ˆ la fois par conglomŽration et par agglomŽration (qui n'empchent pas les soulvements). A ses immenses marges, il tend ˆ se dissoudre (dŽlŽgation de pouvoirs aux warlords, troupes d'auxiliaires locaux, difficultŽs logistiques) sans pouvoir assurer dŽfinitivement sa sŽcuritŽ : l'immobilitŽ des paysans et la mobilitŽ des "barbares" demeurent incompatibles. De temps ˆ autre, des expŽditions punitives "de l'autre c™tŽ" sont possibles ou nŽcessaires. Cožteuses en hommes et en moyens, elles ne rglent rien, mme victorieuses : les ennemis dŽfaits se replient dans la fort, dans la steppe, dans le dŽsert, o ils se reconstituent et d'o ils repartent plus tard ˆ l'attaque, sžrs de ne pas manquer leur cible puisqu'elle ne bouge pas. Il s'ensuit une irrŽductible dialectique "centre/pŽriphŽrie" et, ˆ l'occasion, une appropriation partielle ou totale de l'empire par ses marges (Mongols ou Mandchous, Germains ou Arabes...).

Aussi ni Rome ni la Chine ne conquiert le monde. Quand elles vont trop loin, leurs dŽfaites traduisent une limitation interne. Au niveau technologique du temps, les forts, les dŽserts, les steppes qui les entourent, font de ces Empires des "”les mondiales" qu'ils s'emploient ˆ "rentabiliser" au profit de la ruling elite (tribut etc.) et ˆ organiser. Dans l'ocŽan barbare, ces ”les ne sont pas bordŽes de falaises mais de vastes marŽcages. Elles connaissent le flux et le reflux, les marŽes, les changements de pression et, parfois, des typhons qui les submergent...

Aussi peut-on accepter l'inner circle, pas l'outer, ni donc leur dialectique. D'ailleurs, Lattimore (1934) [49], ˆ propos des frontires chinoises, soulignait fortement que ce sont souvent les mmes lieux et les mmes personnes qui, alternativement se trouvent "dedans" ou "dehors". Les comparaisons avec les trois lignes frontires des Indes anglaises [50] sous-jacentes au grand strategy de Luttwak (1976 [51]) sont fallacieuses car, notait Curzon lui-mme (1907, p 49), Frontier is itself an essentially modern conception. Pour autant que "cercle intŽrieur" ait un sens, il est structurel, non historique : la citŽ, le droit municipal de Rome, la confŽdŽration de citŽs, dŽfinissent le mode de gouvernance d'un empire inclusif. Lˆ o il n'y en a pas, Rome fera du social engineering (ou du Potemkine ?) pour implanter ces citŽs qui sont son unitŽ de base [52].

Contrairement ˆ ce que nous voyons sur nos cartes, l'Ouest (la Gaule continentale, l'Espagne centrale, la Bretagne) n'est pas la moitiŽ de l'Empire, ni son outer circle, simplement son extŽrieur, mme si, plus tard, les Žlites gauloises, ibres, bretonnes, bataves etc. s'intgrent au systme impŽrial. MalgrŽ la relative homogŽnŽisation au sommet et la circulation pŽriodique du gouverneur de citŽ en citŽ, l'Empire ne constitue pas un espace unifiŽ qui Žclaterait plus tard.

Il faut faire trs attention lorsqu'on considre la "conqute de l'Ouest" car on ne peut pas Žviter d'tre captif de son avenir. De plus, tant les sources romaines que les constructions nationales europŽennes modernes, nomment et ethnicisent des tribus et des "peuples" dont, en rŽalitŽ, on ne sait pas grand chose. En se rŽfŽrant ˆ des exemples plus tardifs et mieux connus (comme les Lombards ou les Avars), on peut penser que leur identitŽ Ñsi ce buzz-word a un sens, en gŽnŽral et ici Ñ est beaucoup plus fluide et instable que ne le laisse entendre la vieille obsession classificatoire des "ethnographes" antiques qui, pour se repŽrer dans cette fourmilire, distribuent des Žtiquettes [53]. Les gŽnŽalogies linguistiques du XIXe sicle n'ont rien arrangŽ. Les discussions les plus rŽcentes sur l'ethnogense soulvent beaucoup de questions [54] mais apportent une rŽponse : l'ethnie existe a posteriori. Ce ne sont pas les "peuples" et les "ethnies" qui font l'Histoire (Všlkerwanderung etc.), mais l'Histoire qui les fait [55]. Aussi, autant que possible, Žviterai-je les dŽnominations "ethniques".

Je l'ai dit, la "conqute de l'Ouest" concerne les terres, non les rivages, depuis longtemps pointillŽs de colonies ou comptoirs orientaux (para-orientaux), Hannibal ˆ la fin du IIIe sicle BC a montrŽ que le bassin pouvait faire circuit et conduire ˆ Rome. Aussi, Rome, dans le cours et les suites de la 2me punique, a mis la main sur la frange c™tire et cŽrŽalire.

Cette expansion naturelle provoque-t-elle une rupture stratŽgique ? La future "Narbonnaise" est ouverte, trop ouverte, comme le montre l'invasion des "Cimbres et Teutons" ˆ la fin du IIe sicle BC, puis la grande offensive d'Arioviste (65-58 BC) qui vaut ˆ Jules son exceptionnel proconsulat de cinq ans. Les peuples-tampons des limites, alliŽs ou clients, eux-mmes divisŽs et incertains, ne remplissent pas toujours leur fonction protectrice. Le pige ne peut pas tre ŽvitŽ. Non seulement un empire agraire a besoin de l'extŽrieur (produits rares, esclaves, guerriers, trafics) mais son existence mme attire les contacts. IntŽgrer une zone frontire (lorsque c'est possible et nŽcessaire) ne fait que dŽplacer le problme et susciter de nouvelles interactions (de la Narbonnaise ˆ la Gaule, de la Gaule ˆ l'Angleterre et au Rhin...).

DŽfensif, l'Empire est aussi agressif et chaque cas est ˆ la fois poussŽ et tirŽ (push and pull). Rappelons encore que l'Empire ne se dŽfinit pas, ne se dŽfinit jamais, par un territoire : on conquiert des peuples, pas des pays. L'empire est universel dans son principe [56]. Sa prŽtention ˆ la souverainetŽ ne s'arrte pas ˆ une barrire Žcologique comme la steppe ou le dŽsert dont elle exige Ñet ˆ qui parfois elle imposeÑ soumission et tribut, mme symbolique.

Au milieu du Ier sicle BC, le pull Arioviste et le push CŽsar se combinent pour faire sauter Rome dans le pige gaulois.

Notons d'abord la date. Elle serait tardive si la proche Gaule centrale avait ŽtŽ une cible : Rome a dŽjˆ empli la lointaine MŽditerranŽe orientale. Les guerres avec Mithridate se terminent (63BC) : aprs que PompŽe soit allŽ aux "extrŽmitŽs" de l'Orient, son compre Jules  l'imite en Occident. Cette symŽtrie invite ˆ ne pas minimiser le r™le de la gloire militaire dans ce type de sociŽtŽ. Pour tout gŽnŽral, la perspective d'un "triomphe" ˆ Rome a des attraits que nous ne souponnons pas. En particulier, dans la crise "socio-politique" que conna”t la RŽpublique, la gloire et ses profits, directs et indirects, comptent dans la compŽtition pour le pouvoir. Jules trouve en Gaule la victoire, le butin, le capital militaire. Tout cela lui permettra de vaincre PompŽe, de rŽduire l'aristocratie et de devenir dictateur ˆ vie. De fait, l'Occident (comme, de l'autre c™tŽ de l'Adriatique, l'Illyricum) o les guerres incessamment renouvelŽes nŽcessitent la prŽsence permanente de lŽgions, jouera le r™le de base, a nursery of pretenders (Goffart), permettant ˆ des imperatores aspirants au pouvoir de rassembler leurs moyens pas trop loin de la cible [57].

 Les opŽrations en Gaule centrale, irrŽmŽdiablement brouillŽes par les Commentaires qui sont notre seule source, la stabilisent pour longtemps [58] et, d'autre part, dŽstabilisent les Romains en les mettant au contact direct d'un nouvel extŽrieur ("Bretons", "Germains") qui les obligera ˆ entreprendre des guerres sans fin et souvent sans gloire. D'o le franchissement du canal et la concentration des lŽgions sur le Rhin. Et de nouvelles guerres.

b) interaction vs romanisation

Selon l'heureuse expression de Le Roux (2006), la romanisation n'est pas la romanification [59]. Il n'y a ni rouleau compresseur ni programme assimilateur. Rome a hŽritŽ de ses origines (citŽ de citŽs) une citoyennetŽ ouverte inclusive. L'Žconomie de moyens dans le gouvernement des multiples niveaux de l'Empire laisse l'Žlite locale aux commandes tant qu'elle se conforme au cahier des charges (fiscal et militaire). A la pŽriphŽrie, alliŽs ou clients ; au centre, government through the cities [60].

Si, ˆ la suite du postcolonial turn, les premiers "dŽromanisateurs"  mettaient l'accent sur les rŽsistances explicites ou implicites (nativisme), le mŽtissage culturel, la  crŽolisation, la schizophrŽnie du colonisŽ [61], on arrive aujourd'hui ˆ une vision moins idŽologique en termes de bricolage ou de co-construction : les Žlites locales, civiles et militaires, conservent ou renforcent leur domination sur leur pagus ou sur leurs tribus en jouant le jeu romain [62]. Les big men deviennent prŽfets ou gŽnŽraux (avant de se faire Žvques quand l'empire sera chrŽtien). La large zone frontire (en particulier autour du Rhin) gŽnre un processus d'hybridation.

D'un c™tŽ, les structures agraires de base manifestent une Žtonnante rŽmanence, de l'autre les Žlites se recyclent. Voyons d'abord les premires.

L'archŽologie "impŽrialiste" cherchait les preuves de civilisation (arcs de triomphe, thermes, cirques etc.), la post moderne, renonant au fŽtichisme de la pierre, trouve des trous de poteaux en masse qui attestent la poursuite de la construction traditionnelle et la permanence des microstructures (small farms). Cette morphologie a pour contenu la dŽpendance (sous des formes diverses) des cultivateurs ˆ l'Žgard d'un landlord. La Gaule conquise ne se couvre pas de colonies de vŽtŽrans et de latifundia esclavagistes (Woolf, 1998). Pour l'essentiel, elle ne change pas. Les innombrables villas des landlords sont ˆ la tte de "domaines", pas de "grandes exploitations" esclavagistes. Leur luxe et leurs Žquipements traduisent une consommation ostentatoire et compŽtitive du surplus, visant ˆ la fois l'affirmation de la nouvelle identitŽ des Žlites et leur confort. Quand les landlords sont ŽvincŽs, les nouveaux leur ressemblent. Cette structure de base est indŽpendante des formes d'organisation politique. On la retrouvera presqu'inchangŽe quand la Gaule impŽriale s'effondrera.

Ce sont ces Žlites adeptes du code-switching qui s'intgrent et sont intŽgrŽes ˆ l'Empire (commandements militaires, citoyennetŽ, prtrises, offices publics, ordre Žquestre ou sŽnatorial). Une bonne part d'entre elles, dŽjˆ au contact avant la conqute dans la zone frontire poreuse, a contribuŽ militairement ˆ la dŽfection de leurs ennemis ou rivaux. Outre des rŽcompenses spŽcifiques, elle en retire la reconnaissance de sa position et, tout en restant ancrŽe dans son terroir, s'adapte au nouveau jeu politique "mondial" qui est ouvert Ñ c'est le "gŽnie" de Rome de ne pas chercher ˆ assimiler ses conqutes mais de se contenter de les rendre praticables. Pour cela, il faut des routes et des citŽs, un rŽseau et des nÏuds, de l'ingŽnierie de travaux publics et de l'ingŽnierie sociale [63]. Lorsque le gouverneur se dŽplace de citŽ en citŽ pour tenir ses assises, son circuit romain traverse et ignore la sauvagerie de l'espace natif dont lui, le hub, n'a pas ˆ se soucier tant que les citŽs, les spokes, le tiennent. La participation des Žlites ˆ la magistrature des citŽs et de l'Empire en gŽnŽral leur ouvre de nouvelles opportunitŽs en termes de pouvoir et de richesses et les expose ˆ de nouvelles concurrences. Aussi font-elles assaut de romanitŽ et s'adaptent-elles vite (langage, religion, sexualitŽ, poterie, vtement, habitudes corporelles, dŽcoration...  [64]).

Cette romanitŽ du dŽbut du premier millŽnaire n'est pas un attribut romain mais impŽrial. Si la ville romaine type est orthogonale, Rome n'est pas romaine !  Ce que nous voyons comme des signes de romanitŽ, c'est un ensemble de formes qui se mettent en place dans l'Empire et qui, par nature, sont variables [65]. De formes, pas de normes. Mme dans le domaine lŽgal dont, avec les mŽga gadgets en pierre (arcs de triomphe etc.), nous faisons l'essence de la romanitŽ, les Romains ont des pratiques trs flexibles et souvent extrajudiciaires (arbitrages etc.).

Les multiples Žquilibres locaux entre forces centripte et centrifuge, et l'Žquilibre des Žquilibres au niveau de l'Empire, demeurent essentiellement instables en raison de l'inŽvitable ouverture sur l'extŽrieur Ñpour l'Europe, le monde des steppes et ses balancements. Les "invasions barbares", celles du IIIe sicle comme du Ve, si certains persistent ˆ les voir comme une submersion radicale, sont aujourd'hui relativisŽes. Elles Žlargissent dŽmesurŽment la zone frontire et dŽpassent ses capacitŽs d'absorption. Le processus (toujours conflictuel) se poursuit mais ne produit plus que des rŽsultats partiels, inachevŽs, simplifiŽs, lorsque la zone frontire finit par englober toute la MŽditerranŽe occidentale, "Italie" incluse.

Paralllement, Rome a glissŽ vers son centre, la MŽditerranŽe orientale, suite logique  d'une attraction multisŽculaire. Il est possible que cette dŽrive ait affaibli la zone frontire occidentale et dŽgradŽ les conditions d'interaction.

Le discours sur l'Empire donne une impression d'homogŽnŽitŽ qui dramatise les "invasions" et leurs effets destructeurs, surtout lorsqu'on projette sur lui les caractres de l'Etat moderne, en en faisant un "territoire" unifiŽ par le droit et bornŽ par des frontires linŽaires, tracŽes sur des cartes. La zone frontire, indŽfinie et variable, ne reprŽsente pas une (impossible) fermeture. Offensive et dŽfensive, elle exerce des effets structurants mais, par dŽfinition, elle est instable puisque l'ocŽan des barbares est infini et ses vagues (liŽes aux courants qui agitent la steppe) toujours renouvelŽes. Un Žquilibre (relatif) suppose donc que les "Romains" soient en permanence "rechargŽs". La frontire dŽfend l'Empire et rŽciproquement. Quand cet Žquilibre dynamique se rompt, "l'arrire" devient zone frontire et les Goths arrivent aux portes de Rome.

Mais, toute dŽgradŽe qu'elle soit par son affaiblissement et son Žlargissement, la zone frontire continue son "travail". Les interactions se poursuivent et engendrent une nouvelle synthse, "subromaine" [66], tandis que l'Empire se poursuit ˆ l'Est, lˆ o il doit tre (avec ses propres problmes de frontires). La ville de Rome a chu (410), pas l'Empire dont se rŽclament les nouveaux rois [67] auxquels il distribue parfois titres et insignes. L'Empire ne tentera pas de reprendre le contr™le et ne regrette que la partie utile de l'Ouest, la Sicile et l'Afrique (cf. Justinien). Nous examinerons ailleurs la fin de son Histoire. Ici, il reste ˆ expliquer comment la "sub-romanitŽ" s'est transformŽe en nŽo-romanitŽ ou, en d'autres termes, comment "nous", barbares pŽriphŽriques, avons orientalisŽ l'Empire pour nous romaniser. Un dŽnouement aussi paradoxal nŽcessite l'intervention d'un deus ex machina !

3. Deux ex machina

J'ai gardŽ en rŽserve le facteur religieux : en Žtant "chrŽtien-romain" l'inoccident se fait romain-occidental (comme on dit romain germanique) !

La sŽparation de l'Histoire ecclŽsiastique et de l'Histoire des hommes a toujours ŽtŽ la rgle. On se souvient que la bigoterie a reprochŽ ˆ Gibbon d'avoir jetŽ un regard d'historien sur les premiers sicles de l'Eglise. Dans la deuxime moitiŽ du XXe sicle (en mme temps que la sociŽtŽ se dŽchristianisait), les late antiquists ont intŽgrŽ la "rŽvolution chrŽtienne" ˆ l'histoire de l'empire tardif qu'elle met dans la continuitŽ constantinienne. En remplaant la "dŽcadence" par la "transformation", le late antique tend vers l'early medieval. Mais, malgrŽ son universalisme, le christianisme est tout sauf unifiŽ et "christianisation" comme "romanisation" expriment une homogŽnŽitŽ illusoire.

Le christianisme occidental Ñles christianismes occidentauxÑ s'adaptant ˆ un contexte et ˆ des contraintes spŽcifiques, Žvolue diffŽremment du christianisme impŽrial.

 Les Žvques s'acclimatent au nouveau contexte. Eux et leur christianisme deviennent post-romains (a). L'Žvque de Rome, religieusement et stratŽgiquement marginalisŽ, identifie le christianisme ˆ Rome-ville, assurant la survie de Rome-empire (b).

a) if not the state, then the Church

Dans les premiers sicles postromains, plus que le pape, ce sont les innombrables Žvques locaux qui, de manire indŽpendante, effectuent la transition. Depuis que Constantin a mis en symbiose la religion et le gouvernement, chaque civitas a son Žvque qui a reu et pris une place croissante. Aussi les big men se sont-ils recyclŽs dans la fonction Žpiscopale qui, partout ˆ travers l'Empire, devient un interface entre le central et le local, puis un substitut et un ŽlŽment fondamental du gouvernement urbain, dŽfense, alimentation du peuple et fourniture d'amŽnitŽs [68]. Quand la partie nord-occidentale se militarise et se fragmente, l'Žvque est la seule institution dont la lŽgitimitŽ rŽsiste puisque premire : elle ne vient pas de l'Empire mais d'En-haut. Quand le reflux de l'Empire permet aux prŽfets de se faire rois dans leur district o ils rgnent sur les deux populations mlŽes, les "romains" et les "indignes" auxquels ils s'assimilent peu ˆ peu, ˆ moins qu'ils ne soient supplantŽs par un warlord indigne, les Žvques, en lutte avec la lŽgitimitŽ dŽrivŽe de ces notables post-romains, finissent par se rallier aux barbares, comme l'exprime de manire brutale Vanderspoel (2009) :Éin the absence of imperial authority, bishops preferred that there be no other Roman-based, Roman-originated authority but themselves: if not the state, then the Church. Barbarians were not Roman [69]. Ces Žvques contribuent ˆ l'institutionnalisation des nouveaux royaumes et leur prtent le formalisme romain ou pseudo-romain qu'ils souhaitent afficher pour se lŽgitimer [70].

Ce mouvement qui prŽlude et accompagne l'alliance de l'aristocratie "gallo-romaine" et des "envahisseurs" a pour emblmes RŽmi de Reims pour les Francs, Jean de Biclar pour les Goths, Marius d'Avenches pour les Burgondes, sans parler d'une multitude de cas moins spectaculaires que mentionne et illustre GrŽgoire de Tours ˆ la fin du VIe sicle. Ces Žvques, assis sur de saintes reliques vŽnŽrŽes, ne sont pas seuls : ils ont une Žquipe, des satellites, des agents, des gŽrants ("bureaucratie" serait exagŽrŽ) qu'ils instruisent plus ou moins. Ils doivent aussi tenir compte de leur Eglise dont les "pierres vivantes" sont alors [71] la communautŽ des fidles qui Žlit l'Žvque, peuple souvent tumultueux. Ils sont en alliance/rivalitŽ entre eux et avec de dŽjˆ puissantes abbayes. L'Žvque mŽtropolitain essaie de se subordonner les Žvques suffragants de sa province en prŽtendant confirmer leur Žlection. C'est au moyen de synodes d'Žvques ou d'Žvques et de Grands que se valident les dŽcisions. Ces Žvques tombent rarement du ciel, ils sont pris dans les grandes familles dont ils servent et utilisent les rŽseaux d'alliances et de clientles. Outre les "miracles" qu'ils effectuent parfois, ils augmentent leur potentiel au moyen du culte des saints, de l'accumulation de reliques et de leur mise en scne. Ce capital mystique s'ajoute ˆ leur capital relationnel. 

Ailleurs, dans l'Empire, malgrŽ Ñet en partie ˆ cause deÑ la concurrence des patriarches (Antioche, Alexandrie, Constantinople), des rŽseaux ecclŽsiastiques lient le local au central et culminent dans les conciles ÏcumŽniques. L'Ouest, lui, n'a plus de structuration dŽfinie : l'information circule au hasard de la qute des reliques et des plerinages, des synodes et des circuits. Rois, mŽtropolites, Žvques, abbŽs exercent un contr™le variable et gŽnŽralement incertain, sous l'influence des centres de gravitŽ du sacrŽ Ñ Tours, Arles, LŽrins etc. et, loin, trs loin, Rome, le supercentre mystique ("martyrs") o l'on va chercher des reliques, demander la bŽnŽdiction du pape de la ville et, de temps ˆ autre, une dŽcision formelle qui ne s'impose qu'en accord avec le pouvoir local (cf. GrŽgoire de Tours [72]). Le pape de Rome, comme l'Empereur, sont des fonctionnaires cŽlestes respectŽs dont on conna”t l'existence sans en tenir compte en pratique.

Le pape, alors, se trouve ˆ l'interface de l'Empire et des royaumes barbares occidentaux. En raccourci, disons qu'il finira, comme avant lui les Žvques, par rallier les barbares : if not the state, then the Church. Examinons sa situation dans une Rome dŽclassŽe, obsolte, ˆ prŽsent ˆ la pŽriphŽrie de l'Empire.

Constantinople est ˆ prŽsent la nouvelle Rome [73]. Tout a ŽtŽ imitŽ, les collines, le SŽnat, le palais impŽrial, le cirque, la basilique. Paradoxalement pour une ville chrŽtienne, elle est ornŽe de statues pa•ennes rŽcupŽrŽes partout [74] et, en 663, Constant II (HŽraclius) prit ˆ Rome jusqu'aux tuiles de cuivre du PanthŽon pour les importer (elles tombrent dans les mains des Arabes). Tout ce qui reste dans la Rome dŽpeuplŽe, pillŽe et menacŽe, c'est un Žvque et un nom. Un nom formidable qui capitalise l'histoire de l'Empire. La rŽalitŽ est ˆ Constantinople o l'Empereur, chef de l'Eglise, fait et dŽfait les patriarches et le dogme. La mŽmoire est ˆ Rome.

Les dŽfaillances de l'Empire conduisent l'Žvque, ˆ Rome comme ailleurs, ˆ prendre le gouvernement, ˆ assurer les distributions de blŽ et la dŽfense de la ville qui, si elle ne compte plus dans les faits aprs les siges et pillages du Ve sicle, pse par ses cimetires.  Ceux-ci permettront ˆ l'Žvque de ne pas tre dŽclassŽ avec la ville. En effet, dans l'Empire, les papes rŽgionaux que sont les Patriarches se concurrencent pour la primautŽ que les querelles dogmatiques traduisent et excitent ˆ la fois. En vertu du principe d'accommodation (adaptation des structures ecclŽsiastiques aux dŽcoupages administratifs), le Patriarche de Constantinople rŽclame pour lui la primautŽ que revendique celui de Rome [75] et, en rŽponse, LŽon le grand (440Ð61), GŽlase (492-6), GrŽgoire le grand (590Ð604) se donnent une superlŽgitimitŽ apostolique, d'autant plus nŽcessaire qu'ils cherchent ˆ en imposer aux Žvques italiens [76] et que les martyrs de NŽron n'empchent pas que le christianisme, nŽ ˆ l'Est, y est  bien plus massif et vivant. Pour cela, non seulement ces papes  affichent deux ap™tres fondateurs de leur sige quand les autres n'en ont qu'un ou doivent en inventer, mais ils construisent le mythe PŽtrinien : Pierre est chef de l'Eglise comme vicaire  du Christ et donc eux ˆ sa suite, en tant que vicaires de Pierre ("pouvoir des clefs" etc.). Ces prŽtentions se rapportent autant ˆ l'Occident o la suprŽmatie de Rome est alors toute thŽorique qu'ˆ l'Empire qui constitue leur rŽfŽrentiel [77].

Or l'Empire est agitŽ par une sŽrie de controverses thŽologiques Ñtoutes plus absconses les unes que les autresÑ qui ont de graves implications pour l'unitŽ et l'universalitŽ de l'Empire. De ce fait, les Empereurs et leur patriarche naviguent politiquement dans la tempte dogmatique qui laisse inconcernŽs le pape et les Žvques occidentaux en gŽnŽral. Leur conservatisme (autres soucis ? indiffŽrence ? inculture ? non information ?) les conduit ˆ rejeter toute innovation, quand mme l'Empereur la juge indispensable pour obtenir un compromis. Peu ou pas reprŽsentŽs dans les conciles ÏcumŽniques Ñ ce que l'Žloignement ne suffit pas ˆ expliquerÑ[78], les occidentaux et le pape qui parle pour eux gardent la ligne droite que percutent souvent les zigzags impŽriaux. D'o tensions, aggravŽes par la concurrence missionnaire (Slaves) : d'Eutyches (Tome ˆ Flavien de 449) [79] ˆ l'iconoclasme (VIIIe/IXe), en passant par le monothŽlisme (616-638). L'Empereur, chef de l'Eglise, n'admet pas qu'un patriarche ne lui obŽisse pas et, lorsqu'il le peut, le dŽpose (Silvre, 537) ou le fait saisir et maltraiter pour l'obliger ˆ adhŽrer (cf. les malheureux Vigile ✝ 555 et  Martin ✝ 655). Ce type de relations n'est pas spŽcifique ˆ Rome, les autres siges le connaissent aussi.

Au VIIIe sicle, les dŽfaites rŽpŽtŽes de l'Empire contre les Arabes et la crise qu'elles provoquent augmentent le hiatus. Rome n'est pas encore menacŽ par les Arabes mais demande du secours contre les Lombards. Le pape refuse le virage de l'iconoclasme impŽrial  [80] et accueille les opposants exilŽs. La double pression de l'Empire et des Lombards et l'absence de soutien du premier contre les seconds oblige Rome ˆ se sauver elle-mme : If not the state, then the Church. Le pape n'a plus le choix qu'entre la soumission aux Lombards qui l'environnent ou l'alliance contre eux avec les Francs. On conna”t la suite : les voyages transalpins du pape, les expŽditions des PŽpinides et le coup d'Žclat papal du couronnement impŽrial de Charlemagne ˆ Rome. On discute depuis longtemps la nature de ce coup. Quoique, par le fait, le pape LŽon III se donne ˆ lui-mme une capacitŽ inou•e, il n'opre pas un coup d'Žtat et se situe dans le cadre de l'Empire avec lequel le 2nd concile de NicŽe (787) l'a rŽconciliŽ, Empire qui, d'ailleurs, conna”tra bien d'autres (sous) empereurs. De mme que les rois barbares du Ve/VIe sicles Žtaient les dŽlŽguŽs supposŽs de l'Empereur, de mme l'empereur Charles (ce qui n'empche ni les uns ni l'autre de faire ce qu'ils veulent).

Ce qui importe, c'est que Rome est dŽsormais ancrŽe ˆ l'ouest. Le pape, restŽ plus longtemps dans l'Empire que ses Žvques, les rejoint, ce qui lui permettra plus tard Ñbien plus tard Ñ de se les subordonner. RŽunir les deux glaives n'est pas chose facile. Le glaive temporel dŽgŽnre (succession de Charlemagne) et, laissŽ ˆ lui-mme, le glaive spirituel aussi (Hurenregiment [81]). Le brouillon carolingien [82] est "mis au propre" par les Ottoniens (XIe) au prix d'un schisme avec la papautŽ (lutte du Sacerdoce et de l'Empire) et avec Byzance [83]...Tout cela finira par constituer une Eglise occidentale "catholique romaine". N'entrons pas ici dans son exposŽ.

Au cours des sicles, les progrs du "papat" passent par Ñou du moins s'accompagnent deÑ la captation de l'hŽritage de Rome par l'Ouest qui, corrŽlativement, en spolie Constantinople.

b) invention de l'empire romain d'Occident

La fameuse donation de Constantin, vraisemblablement fabriquŽe au VIIIe sicle, est l'emblme de ce processus et en constituera longtemps un moyen : elle confre au pape de Rome le droit de se prŽvaloir en Occident de toutes les prŽrogatives impŽriales (y compris les bottines pourpres et le cheval blanc[84]. Si l'idŽe de la chute de Rome a peut-tre germŽ ˆ Constantinople dans l'entourage de Justinien pour justifier la reconqute et "dŽlivrer" le pape [85], celle de la dŽcadence de Constantinople est nŽe en Occident. MalgrŽ son ostentation de splendeur, Byzance, incapable de reconquŽrir JŽrusalem, menacŽe, vacillant dans ses croyances, dynastiquement instable, Byzance a failli : l'Empire que Constantin y avait transfŽrŽ revient en Occident. Quoique translatio imperii soit surtout utilisŽ politiquement (empereurs germaniques, rois), l'idŽe inspire les papes impŽriaux du XIe sicle, comme en tŽmoigne leur redŽcouverte du "droit romain", la juridisation de l'Eglise, leur prŽtention universaliste et, ˆ la fin du sicle, la 1re croisade qui introduit l'Occident en Orient ("royaumes latins"). Gure plus d'un sicle aprs, "les Francs" prennent Constantinople (1204) que, pour la premire fois, ses remparts ne protgent pas. A partir de lˆ, les stŽrŽotypes fleurissent : btes sauvages de l'ouest, d'un c™tŽ,  grecs effŽminŽs de l'autre, schismatiques occidentaux, schismatiques orientaux [86]. L'otherization rŽciproque recouvre dŽfinitivement le millŽnaire prŽcŽdent  des couleurs criardes du conflit de civilisation qui nous aveuglent toujours.

Que l'Empire ait failli, on l'admet aujourd'hui. Il a perdu une grande partie de son territoire et de ses ressources. Lorsqu'il rena”t, il a changŽ : la crise du VIIe et la reconstruction de l'Orient romain sur une nouvelle base au IXe ont provincialisŽ Constantinople, ne lui laissant qu'une apparence romaine en grec (Βασιλεία των Ῥωμαίων). Ses vŽritŽs sont devenues locales, mais Žmises par l'ombre d'un Empire, elles sont posŽes et reues comme universelles et donc rejetŽes puisque privŽes de lŽgitimitŽ et de signification. Le schisme se fait avant d'avoir ŽtŽ peru.

De l'autre c™tŽ, les papes rŽcuprent l'universalisme impŽrial du rex sacerdos et les plus mŽgalomanes ou fanatiques d'entre eux prŽtendent lŽgifŽrer pour le monde entier, approuver ou improuver les nominations ecclŽsiastiques et les actes des Princes. Sur la mme base et en rŽaction, les Princes conoivent, dŽveloppent et imposent (quand ils le peuvent) leur propre universalisme. Pour cela, tout le monde puise dans la boite ˆ outils "romaine", juridique, littŽraire, anecdotique.

Au-delˆ de ces emprunts ou recyclages que stimulera la "Renaissance", la contribution du christianisme papal ˆ la survie de Rome est aussi diffuse qu'essentielle. Par lui, indŽpendamment de l'Empire, Rome, non seulement reste au centre du monde pendant des sicles et des sicles, mais s'Žlargira ˆ des pays mythiques (Europe du Nord-Est) ou insouponnŽs (AmŽrique, Asie). Et le monde parle latin. Certes, une autre Rome et une autre langue, mais vivantes, comme pour exprimer le potentiel cosmogonique de l'Urbs. Au fur et ˆ mesure que les papes renforcent leur contr™le sur les Žvques et sur l'Eglise, ils deviennent lŽgislateurs, juridiction d'appel en dernire instance (et souvent juridiction de premire instance), distributeurs de dispenses aux interdictions qu'ils Žnoncent, exacteurs fiscaux, "vendeurs de Paradis", et puissance fŽodale [87]. La respublica christiana a son sige ˆ Rome. Cette continuitŽ sans exemple inspire ˆ certains papes des programmes et actions impŽriaux.

Si la "Renaissance", faisant retour ˆ l'AntiquitŽ prŽchrŽtienne, invente une nouvelle Rome, elle demeure familire. Quelques Žrudits apprendront le Grec ou l'HŽbreu, mais pour la masse de l'intelligentsia l'AntiquitŽ biblique n'existe qu'en traduction latine. Elle n'est pas "native" ˆ la diffŽrence de la romaine. Le nŽo-antique renouvelle la "synthse grŽco-latine". Les rŽfŽrences ˆ l'ancienne Rome se multiplient et deviennent la norme, en politique, comme en art et en architecture.

Exemplaire de cette Žvolution est la ville elle-mme. La premire idŽe du christianisme avait ŽtŽ d'Žradiquer l'hŽritage pa•en (temples transformŽs en Žglises, livres et statues dŽtruites). Ensuite, tout naturellement,  pendant des sicles, les monuments servent de carrires de pierres et de rŽserve de colonnes, tandis que les marbres vont au four ˆ chaux. La dŽpopulation, les luttes de clans, les conflits du pape et des nobles, les guerres, achvent de faire de la ville un sic transit gloria mundi offert aux plerins qui vont ˆ Rome ˆ dŽfaut de JŽrusalem et qu'attirent massivement les "annŽes saintes" ˆ partir de 1300 (Boniface VIII). La cŽlŽbration de la Rome antique est d'abord une rhŽtorique culturelle (PŽtrarque) [88], alimentant le patriotisme municipal (Rienzi). Les papes, revenus d'Avignon (fin XIVe), entreprennent au XVe de grands travaux de reconstruction d'Žglises et d'urbanisme qui, loin de marquer la fin des destructions, les aggravent. Mais le retour ˆ l'AntiquitŽ, commencŽ par les textes, s'Žtend aux vestiges. Vers 1430, pour la premire fois [89], quelqu'un (Poggio), sous les piliers brisŽs des temples du Capitole, contemple le corps gigantesque dŽcomposŽ et mŽconnaissable de la Rome ancienne  (de Varietate Fortunae, Liber I, 1431). A partir de Pie II, on recherche et collectionne les statues, on Žtudie l'architecture des vestiges et les papes construisent en nŽolatin. Si Nicolas V (1447/55) a eu l'idŽe, Jules II (1503/1513) l'a mise en Ïuvre : Rome was to be the imperishable monument of the Church, that is to say, of the Papacy, and was thus to rise in splendour before the eyes of all nationsÉ(Gregorovius [90]). Il ne s'agit pas de "restaurer" comme nous le faisons, mais de renouveler. Les ruines inspireront longtemps encore de belles pages ! En 1580/81, Montaigne n'y voit mme pas des ruines mais le sŽpulcre de ces ruines : Encore craignait-il, ˆ voir lÕespace quÕoccupe ce tombeau, quÕon ne le reconnžt pas tout, & que la sŽpulture ne fžt elle-mme pour la plupart ensevelie [91].

Le retour ˆ Rome et le retour de Rome se conjuguent ainsi pour crŽer le mythe de l'hŽritage et rendre romaine notre "modernitŽ". L'Eglise, par le langage, par la Ville, par l'histoire du premier christianisme Žternellement interrogŽe, maintient Rome dans le prŽsent.

La RŽformation au XVIe en est l'illustration paradoxale. Si la rŽsurgence de la Ville et les infinis besoins financiers qu'elle entra”ne pour la papautŽ contribuent ˆ la rŽvolte, celle-ci hait tellement Rome qu'elle pousse le retour ˆ l'antique jusqu'ˆ la Bible et le moindre paysan devient familier de Babylone. Contre l'usurpation, la prŽtention et la corruption papales, la RŽforme se rŽclame de la "vraie Žglise", celle des tous premiers sicles, dont la tradition s'est maintenue dans l'ombre, malgrŽ la rŽpression. La grosse paillarde persŽcute les vrais ChrŽtiens comme le faisait la Rome de NŽron. Les deux, englobŽes dans la mme haine, seront saccagŽes par les lansquenets luthŽriens de Charles Quint (1527). Elle est tombŽe Babylone la grande ! Ce faisant, les premiers temps du christianisme et l'Evangile constituent la rŽfŽrence majeure et, comme ils sont romains, la Rome dŽfenestrŽe revient par cette porte.

Mme en nŽgatif, Rome est toujours lˆ dans le quotidien, comme en tŽmoigne la popularitŽ du thme des quatre empires (prophŽtie de Daniel [92]). L'Empire romain est le quatrime et dernier empire aprs lequel viendra la fin des temps et le "rgne des Saints". Mais aux derniers jours, la Bte (Apocalypse), l'homme de pŽchŽ (St Paul [93]), l'AntŽchrist Ñtout cela pour le papeÑ dŽfiera Dieu et persŽcutera ses fidles. Dans tous les pays, chaque secte ajoute ses variations ˆ ce standard.

Puisque la Bte est encore lˆ, l'Empire romain aussi. Cela est particulirement ressenti dans les Allemagnes o l'Empire romain-germanique (renouvelŽ par Charles Quint) est un ŽlŽment "identitaire" de la nation allemande. Sleidan, par exemple, s'adressant aux Electeurs, Princes et autres Etats de l'Empire pour les adjurer de ne pas se faire la guerre et de s'unir pour le bien de la nation (1550 [94]), reproche aux papes d'avoir ˆ la fois divisŽ l'Empire en transfŽrant l'Occident ˆ la nation allemande et causŽ la dŽcadence de ce nouvel empire. L'empire germanique est ˆ la fois la dernire incarnation de l'empire romain et le point de dŽpart de la destruction de l'iniquitŽ (imprimerie, Luther).

Les dŽveloppements ultŽrieurs de la pensŽe nationale et juridique allemande produiront an alternative antiquity to the Roman past (Gillett [95]) en mettant en avant les caractres ethniques germaniques et ses formes sociales particulires que les Romains d'abord, le droit romain ensuite [96] auraient ŽtouffŽes. En Allemagne et ˆ l'extŽrieur [97], ce nativisme a sŽduit ceux qui, opposant leurs racines saxonnes aux traditions europŽennes (romaines et catholiques), Žtaient tentŽes par un Kulturkampf. La radicalisation et l'amplification de ce thme par les Nazis l'a discrŽditŽ et c'est avec les plus grandes prŽcautions qu'il revient aujourd'hui sur le mode mineur de l'ethnogense. A l'Žchelle de l'Occident, cette tentative d'Žchapper ˆ Rome ressemble ˆ certaines constructions postcoloniales qui posent ou impliquent un postulat essentialiste.

L'essence de l'Occident est une fausse question. Son existence est para-romaine, pseudo-romaine, crypto-romaine mais irrŽductiblement romaine. Comme l'Empire a chu ˆ Constantinople, Rome a pu voler Rome. Sans compŽtiteur, l'Occident s'est fait romain.

Conclusion

Certains n'aiment pas l'idŽe que nous "descendons" du singe. N'empche.

Il ne nous pla”t pas que notre civilisation "descende" de la MŽsopotamie, aujourd'hui misŽrable marŽcage (sauf le pŽtrole), thމtre de luttes tribales sous des drapeaux religieux archa•ques. N'empche. A l'Žpoque de l'AntiquitŽ agraire, on avait lˆ ce qui se faisait de mieux dans cette partie de l'Eurasie (avec toutes les limitations inhŽrentes ˆ ce type Žcologique).

Je ne prŽtends pas avoir dŽmontrŽ quelque chose, mon exposŽ est trop lacunaire. Qu'ai je fait ?

Ecrire le "scŽnario" de l'attraction de Rome est facile. On peut Žcrire ce qu'on veut et l'Historiographie, en gŽnŽral, adapte le passŽ au prŽsent pour les rendre compatibles, comme ces bardes balkaniques ou ces griots africains dont les rŽcits mythiques transmis "fidlement" de gŽnŽration en gŽnŽration varient selon l'Žtat des alliances et le groupe familial dirigeant. Lˆ n'est pas la question.

Je me suis inspirŽ du principe forgŽ par Koselleck, le "droit de vŽto des sources" (Vetorecht der Quellen, 1985 [98]). Les sources ne prouvent pas, elles infirment. Quoique la vŽritŽ soit introuvable, on peut Žcarter une contre-vŽritŽ. J'ai voulu ici tester, non pas la vŽritŽ d'un scŽnario oriental, mais sa plausibilitŽ.

La premire objection est d'une Žvidence massive : l'Histoire de Rome n'a pas ŽtŽ Žcrite ainsi. Seuls quelques provocateurs sont allŽs dans ce sens, obtenant un succs de curiositŽ ou une adhŽsion idŽologique. Pour ma part, je ne cherche pas inverser l'Histoire, seulement ˆ la relativiser. D'o la premire partie qui explique pourquoi "l'Orient" est une zone aveugle au regard "occidental". Je m'appuie sur la sŽrie de travaux "postcoloniaux" qui ont explorŽ cette obscuritŽ. Cette premire partie est, sinon convaincante, du moins admissible.

Nous arrivons ensuite sur un terrain moins solide qui oblige ˆ s'affronter au "dilemme de l'Angleterre", dernire conquise, premire abandonnŽe : les effets de la venue des lŽgions se tŽlescopent avec ceux de leur dŽpart. Mon texte se garde des provocations, des piques dont les auteurs crŽatifs abusent souvent. J'en ai cependant voulu une : je qualifie d'inoccident la partie Nord-Ouest de l'Empire qui deviendra l'Occident. Je le fais pour dŽjouer la projection rŽtrospective de la gŽographie politique d'aujourd'hui.

Aprs avoir passŽ la premire barrire, mon entreprise rencontre un obstacle considŽrable. En Žcartant l'Italie qui demanderait une Žtude spŽciale Ñ romanitŽ irrŽmŽdiablement liŽe au grand tour et au tourisme d'un c™tŽ, aux mouvements "municipaux" et au nationalisme de l'autreÑ, il semble que, ˆ travers le monde ouest-eurasiatique, l'intensitŽ locale de la mŽmoire de Rome soit inversement proportionnelle au degrŽ de centralitŽ. Ce que j'appelle le "cÏur ŽgŽen" de l'Empire est abondamment pourvu de traces archŽologiques (qui nous Žtonnent, nous pour qui c'est une marge exotique) mais elles sont mortes. En Syrie-Palestine, en Egypte-Lybie, dans la rŽgion pontique, la langue et la mŽmoire de Rome ont ŽtŽ oblitŽrŽes par la submersion arabe puis turque et la nouvelle synthse qu'elle a engendrŽe. Au contraire, la pŽriphŽrie (France, Allemagne...) a continuŽ ˆ parler "latin", la romanitŽ est restŽe ˆ l'ordre du jour, a ŽtŽ restaurŽe au XVIe sicle, a inspirŽ les artistes et a produit l'Histoire de Rome. On pourrait formuler ainsi le paradoxe : moins on Žtait romain, plus on est romain ; et inversement.

Voilˆ la seconde objection. Pour que ma thse "orientale" reste admissible, il faut rendre compte de cette inversion.

Gr‰ce au dŽbat postcolonial sur la romanisation, il n'est pas difficile (deuxime partie) de faire de la postromanitŽ une sub-romanitŽ. Il n'y a pas eu "civilisation" et "dŽcivilisation" mais interaction permanente, plus ou moins chaotique. Cette synthse frontalire entre les Žlites romano-indignes et les nouvelles Žlites est assez bien argumentŽe. Mais, ˆ ce point, nous obtenons une "romanitŽ" rŽsiduelle qui n'est que le dŽbut de la rŽponse car la plausibilitŽ de mon scŽnario rŽclame une "romanitŽ" positive (ou pseudo-romanitŽ, peu importe). Comme dans une pice de thމtre embrouillŽe, la logique interne ne suffit pas ˆ amener le dŽnouement !

C'est pourquoi j'ai intitulŽ ironiquement la troisime partie Deus ex machina. Dieu nous sort d'affaire mais nous jette sur des chemins inconfortables, mille fois piŽtinŽs et toujours mal connus. L'Histoire ecclŽsiastique et l'Histoire humaine sont des sports aussi diffŽrents que le hockey sur glace et le ping-pong. Mais sans espŽrer devenir un champion, on peut apprendre l'un ou l'autre alors que mettre Dieu dans l'Histoire, c'est comme tirer sur le chat de Schršdinger : on ignore le rŽsultat. Nous savons que la prŽmodernitŽ europŽenne est intrinsquement religieuse mais, croyants ou non, nous n'en saisissons pas la signification contemporaine. Il ne s'agit pas seulement de l'anachronisme habituel, il s'agit des "mentalitŽs" que, mme aidŽs par les analogies anthropologiques, nous ne pouvons dŽcrypter que conjecturalement.

Ma troisime partie montre le r™le du christianisme dans l'appropriation occidentale de la romanitŽ. Le schŽma que je formule est aussi neutre que possible. L'Empire, en refluant vers son centre, laisse ˆ Rome un patriarche naufragŽ qui, ˆ la faon de Robinson CrusoŽ, survit en rŽcupŽrant ce qu'il peut de la cargaison et en s'alliant aux bons sauvages (i.e. chrŽtiens). De manire plus diffuse, le christianisme et la cŽlŽbration de ses premiers sicles hŽro•ques (saints, reliques) encapsule l'Empire et le maintient dans la quotidiennetŽ, mme dans des pays qui n'avaient jamais rencontrŽ Rome. Plus tard, la Renaissance et l'impŽrialisme papal produisent une nŽo-romanitŽ. L'inoccident se constitue en Occident en devenant romain-occidental, ce qui rŽsulte de deux processus, l'un endogne, l'autre exogne. L'appropriation-usurpation n'aurait pas si bien rŽussi (ou pas rŽussi du tout) si les hŽritiers "lŽgitimes" n'avaient pas fait dŽfaut : l'Orient conquis perd sa mŽmoire romaine  et, ˆ la fin, quand, Constantinople tombŽe, Moscou se prŽtend troisime Rome, la place est dŽjˆ prise.

Mon paradoxe "anti-gŽnŽtique" ÑMoins on Žtait romain, plus on est romainÑ a pour solution le christianisme. La fameuse pierre sur laquelle est fondŽe le christianisme papal (Pierre, tu es pierre...) conserve le fossile de la romanitŽ ! L'explication se trouve donc dans le processus par lequel les christianismes d'inoccident sont absorbŽs par le christianisme papal qui devient dans cette partie du monde "le" christianisme. Ce monopole rŽgional devient universel quand les concurrents entrent dans le rouge. Et l'Occident, romain. Et l'Histoire de Rome occidentale.

 

 

 

 


 

Notes



[1] Bernsen Michael, 2015, "Ex oriente lux ? La contribution de lÕOrient ˆ la qute identitaire de lÕOccident au Moyen åge et ˆ lÕŽpoque moderne", Babel, n¡32, Histoire culturelle des points cardinaux : Ë ce topos de lÕÇ ex oriente lux È sÕajoute celui de lÕÇ ex oriente furor È, aussi difficiles lÕun et lÕautre ˆ dŽfinir sur le plan spatial.

[2] Cf. Bisaha Nancy, 2006, Creating East and West: Renaissance Humanists and the Ottoman Turks, University of Pennsylvania Press. Aprs des sicles d'admiration craintive des Turcs, les "Renaissants", se sentant menacŽs par une puissance et une civilisation supŽrieure (Constantinople, Vienne), dŽnient l'une et l'autre en faisant des Turcs des "barbares" qu'ils chargent de toutes les vilŽnies. Ils se proclament supŽrieurs ˆ eux et, par une extension automatique, supŽrieurs ˆ tous. L'A. remarque avec pertinence que Colomb n'est pas devenu "chauvin" en dŽcouvrant les sauvages : il avait emportŽ avec lui le concept de "sauvagerie" et l'applique tout naturellement. L'A. souligne l'amusant paradoxe d'une sociŽtŽ occidentale religieuse qui s'identifie ˆ l'hŽritage pa•en pour disqualifier l'obscurantisme religieux islamique.

Contre Sa•d, elle soutient que la conscience d'une supŽrioritŽ ontologique n'est pas gŽnŽrŽe par la supŽrioritŽ de puissance mais, au contraire par l'infŽrioritŽ. Cela me fait penser aux AthŽniens du Ve sicle BC qui, rencontrant une puissance et civilisation supŽrieures, les dŽnient en faisant des Perses des "barbares" (cf. Hall etc).

[3] La surestimation de la rupture provoquŽe ˆ l'Occident par les "invasions barbares" rŽsulte en partie d'un centrage abusif sur la MŽditerranŽe (occidentale).

Cf. Humphries Mark, 2009, "The Shapes and Shaping of the Late Antique World: Global and Local Perspectives", In: Rousseau, Jutta, 2009: p105 The emphasis on barbarian invasions of the empire in both traditional and recent interpretations of Late Antiquity reflects the preeminence of a scheme of historical analysis that places the Mediterranean heartland of the Roman Empire at the center of thingsÉ If, however, we attempt to comprehend the barbarian invasions not only from the perspective of the invaded, but alsofrom that of the invaders, it is important to attempt to see the Roman Empire as part of an interlocking system of regions encompassing Eurasia (and parts of Africa) as well as the MediterraneanÉ p108 Such [romano-persian] interactions show that the Mediterranean world of Late Antiquity was part of a larger cultural and economic zoneÉ These last examples provide a striking indication of how adoption of a different geographical perspective can shed new light on the accepted grand narrative of late antique history. All too often, the focus of discussions of the late antique world is the Mediterranean ones. There are already signs that scholars are beginning to break free of the tyranny of ÔÔMediterraneanismÕÕ [Fowden 1993, Cunliffe 2001, Little 2004 *].

* Fowden Garth (1993), Empire to Commonwealth: Consequences of Monotheism in Late Antiquity, Princeton, NJ, Princeton University Press ; Cunliffe Barry (2001), Facing the Ocean: The Atlantic and Its Peoples, Oxford and New York, Oxford University Press ; Little, L. K. (2004), ÔÔCypress Beams, Kufic Script, and Cut Stone: Rebuilding the Master Narrative of European HistoryÕÕ, Speculum, 79: 909Ð28.

[4] Note de Gibbon sur son exemplaire de Decline & Fall (Gibbon, T1, ed. Burey, Methuen, 1897, p. xxxvi) : The distinction of North and South is real and intelligible; and our pursuit is terminated on either side by the poles of the Earth. But the difference of East and West is arbitrary and shifts round the globe.

Bowersock* montre que si Gibbon a raison pour nous, il a tort pour l'AntiquitŽ. Nous dŽfinissons un Nord et un Sud absolus par les poles dont l'AntiquitŽ ignorait l'existence. Elle avait donc une dŽfinition relative par le climat. Par contre la dŽlimitation Est/Ouest, pour nous relative, est absolue pour l'AntiquitŽ : les limites du monde, de la c™te occidentale de l'Espagne au Gange. L'a ajoute que la circulation Nord/Sud est difficile parce qu'elle se fait par terre et se heurte aux forts et montagnes, tandis que le transit Est/Ouest se fait par eau : MŽditerranŽe et OcŽan indien :

p170 In general the east-west orientation of the oikoumene seems clearly determined by the possibility of travel across the wide expanse of sea... North-south communications were clearly not determined by sea travel in the same way as east-west communications...

p171 For the ancients the northern and southern extremities normally had no fixed and familiar boundaries that were comparable to the west coast of Spain or the Ganges, or even Britain and the Arabo-Persian Gulf. The far north and far south were regions of legend and wonder, the homeland of savages... In antiquity the situation that Gibbon concisely described was exactly reversed. It was not the distinction between North and South that was real and intelligible, but the distinction between East and West... Cadiz and the Ganges were the equivalent of Gibbon's two earthly Pole...

*Bowersock G. W., 2005, "The East-West Orientation of Mediterranean Studies and the Meaning of North and South in Antiquity", In: Harris William V. (ed.), Rethinking the Mediterranean, OUP

[5] Ferguson Niall, 2012, Civilization: The West and the rest. Penguin, 2012.

[6] Pour mesurer la performance relative de la Chine et de l'Ouest depuis la fin de la pŽriode glaciaire, le social development index de Morris (2010, Why the West RulesÑFor Now) inclut le Proche-Orient dans l'Ouest.

Morris has devised a quantitative "social development index" based on evaluating a civilization's energy capture, organization (size of largest cities), information management, and war-making capability. When you graph human progress since the last ice age 15,000 years ago, the results show that the West led for all the millennia up till the 6th century CE, fell behind for 1,200 years, then leapt ahead again up to the present day. The "West" for Morris is the civilizational core that developed agriculture and then cities and empires in the eastern Mediterranean, later spreading across Europe and North America (mon soulignement). The "East" is China.

[7] Cf. Beaujard Philippe, 2010, "From Three Possible Iron Age World-Systems to a Single Afro-Eurasian World-System", Journal of World History, University of Hawaii Press, 21 (1), pp.1-43.

J'emprunte ˆ l'auteur le survol ci-dessous dont je lui laisse la responsabilitŽ:

p1 For the late Bronze Age [1600Ð1200 BC], one can acknowledge the existence of a multicentered Western worldsystem encompassing the Mediterranean basin, Egypt, and western Asia... this system collapsed around 1200 BC... A long period of unrest then started... to the early first millennium BCÉ p2 After this period, ancient and new cores rose againÉ

p8 The Assyrian kingdom expanded in the ninth century, when it took control of Anatolian metal resources. A Mediterranean space was reshaped, spreading from the western Mediterranean to the Black Sea in the eighth century. The PhoenicianÑand especially TyrianÑexpansion had started before, as early as the tenth century. A significant phenomenon, the culture of the Garamantes (Libya), combining irrigated farming and long distance trade, started to emerge in 900 BC., as an interface between the Mediterranean and Inner Africa (Pelling 2005 )ÉIn East Asia, the ZhouÕs loosely centralized state can be viewed as the core of a world-system in which diverse influences mixed, coming from the steppes, Sichuan, and regions south of the Yangze. The introduction of iron technology, probably originating from FerghanaÉ p 9 In North India, a sphere of interaction centered on the Ganges Valley took place, as a prelude to the birth of a new world-systemÉ

(750Ð350/300 BC.) p10 Éa phase of growth and integration of the Western world-system [...] became perceptible only in the second part of the eighth century. It was marked by a new rise of the Assyrian empire, by Phoenician and Greek expansions in the Mediterranean and the Black Sea, and by the constitution of the Saba kingdom in YemenÉ Assyria contributed to the expansion of the Phoenician networks from 800 BC onward in the West, where capital accumulation in towns such as Carthage and Gadir escaped from Assyrian controlÉ Iberian silver partly financed the expansion of that network, and firstly that of Tyre and AssyriaÉ p12 The capture of Egypt by the Assyrians in 671 and then in 664... symbolizes the volition of the Assyrians to control both space and men between the Indian Ocean and the Mediterranean.

p13 Starting in 700 BC, we see the parallel developments of no longer two but three world-systems with increasing interconnections in the following centuriesÉ Exchanges accelerated throughout Eurasia in the sixth century BC, a period of generalized economic development and urbanization marked by the increasing power of Persia, China, and India, and the rise of Carthage and the Greek cities in the MediterraneanÉ

[8] J'emploie des guillemets quand j'utilise une dŽnomination convenue mais anachronique et sans signification dans le temps concernŽ.

[9] Millar Fergus, 1998, "Looking East from the Classical World: Colonialism, Culture, and Trade from Alexander the Great to Shapur I", The International History Review, Vol. 20, No. 3 (Sep., 1998), pp. 507-531 : p508 The culture of Archaic Greece, from the eighth to the sixth centuries and contemporary with the Neo-Assyrian, Babylonian, and Achaemenid Persian empires, emerged in the shadow of the major Near Eastern cultures of Anatolia, Phoenicia, Egypt, and BabyloniaÉ

p509 The 'Classical' period of Greek history, following the successful Greek resistance to the invasions by Darius and Xerxes in the Persian Wars, was shaped by political and military relations with the Achaemenid empire. For much of the sixth, fifth, and fourth centuries, the Persians ruled the western shores of the Aegean, where a large number of Greek cities were located, and Persian control extended round the eastern shores of the Mediterranean as far as Egypt and much of present-day Libya, where there had also been extensive Greek settlementÉ

[10] Si on prend de la hauteur en nŽgligeant Athnes, une piste Ñquelque peu aventureuseÑ est suggŽrŽe (mais non dessinŽe) par la new approach : les guerres mŽdiques pourraient tre une espce de sŽcession de la marge occidentale de la civilisation moyen-orientale (d'o l'exagŽration des affirmations "identitaires").

Stolper* commentant Briant : cÕest la conqute perse de l'Asie Mineure qui fait basculer le centre du pouvoir du monde hellŽnique vers la Grce continentale ; c'est la prŽsence achŽmŽnide qui conditionne les conflits des citŽs grecques aussi bien que la philosophie politique qui dŽveloppe. Ce sont enfin partir de 480 av J.-C. les guerres mŽdiques qui dans un moment d'auto-dŽfinition de lÕŽcriture de lÕhistoire grecque et ensuite europŽenne occasionnent la naissance dÕune tradition occidentale qui, se dŽtachant des courants ŽlaborŽs au Proche-Orient, prend pleinement conscience elle-mme.

* Stolper Matthew W, 1999, "Une Ç vision dure È de l'histoire achŽmŽnide (note critique) [A propos de l'ouvrage de Pierre Briant. Histoire de l'empire perse]", In: Annales. Histoire, Sciences Sociales, N¡ 5, pp. 1109-1126.

Sherwin-White Susan, Kuhrt Amelie, 1993, From Samarkhand to Sardis Ñ a new approach to the Seleucid Empire, University of California Press, commence ainsi : p1 The old image of Alexander the Great and the Greeks resuscitating a moribund and bankrupt 'oriental' despotic state by introducing new forms of economic and social life [...] can now be seen to be untenable. All of these apparent Greek innovations had existed in the Achaemenid empire and, in some cases, had been part of middle eastern life for millennia... les AchŽmŽnides s'Žtant coulŽs dans la tradition babylonienne et assyrienne. Elles poursuivent :  p4  city-life was not a new concept in the middle east, but the classic form in which political life was articulated in many regions (Central Asia, Iran, Mesopotamia, the Levant...

[11] The Persians lost their wars in Greece, in part, because the triumphant Greeks wrote the histories and other texts that survive (Balcer Jack Martin, 1989, "The Persian Wars against Greece: A Reassessment").

[12] Briant Pierre, 2000, Leon Inaugurale, Collge de France, Chaire dÕhistoire et Civilisation du Monde AchŽmŽnide et de lÕempire dÕAlexandre : ˆ lÕintŽrieur de lÕespace-temps qui fut celui de Darius et celui dÕAlexandre, lÕhistoire achŽmŽnide nÕest pas la seule ˆ avoir ŽtŽ touchŽe par une forme de rŽvolution historiographique au cours des vingt-cinq ans qui viennent de sÕŽcouler. Il en est ainsi Žgalement de lÕhistoire macŽdonienne... [qui rencontre] une autre question, fondamentale mais encore insuffisamment explorŽe : la mise en Žvidence des Žchanges qui se sont effectuŽs entre la MacŽdoine et lÕAsie Mineure sous domination achŽmŽnide et, partant, lÕŽvaluation raisonnŽe des influences achŽmŽnides qui ont pu sÕexercer sur la MacŽdoine avant mme lÕexpŽdition dÕAlexandre. Par lˆ, on revient sous forme cyclique ˆ une question dont lÕenjeu nÕest pas moindre, celle des connaissances quÕAlexandre pouvait avoir de lÕempire achŽmŽnide en 334É

[13] L'excellent article de Balcer, 1989,* montre que si l'expŽdition en Grce est un aspect (mineur) de l'expansionnisme perse d'aprs 520BC, elle tombe dans un pige logistique : time and supplies became the critical factors that led to the Persian failures and defeat in Greece. Les contraintes dÕapprovisionnement empchent les Perses de jouer les forces centriguges toujours ˆ l'Ïuvre parmi les "Grecs". Cette pression les oblige ˆ attaquer trop t™t, avant que les Grecs, difficilement coalisŽs, se dŽsunissent : At Salamis and at Plataia, if the Persians could have waited perhaps two to four weeks before engaging the Greek forces, the small united Greek defenses would have crumbled, as parochial and often antagonistic Greek states would have withdrawn p 128.

* Balcer Jack Martin, 1989, "The Persian Wars against Greece: A Reassessment", Historia: Zeitschrift für Alte Geschichte, Bd. 38, H. 2 (2nd Qtr., 1989), pp. 127-143, Franz Steiner Verlag.

L'A. cite ˆ l'appui de sa thse : Albert T. Olmstead, "Persia and the Greek Frontier Problem," CP (1939), 305-22.; Charles Hignett, "Xerxes' Invasion of Greece" (Oxford 1963); Peter Green, "Xerxes at Salamis" (New York 1970).

[14] ComplŽtant Hall, Kim 2013* montre que ce sont les citŽs Ioniennes qui, pour s'affirmer et se diffŽrencier cristallise la xŽnophobie banale en figure de barbare (Perses et citŽs soumises). Il note que si Eschyle est ŽquipŽ d'un concept complet du "barbare" pour les Perses, c'est qu'il prŽexistait : p32 this pan-Ionianism in fact provided the rhetorical and ideological precedent for the ÔotheringÕ of the barbarian that was later inherited, rather than invented, by the Athenians. Pan-Ionianism was itself the product of the eastern GreeksÕ encounter with the Persians.

* Kim Hyun Jin, 2013, "The Invention of the ÔBarbarianÕ in Late Sixth-Century BC Ionia", In: Almagor Eran, Skinner Joseph, Ancient Ethnography: New Approaches, Bloomsbury Publishing.

[15] Hegel, dans ses leons ˆ l'UniversitŽ de Berlin (1822, 1828, 1830) plus tard ŽditŽes sous le nom de "philosophie de l'histoire" (The Philosophy of History, by G W F Hegel, With Prefaces by Charles Hegel and the Translator, J. Sibree, M.A., published by Batoche Books, Canada, first published 1900) :  the case before us, the interest of the WorldÕs History hung trembling in the balance. Oriental despotism Ð a world united under one lord and sovereign Ð on the one side, and separate states Ð insignificant in extent and resources, but animated by free individuality Ð on the other side, stood front to front in array of battle. Never in History has the superiority of spiritual power over material bulk Ð and that of no contemptible amount Ð been made so gloriously manifest (Philosophy of History, 2.2.3 : Part II: The Greek World, Section II: Phases of Individuality Aesthetically Conditioned, CH3 The Political Work of Art, ¤ The Wars with the Persians).

John Stuart Mill, 1859, Discussions and dissertations, vol. II, Early Grecian History and Legend : p 283sq...the battle of Marathon, even as an event in English history, is more important than the battle of Hastings... if the issue of that day had been different, the Britons and the Saxons might still have been wandering in the woods.

[16] Holland Tom, 2007, Persian Fire Ñ The First World Empire and the Battle for the West, Anchor Books, NY. Quoique le contenu soit meilleur que l'emballage, celui-ci est honteusement racoleur. Un exemple : Not only would the West have lost its first struggle for independence and survival, but it is unlikely, had the Greeks succumbed to XerxesÕ invasion, that there would ever have been such an entity as Òthe WestÓ at all (p. xix).

[17] Briant, dans sa leon inaugurale au Collge de France*, s'amuse : Votre dŽcision, mes chers Collgues,...vient, en quelque sorte, rŽduire dŽfinitivement ˆ nŽant le singulier paradoxe historiographique, au terme duquel le premier empire-monde de lÕAntiquitŽ, lÕempire achŽmŽnide, fut longtemps relŽguŽ ˆ un r™le de faire-valoir, dans lÕombre Žtouffante de lÕ "Orient millŽnaire" et de la "Grce Žternelle", jusquÕau moment o la fulgurante aventure dÕun jeune prince macŽdonien vint le frapper dÕune lumire si crue quÕelle contribua plus encore ˆ lÕaveuglement durable de nombre dÕobservateurs parmi les plus distinguŽsÉ

Et poursuit :  [Droysen] fait para”tre en 1833 la premire Ždition de son Alexandre le Grand, qui, rŽvisŽe, fut incluse en 1836 et 1843 dans une Histoire de lÕHellŽnisme, elle-mme rŽŽditŽe en 1877-1878. Sous le terme Hellenismus Ð cette Ç Žpoque moderne de lÕAntiquitŽ È, Žcrivait-il Ð il entend le nouveau monde crŽŽ par la conqute dÕAlexandre et surtout par le processus culturel qui, selon lui, a permis une fusion entre lÕOrient et lÕOccident... Droysen jugeait que lÕhistoire perse marquait la fin et la culmination du Ômonde orientalÕ. OrganisŽ autour dÕun roi qualifiŽ, sans surprise, de Ôdespote asiatiqueÕ, lÕempire achŽmŽnide Žtait une proie nŽcessaire promise ˆ Alexandre et ˆ lÕAufklŠrung hellŽnique... "On voit comment, par ce moyen, la vie Žconomique des peuples, dont la domination perse avait sucŽ les forces comme un vampire, dut se relever et prospŽrer"..La thse eut un immense succs... Sous une forme scolaire, la thŽmatique dÕinspiration droysŽnienne est mise en place dans lÕAbrŽgŽ dÕHistoire grecque de Victor Duruy ds 1858 : association des vaincus au vainqueur, dŽveloppement du commerce, des routes et des ports, dŽveloppement de lÕŽconomie monŽtaire, fondations de villes, diffusion de la civilisation grecque, naissance dÕune civilisation nouvelle. En outre, il est tout ˆ fait clair quÕˆ partir des annŽes 1890 environ... tous ces thmes sont systŽmatiquement instrumentalisŽs pour intŽgrer Alexandre dans lÕidŽologie coloniale en voie de constitution, comme lÕest, de manire plus insistante encore en France, lÕhistoire de la conqute romaine.

* Briant Pierre, 2000, Leon Inaugurale, Collge de France, Chaire dÕhistoire et Civilisation du Monde AchŽmŽnide et de lÕempire dÕAlexandre

[18] Camous Thierry, 2007, Orients/Occidents, vingt-cinq sicles de guerres, Presses Universitaires de France.

McCaskie T. C., 2012, " 'As on a Darkling Plain': Practitioners, Publics, Propagandists, and Ancient Historiography", Comparative Studies in Society and History, Vol.54, n¡1, january, p 145-173 : p167 In the Western world, popular historical retellings of the Greco-Persian conflict pour off the presses with thudding regularity [Persian Fire etc]... The appetite fed by such books is for history as fable. In the present political climate they are reassuring parables of an alien Eastern threat defeatedÉ p169 The matter at issue is that the recent resurgence of thinking in Orientalist terms about "the West and the rest" [resteners] has gained considerable traction among politicians and militaries as well as intellectuals and publics. We have come full circle. Modem Iranians seem here to occupy the place once occupied by their Achaemenid forebears.

[19]  Herodote :  ¤IV ÉsÕil y a de l'injustice, disent les Perses, ˆ enlever des femmes, il y a de la folie ˆ se venger d'un rapt, et de la sagesse ˆ ne s'en pas mettre en peine, puisqu'il est Žvident que, sans leur consentement, on ne les ežt pas enlevŽes. Les Perses assurent que, quoiqu'ils soient Asiatiques, ils n'ont tenu aucun compte des femmes enlevŽes dans cette partie du monde; tandis que les Grecs, pour une femme de LacŽdŽmone, Žquiprent une flotte nombreuse, passrent en Asie, et renversrent le royaume de Priam. Depuis cette Žpoque, les Perses ont toujours regardŽ les Grecs comme leurs ennemis : car ils estiment que l'Asie leur appartient ainsi que les nations barbares qui l'habitent, tandis quÕils considrent lÕEurope et la Grce comme un continent ˆ part. ¤V. Telle est la manire dont les Perses rapportent ces ŽvŽnements, et c'est ˆ la prise dÕIlion qu'ils attribuent la cause de la haine qu'ils portent aux GrecsÉ Pour moi, je ne prŽtends point dŽcider si les choses se sont passŽes de cette manire ou d'une autre.

Hall* souligne que le monde des hŽros homŽriques est homogne et les Troyens ne sont pas Ç autres È quoiquÕen aient dit les gloses ultŽrieures : p40 The epic poems have been a happy hunting-ground for those who wish to establish disparities in the portrayal of Greek and non-Greek culture. Troy has been thought to embody an archaic Greek impression of ancient Anatolian civilizations. But most of the examples do not stand up to examination.

* Hall Edith, 1989, Inventing the Barbarian ÑGreek Self-Definition through Tragedy, Oxford UP

[20] Hall : p1...[this book] argues that Greek writing about barbarians is usually an exercise in self-definition, for the barbarian is often portrayed as the opposite of the ideal Greek... p2 The notions of Panhellenism and its corollary, all non-Greeks as a collective genus, were however more particularly elements of the Athenian ideology

p16 The opposite of barbarian despotism is not a vague model of the generalized Greek city-state, but quite specifically democracy, and rhetoric in praise of democracy was an Athenian inventionÉ After the Peisistratids had been deposed, being against the democracy was equivalent to being in collusion with Persia...

p51 The non-Greeks of archaic literature did not perform the central function of the barbarians in the fifth century and beyond, that of anti-Greeks against whom Hellenic culture and character were defined. But this does not mean that the myths of the early period were not concerned with most of the oppositions later assimilated to the cardinal antagonism of Greek versus barbarian Ñcivilization against primitivism, order against chaos, observance of law and taboo against transgression... in archaic Greek thought the abstractions later to be conceptualized as ethnically other, as Not Greek, are embodied in the monstrous or supernatural, the Not HumanÉ p53  the new Panhellenic ideology of the fifth century assimilates the historical enemies of Greece to these mythical archetypes. Battles against the Persians are now represented as reiterations of the godsÕ and heroesÕ wars on the Titans, Giants, Amazons, and Centaurs. Lawlessness, incest, cannibalism, and other deviations from the socially authorized way of lifeÉp68 ...The old and familiar mythical conflict was adapted for patriotic ends, thus contributing to the ease with which the new ethnocentric ideology was assimilated. The story of the Trojan war could now be interpreted as a precursor of recent history, a previous defeat of Asia by HellasÉ p102 The bridge between the ÔhistoricalÕ and the ÔmythicalÕ barbarian was the parallel drawn between the Persian and Trojan warsÉ Later in the century the Parthenon reliefs were to portray scenes from the Trojan war alongside the struggles with Giants, Amazons, and Centaurs; Trojans were now orientalized, and assumed defeated postures... In tragedy the story of Troy was to be radically reinterpreted...

[21] Cartledge Paul, 1990, "Herodotus and "the Other": a Meditation on Empire", Classical Association of Canada, Echos du Monde Classique/Classical Views, XXXIV, n¡1, pp 27-40

[22] Kim 2013, Žtudiant la gense de l'otherizing rejette le lieu commun linguistique (ceux qui parlent de manire incomprŽhensible). Il met l'accent sur la dimension fiscale. Si l'Žtymologie qu'il propose est contestŽe, le raisonnement tient : p34 why was it that for this blanket reference to foreigners the obscure, non-Greek derived word barbaros was employed instead of alloglossoi ?... the word bara from bar (Old Persian, Ôto carryÕ), which is etymologically linked to the Old Indian Sanskrit term bhara, could also mean tax... [so] the Classical Greek word barbaros perhaps did not mean solely speakers of an alien tongue, but those who were subject to the Persians and had become taxpayers to the Persian throneÉp35 [this hypothesis] also explains how the Greeks were able to categorize people as different from one another, as the Egyptians and the Indians as a single entity. They were all taxpayers/subjects, that is, in Greek ideology, slaves.

[23] Briant Pierre, 1989, "Histoire et idŽologie. Les Grecs et la ÒdŽcadence perseÓ ", In: MŽlanges Pierre LŽvque, Tome 2 : Anthropologie et sociŽtŽ, Besanon : UniversitŽ de Franche-ComtŽ, 1989. pp. 33-47. (Annales littŽraires de l'UniversitŽ de Besanon, 377)

Au Livre III des Lois consacrŽ ˆ l'Žvolution des sociŽtŽs politiques, Platon rŽserve un dŽveloppement relativement long (III, 693c-698a) ˆ la sociŽtŽ perse. De mme qu'Athnes est le prototype de la dŽmocratie, la Perse l'est de l'autocratie... [dŽgŽnŽrescence de la libertŽ aprs Cyrus par lÕamollissement de lÕŽducation des fils de rois]... XŽnophon, comme Platon, met l'accent sur l'abandon des pratiques Žducatives traditionnelles, non seulement chez les rois mais chez tous les PersesÉ

Les discours de Platon et de XŽnophon ont pour sujet rŽel moins la Perse que Sparte et Athnes. Les auteurs grecs n'utilisent le rŽfrent perse que pour autant qu'il leur permet de dŽvelopper une argumentation interne ˆ la citŽÉ Mais, si de tels discours ont pu tre tenus, c'est aussi que les conceptions culturelles qui les sous-tendent ou qu'ils expriment sans fards Žtaient trs largement rŽpandues et partagŽes dans l'opinion grecque. Parmi les explications les plus frŽquemment avancŽes de la dŽcadence perse, vient le luxe (tryph) dans lequel ils vivent... La croyance dans le pouvoir dissolvant de la richesse se retrouve chez beaucoup d'auteurs grecs confrontŽs ˆ l'opulence des cours orientalesÉ

En rŽalitŽ, ce qui dominait plut™t en Grce, c'Žtait une intense fascination pour les immenses richesses et donc pour la tryph du Grand Roi, ainsi qu'une crainte bien ancrŽe de ses armŽes et de ses flottes. Certes, la thse du dŽpŽrissement des cours orientales g‰tŽes par le luxe et les femmes constituait une commode 'philosophie de l'histoire' pour des Grecs qui se savaient incapables de conquŽrir par eux-mmes cet immense Empire : mais, elle ne peut plus leurrer l'historien qui a appris ˆ lire entre les lignes des tŽmoins grecs, et ˆ dŽcrypter leurs Žcrits

[24] Toutes les sociŽtŽs organisŽes ont vu des "barbares" ˆ leurs portes et plusieurs ont eu des Herodote pour fixer le stŽrŽotype (Cf. la tradition relative aux Xiongnu, in Sima Qian *, vol 110). Les portraits diffrent mais ont en commun une description antinomique du "barbare". Seuls les Grecs insisteront sur le critre linguistique (d'o des Žtymologies bien inutiles). Cela s'explique par le fait que, prŽcisŽment, "les Grecs" ne constituent pas une "sociŽtŽ organisŽe", mais une multitude de sociŽtŽs civiques qui n'ont ni territoire commun ni organisation commune. Mutatis mutandis, cela ressemble ˆ l'Allemagne westphalienne avec ses centaines d'Etats. Affirmer l'Allemagne (resp. l'HellŽnitŽ) ne peut se faire qu'en passant par la langue qui, toutefois, n'existe pas, chaque entitŽ s'identifiant par son dialecte.  Hall : p177 They were sensitive to the differences between the dialects of Greek: the Athenians, predictably, imagined that their own Attic was the envy of the Hellenic world (Thuc. 7. 63), ...This is why the army encircling Thebes in Septem is described as ÔheterophoneÕ (heterophonos, 170): it speaks Greek, but another dialect... p179 The word barbaros originally referred solely to language, and simply meant ÔunintelligibleÕ... Thus even a Greek dialect was occasionally described as ÔbarbarianÕ if it were thought sufficiently incomprehensible.

* et pour une discussion du point de vue de Sima Qian lui-mme : Chin Tamara T., 2010, "Defamiliarizing the Foreigner Sima QianÕs Ethnography and Han-Xiongnu Marriage Diplomacy", In: Harvard Journal of Asiatic Studies, Volume 70, Number 2, December, pp. 311-354. L'A. expose que la position personnelle de SQ le conduit dans les commentaires finaux qu'il associe aux auteurs compilŽs ˆ defamiliarizing the ethnographer et ˆ inverser le regard (self reflexivity) en interrogeant les coutumes chinoises. Ce n'Žtait pas le cas des historiographes antŽrieurs dont l'ethnographie se rŽsume ˆ a litany of lacks : The phobic anthropological rhetoric of the appraisals from the Hanshu and Hou Hanshu draws from traditional norms of representing foreigners in classical Chinese philosophy, poetry, and historiography (p318) quoique, remarque l'A., les mmes traitent les femmes de manire neutre: There were important exceptions to these norms: these same texts cast foreign women as a familiar species who, as silent objects of exchange or as harbingers of moral and political decline, resembled their Central States counterparts (p319).

Kim 2013 : si tous ceux qui payent tribut sont identiquement "barbares", dans l'autre sens, les Perses voient tous les "Grecs" ŽgŽens de manire indiffŽrenciŽe : p33 In Persian imperial inscriptions and iconography all Greeks are called collectively Yawan or Yauna... the Greeks, who constituted the westernmost subjects of the Great King, were to Persians hardly distinguishable from other western peoples... All these peoples including the Greeks are shown wearing basically the same clothing and, physically speaking, there is nothing to mark them out as being different from one another. Les Ioniens font preuve de la mme indiffŽrenciation ethnique.

[25] Kim, 2013 : p27-28 it becomes clear that the Greeks in the Archaic Period perceived themselves as forming a part of the larger civilized world of the Eastern Mediterranean, rather than as a specific entity set apart from the rest of the world. This representation also concurs with the actual, historical reality of the time, when the Aegean constituted merely a peripheral sector of the greater Eastern Mediterranean world, a recipient of Near Eastern and Egyptian influence, not the exporter of civilization that it would claim to be in the late Classical and Hellenistic periods. This Archaic Greek admiration for the ÔforeignÕ Near East was also accompanied by the substantial presence of real foreigners within Greek cities, especially in the eastern Greek (Ionian, Aeolian) cities of Asia Minor which gave birth to the Homeric epic tradition.

[26] Hall : p179 Their speech was parodied... The question is whether this Macedonian speech was actually a non-Greek language, or a hybrid patois, Doric or Aeolic Greek overlaid with Thracian and Illyrian vocabulary...There had already long been controversy over the Macedonian royal familyÕs claim to Hellenicity when Herodotus wrote his Histories, and the earlier genealogists reflected the MacedoniansÕ ambiguous ethnic status when they kept their eponymous ancestor Macedon out of the mainstream Hellenic stemmata. He was made only the son of a sister of Hellen (Hes. fr. 7), Ôa declaration that the MacedoniansÉ are not Hellenes, nor quite on a level with Hellenes, but akin to themÕ...p180 and the debate assumed greater significance and acerbity during the fourth century.

[27] N'est-ce pas plut™t le contraire ? Certes, les conqutes impliquent des Grecs des deux c™tŽs (soldats de la Ligue de Corinthe dans l'armŽe d'Alexandre, gŽnŽraux et mercenaires dans l'armŽe perse) mais l'hybriditŽ macŽdonienne n'est-elle pas le ressort de la conqute et des nouveaux royaumes ? La nouvelle approche de l'Histoire perse a fait ressortir la continuitŽ de l'empire, des AchŽmŽnides aux SŽleucides (Not the Seleukids, it was argued, had a western bias, but the sources... Pierre Briant, Susan Sherwin-White and AmŽlie Kuhrt emphasized the non-Greek nature of the Seleukid Empire, Strootman Rolf, 2012, "A Western Empire in the East?: The Historiography of the Seleukid Empire and the Cultural Boundaries of Europe", discussion paper).

Cela ne montre-t-il pas que l' "hellŽnisme" Žtait un drapeau et non une frontire de civilisation ?

[28] Dupont Florence, 2002, "Rome ou l'altŽritŽ incluse", Collge international de philosophie, Rue Descartes, 2002/3 (n¡37), pp. 41-54, repris en introduction au numŽro de METIS - Anthropologie des mondes grecs anciens, N.S.3 - 2005 Dossier : Et si les Romains avaient inventŽ la Grce.

[29] Ball Warwick, 2000, Rome in the East Ñ The transformation of an empire, 2nd ed, 2016. L'A. va trop loin, ce qui permet aux critiques d'Žcarter sa thse centrale. L'A. surestime l'homogŽnitŽ de la "civilisation proche-orientale" (Ancient Near Eastern civilisation was a very homogeneous oneÉ) et symŽtriquement celle de l'Empire romain. Pour lui, l'orientalisation de l'Empire se diffuse dans tout son espace et donne ses caractŽristiques ˆ l'Europe: This 'oriental revolution' is one of the central facts of European history: it laid the foundations for the ensuing development of a 'European' culture and 'European' identity. The entire book can be viewed as the background to this central fact.

Dans un Moyen-Orient dont la haute civilisation voit les empires fluer et refluer depuis des millŽnaires, les frustes Romains ne font que passer et disparaissent overnight aprs la conqute arabe (today Roman influence is more evident in, say, Australia than it is in, say, Jordan)  tandis que les Barbares occidentaux hŽritent de la tradition.

Comme dans Out of Arabia (2009), l'A. exagre ˆ plaisir un stimulant renversement de perspective, agrŽmentŽ de belles formules iconoclastes qui, toutefois, lassent un peu ˆ la longue, laissant le lecteur entre une dŽmonstration et une affirmation, entre une Žtude et un essai. Plus encore que ce ne fut reprochŽ aux new achaemenids (cf Will *), Ball procde ˆ un retour involontaire ˆ l'orientalisme tout ˆ fait objectable : un "far east" indŽfini et millŽnaire.

*Will ƒdouard, 1994, "Notes de lecture", In: Topoi, volume 4/2, pp 433-447 : la "new approach" est une histoire ˆ l'envers, illusionnŽe par la propagande sŽleucide et oublieuse du c™tŽ occidental de l'empire.

L'Žpigraphiste Maurice Sartre** est ulcŽrŽ : ...tenir compte des traditions locales, considŽrer le Proche-Orient pour lui-mme et non comme une simple extension lointaine de Rome, ce qu'il n'est pas le premier ni ˆ dire ni ˆ Žcrire contrairement ˆ ce qu'il semble croire... Mais on ne saurait trop mettre en garde les non-spŽcialistes ou les jeunes chercheurs contre les approximations incessantes, les connaissances vieillies, les affirmations hasardeuses...

**Sartre Maurice, 2002, "Warwick BALL, Rome in the East. The Transformation of an Empire..", In: L'antiquitŽ classique, Tome 71, pp. 514-516).

Fergus Millar***, plus comprŽhensif ˆ l'Žgard de l'objectif (Speculation is essential, and serves the further function of causing readers to reexamine their presumption) est aussi critique ˆ l'Žgard des moyens de la dŽmonstration. Il souligne les approximations et insuffisances et le caractre aventureux de nombreuses assertions... En fait, une fois rŽvŽrence faite aux Žtudes d'architecture comparŽe, Millar prend l'ouvrage comme un essai intŽressant qui dŽpasse son but en ressuscitant une espce d'orientalisme

*** Millar Fergus, 2000, W. Ball, "Rome in the East : The Transformation of an Empire, 2000", In: Topoi, volume 10/2, pp. 485-492.

Mitchel 2001**** examine les ouvrages concurrents des trois auteurs (Ball, Sartre, Millar) :ÉIn very different ways both Millar and Ball are acutely aware of how the perspective of observers, both ancient and modern, has shaped how we conceive and construct the ancient Levant. Sartre is less preoccupied with such matters, and follows a positivist historical approach.

****Mitchell Stephen, 2001, "The A to Z of Graeco-Roman Syria; Maurice Sartre, D'Alexandre ˆ ZŽnobie. Histoire du Levant antique IVe sicle av. J.-C. - IIIe sicle ap. J.-C. (2001)", In: Topoi, volume 11/2, pp. 825-834.

[30]  Mitchell (note prŽcŽdente) rapproche Ball de Bernal (Black Athena) au regard, tout ˆ la fois, de l'objectif (orientaliser), des faiblesses de la dŽmonstration et de son excs. Les deux, dit-il, montrent a parti pris in favour of orientalism that is even more apparent than the western focused bias of the historians he criticises.

Toutefois une comparaison avec Bernal est ˆ l'avantage de Ball. L'archŽologie de l'architecture est plus convaincante que les conjectures linguistiques. D'autre part, Ball, tout marginal, enthousiaste et pŽremptoire qu'il soit, reste dans le champ scientifique alors que Black Athena dŽborde d'idŽologie.

[31] Cupcea George, 2015, "The Evolution of Roman Frontier Ñ Concept and Policy", Journal of Ancient History and Archeology, No. 2.1 : p15 Thus Roman imperialism does not have a territorial focus but rather an ethnic one: Rome conquers peoples, not territories, has client kings, not kingdoms etc. We have no territorial references for the expansion of the Empire, only ethnical ones...

[32] Wiesehšfer Josef, 1994, Das antike Persien. Von 550 v. Chr. bis 650 n. Chr., Artemis & Winkler, MŸnchen, trad. 2001, Ancient Persia, 550 BC to 650 AD, London - New York

preface p.x For the European interested in the classical world, the study of ancient Iran offers a way to avoid the pitfall of regarding Greece and Rome as the centres of the world

p105 This history [the western Alexander history] shows that Alexander was not only perfectly familiar with the conditions for the Achaemenid rulersÕ legitimacy, but did everything to fulfil them himself. In Asia Minor he presented himself as the defender and protector of peace and order, and in his correspondence with Darius after the battle of Issus he declared himself a pretender to the Achaemenid throneÉ p106 The assassination of Darius by Bessus made it easier for Alexander to find general support in Iran as well. Besides, by honouring his dead opponent and by acknowledging him as his predecessor, Alexander could now present himself as the avenger of Darius, whose succession he was to assume... In so doing, however, he antagonized his old Macedonian entourage, without being able to prevent opposition to his reign in eastern Iran, an old centre of Achaemenid powerÉ

p108 Today we know that the Seleucids followed AlexanderÕs policies in this area (through political marriages with non-Greek dynasties, and through calling upon natives for military and administrative tasks as well as service at court). We know that they adopted Persian (and Mesopotamian) modelsÉ

[33] Wiesehšfer Josef, 2006, "From Achaemenid Imperial Order to Sasasnian Diplomacy: War, Peace and Reconciliation in Pre-Islamic Iran", In: Kurt & Raaflaub (eds.), War and Peace in Ancient World: p128 [The Parthians] not only adopted Achaemenid institutions and titulature, most probably though the agency of the Seleucids, but also discovered the newly conquered Parthia as their Ç home country È and Artaxerxes II as their royal ancestor... p130 There can be no doubt that the Arsacids and their court were more than superficially hellenized... [but] like all rulers of the Hellenistic world, they did not firmly decide on one way or the other... the Arsacids, like other kings, considered themselves successors of Alexander and promoted grek culture...

Voir aussi Sherwin-White Susan, Kuhrt Amelie, 1993, From Samarkhand to Sardis Ñ a new approach to the Seleucid Empire, University of California Press : p92 India, namely the areas of the north-west frontier and the Indus valley, was a legitimate target for expansion, attractive for its legendary wealth (ivory, gold, fabulous jewels, incense and spices), for exploitation of tribute and for control of trade routes. In spite of Greek myth-making which presented Alexander as the first person since the age of the heroes to enter India, the Achaemenids, from Darius I, who conquered north-western India, to Darius III, imposed military and tributary obligations on the Indians... In the succeeding years, two kings, both great war leaders and empire builders, emerged on either side of the Indus - Chandragupta and Seleucus I; in this context of competing colossi the Seleucid 'failure' to retake Alexander's conquest has to be set in its Indian background... p93 The empire under Chandragupta and his son is estimated to have been large, including north India to the Himalayas, west to Gandhara, south to Maghada and east to the Bay of BengalÉ Hence, Seleucus' decision to abandon ideas of conquering the Indus area... p97 These relatively friendly diplomatic relations were maintained between Chandragupta's successors and Seleucus' heirs.

[34] Sherwin-White, Kuhrt, 1993 : p186 There have been two main schools of thought in approaching the question of hellenisation in this period. First, historically, is the old colonial British empire view (and that of German scholars)... who attributed to the hellenistic kings an almost missionary roleÉThe subsequent, but fundamental experience of decolonisation has influenced two schools of thought... who therefore tend to see social and cultural relations in terms of separation and segregationÉ[but]  just as under the Achaemenids, local peoples were not 'second-class citizens' - divisions were socio-political rather than ethnic-culturalÉsecondly, it is impossible to accept that it was internal conflict between Greeks and non-Greeks, for which there is no evidence, that in the end weakened the Seleucid empire from inside in the second century...

[35] Sherwin-White, Kuhrt, 1993 : p 217 Some scholars have adopted the attitude that the fall of the Seleucid empire is unproblematical since they see it as already falling apart by the middle of the third century [mosa•que mal cimentŽe etc]... A quite different approach is to place the fall of the empire considerably later and link it to the series of major defeats inflicted on it by foreign powers, such as the great Parthian wars which detached the eastern regions of the empire (Central Asia, Iran, finally Babylonia) at a time when, partly as a result of Roman intervention, the Seleucids were suffering from recurrent dynastic instability and competing claims for the throne... p218 It is important to realise that the chief heirs to the Seleucids were the Parthians, ruling the lion's share of their former territories (Iran, Central Asia, Mesopotamia, Babylonia).

p218 Most European historians have an understandably Roman-centered view of events and so tend to exaggerate the part played by Rome in the disintegration of the Seleucid realmÉ The dates of 188 (Peace of Apamea), 168 (Battle of Pydna) and 146 (sack of Corinth) mark significant phases in Rome's eastward expansion, but are of relatively slight significance for understanding the end of Seleucid rule... Antiochus III has not been dubbed restitutor orbis by modern scholars for nothing... the Seleucid empire was still huge after the battle of Magnesia in 190, which our primarily Rome-centered sources tend to present as a devastating Seleucid defeatÉ p221 All of these undertakings [Egypt, DaphnŽ, upper satrapies...]É bear witness to the vigour and speed with which Antiochus recovered faceÉ p223 The great Parthian leader who by c. 140 had driven the Seleucid forces from Iran was king Mithridates I... There is considerable evidence to show the continuing Seleucid strength in Iran and the Fertile Crescent down to that point... The gradual loss of Iran to the Parthians and their invasions into Babylonia took place at a time of particularly bitter internecine struggles for the throneÉ p225 chaos and conflicts were obviously a constant feature of the fifteen years between 141 and 126... From this point on the Seleucid kings were pushed back west of the Euphrates river, and limited to a comparatively small territory with a very restricted economic base and little chance of mustering sufficient manpower tofight back effectively.

Will*, trs irritŽ (une thse dont l'affirmation ne repose sur aucune dŽmonstration sŽrieuse et dont les fondements me paraissent mŽthodologiquement inacceptables) a pour principal argument que (p442) la new approach consiste surtout ˆ ignorer rŽsolument les problmes occidentaux de l'empire... C'est prŽcisŽment lˆ son intŽrt, d'opposer au point de vue romain traditionnel (Will et tant d'autres) une Histoire Est-Ouest et non plus Ouest-Est. Will reproche aux auteurs une nŽgligence totale des problmes occidentaux, c'est-ˆ-dire de l'histoire gŽnŽrale du temps.

*Will ƒdouard, 1994, "Notes de lecture", In: Topoi, volume 4/2, Les SŽleucides, ˆ propos de S. Sherwin-White et A. Kuhrt, From Samarkhand to Sardis. A new approach of the Seleucid Empire, London 1993, pp 433-447.

Briant (ibid.) partage bien sžr l'approche des auteurs: p458 Contre une vision qui a dominŽ l'historiographie hellŽnistique, les auteurs insistent donc sur un point : ˆ savoir qu'aux yeux mmes des SŽleucides, le centre de leur empire se situait en MŽsopotamie... de leur position centrale de Babylone ou de SŽleucie, les rois sŽleucides accordaient autant d'importance aux rŽgions extrmes-orientales qu'aux rŽgions extrme-occidentales. Toutefois, il nuance la continuitŽ AchŽmŽnides-SŽleucides : p466 Les textes babyloniens et les textes grecs m'ont simplement amenŽ ˆ rappeler le poids des souvenirs macŽdoniens, ˆ la fois chez les vainqueurs et dans les Žlites des populations soumises. Tout comme la royautŽ lagide, la royautŽ sŽleucide est bifrons : babylonienne et grŽco-macŽdonienne. C'est bien pourquoi on ne peut pas parler d'une continuitŽ totale avec la monarchie achŽmŽnide.

[36] Au dŽbut du IIIe sicle BC, l'agglomŽrat de citŽs latiales et campaniennes qui constituent le "peuple romain" a survŽcu ˆ l'agitation dŽmocratique et aux montagnards et se trouve ˆ prŽsent au contact avec la Grande Grce : impliquŽe depuis l'origine dans le conflit entre Syracuse et Carthage, "Rome" arrive en premire ligne.

En 280BC, l'intervention de Pyrrhus d'Epire contre Rome et Carthage, aux c™tŽs de Tarente d'abord, de Syracuse ensuite, a des effets de longue portŽe. Pyrrhus n'est pas seulement un nom et une force militaire. Acteur expŽrimentŽ du "grand jeu" post-alexandrien (guerre des diadoques), les soins qu'il donne ˆ l'amŽlioration du bŽtail Žpirote ne satisfont pas son ambition qui, bloquŽe ˆ l'Est par la MacŽdoine, se dirige vers la proche Italie. Pyrrhus sera le "canal" par lequel la mer EgŽe se dŽversera sur Rome!

Premirement, Pyrrhus enseigne ˆ Rome la technologie de la guerre "moderne", ˆ la macŽdonienne. La leon est douloureuse, et pas seulement ˆ cause du choc des ŽlŽphants.

Deuximement, le dŽbarquement de Pyrrhus fait tomber le "mur de l'Adriatique" : il est la premire manifestation du r™le pivot que jouera pour Rome la batailleuse Illyrie, cette zone montagneuse des Balkans en bordure de l'Adriatique, au contact de la MacŽdoine et des citŽs grecques d'une part, de la c™te orientale de l' "Italie" d'autre part. Ce n'est pas seulement l'esprit d'Alexandre qui dŽbordait sur l'occident (Grimal), c'est l'espace d'Alexandre qui aspire l'Occident.

[37] L'histoire romaine classique magnifie et dramatise les guerres puniques. Aprs que l'alliance Rome-Carthage et les erreurs de Pyrrhus aient conduit les "grecs" siciliens ˆ la dŽfaite, Rome, occupant leur place, hŽrite de leurs problmes stratŽgiques et les endosse. En tŽmoigne le fait que la premire punique commence en Sicile (Mammertins). On croit voir dans les guerres puniques et la subsŽquente domination romaine du basssin occidental de la "MŽditerranŽe" le saut quantique de la mutation impŽrialiste de Rome. Certes, l'ampleur du thŽatre d'opŽrations, la variŽtŽ des moyens militaires utilisŽs et des alliances nouŽes, l'intensitŽ de la tension, constituent un apprentissage de la stratŽgie de "grande puissance" et des difficultŽs socio-politiques intŽrieures qu'elle provoque. Mais Rome n'est que la "grande puissance" d'un petit monde dans lequel Carthage se relve vite. Bien plus important est le lien conflictuel qui se crŽe entre Rome et Philippe "V" de MacŽdoine. O Žtait le monde? O Žtait la vraie scne internationale? En MŽditerranŽe orientale, dans le systme hellŽnistique (Veyne Paul, 1975, "Y a-t-il eu un impŽrialisme romain ?",  In: MŽlanges de l'Ecole franaise de Rome. AntiquitŽ, T. 87, N¡2. 1975. pp. 793-855).

Carthage est un catalyseur davantage qu'un effecteur. On fait souvent de Carthage le lien entre la MŽditerranŽe orientale et occidentale. Xerxs s'allia ˆ Carthage (guerres mŽdiques) pour empcher Syracuse de prter le concours de sa flotte ˆ Athnes, puis Syracuse vainquit Athnes (guerre du PŽloponnse) : l'affrontement sicilien de Syracuse et de Carthage s'empare d'une Rome inscrite, depuis les origines, dans la gŽopolitique grecque de l'Italie.

La crise de la 2nde guerre punique "internationalise" Rome : l'alliance d'Hannibal avec Philippe, lÕalliance de revers "troyenne" avec Pergame, la guerre avec la MacŽdoine (et les grecs d'Italie) dont Hannibal a exploitŽ les craintes et ressentiments. La 2me punique na”t de la 1re et rŽactive le pivot illyrien (Philippe V) qui fait progressivement basculer Rome vers l'est. Quelle que soit lÕorigine de l'expŽdition romaine de 229 BC contre la reine Teuta, la mer adriatique ne pouvait pas tre longtemps ignorŽe : piraterie endŽmique, rivalitŽs, second front potentiel (Hannibal/Philippe).

Les petites "guerres illyriennes" conduiront par implication aux guerres macŽdoniennes qui, de 215 ˆ 148BC (Pydna), font basculer Rome dans le monde post alexandrien. Comme plus t™t avec les "grecs" italiques, Rome hŽrite de la configuration stratŽgique macŽdonienne : le chaudron bouillonnant des antagonismes entre citŽs "grecques", Rhodes et ses rŽseaux, la concurrence avec les "Etats-successeurs", la Perse en EgŽe, l'Egypte en Syrie.

Il est intŽressant de revoir la vieille analyse de Holleaux 1921* qui dŽfend la thse du caractre rŽactif et bte de la progressive implication orientale de Rome. Le schŽma /Illyrie + Philippe + libŽration de la Grce + Philippe + protectorat/ est dŽmontŽ pice par pice : la 1re intervention illyrienne (229 BC) est faite ˆ reculons, a minima et sans exploitation. L'Adriatique est un mur. Rome ne s'intŽresse ˆ sa c™te orientale qu'avec le danger d'intervention macŽdonienne aux c™tŽs d'Hannibal. Il active les incontrolables Etoliens, mais toujours a minima et ˆ courte vue (soutien passif et abandon ds que la destruction de la flotte punique dissipe la menace). Rome n'a pas de stratŽgie grecque : ne mobilise pas les ennemis de Philippe, abandonne les Etoliens, ds lors obligŽs de faire la paix avec Philippe (ce que Rome leur reprochera ensuite), ne cherche pas ˆ contenir Philippe. Lorsque Rome intervient, c'est avec brutalitŽ et contre tous les Grecs, sans distinction entre citŽs, sans distinction en leur sein entre partisans et ennemis de Philippe. Action ˆ courte vue et longues consŽquences ("barbarie romaine"). Ainsi Rome prouve son aliŽnitŽ et devient l'ennemi des Grecs, d'autant plus qu'elle soutient les oligarchies contre les peuples (alors que Philippe, habilement, suit la politique inverse). MalgrŽ le "philhellŽnisme" ultŽrieur, les Grecs se rŽvolteront massivement avec PersŽe.

Holleaux retourne la confection des alliances : ce n'est pas Hannibal qui cherche Philippe mais le contraire, pour saisir la Grande Grce ou au moins l'Illyrie, son dŽbouchŽ maritime occidental ; ce n'est pas Rome qui cherche Pergame pour une alliance de revers mais Pergame qui, coincŽ entre MacŽdoine et "Syrie", cherche sa propre alliance de revers ; et Rhodes joue un double jeu compliquŽ ; et les Etoliens suivent leurs propres intŽrts contre tous.

Le point faible de la construction de Holleaux est le renversement stratŽgique de la 2nde guerre de MacŽdoine quand Rome devient habile, proclame la "dŽfense des libertŽs grecques", affirme son hellŽnisme et joue de la diplomatie autant que de la guerre. Plus la dŽmonstration prŽcŽdente de la passivitŽ du SŽnat a ŽtŽ brillante et persuasive, plus il est difficile d'admettre ce renversement. Holleaux s'en tire en rŽservant ˆ la conclusion (Chp.8) l'esquisse d'une solution : Rome, oubliant Philippe ds que, isolŽ par la dŽfaite punique, il cessait d'tre dangereux, ne penserait pas au lointain Antiochos, "le nouvel Alexandre" qui a les mains libres en Egypte ; mais, tout ˆ coup, le SŽnat, aprs avoir ignorŽ Antiochos et Philippe panique devant leur alliance   (Antiochos lui serait un nouvel Hannibal). Son rŽalisme aurait rendu cette panique intelligente et lui aurait fait inventer et appliquer une subtile stratŽgie grecque alors mme que sa nouvelle intelligence aurait dž lui montrer que l'alliance Philippe/Antiochos ne tiendrait pas   car la gŽopolitique les oppose. Au contraire, les Patres auraient dž comprendre que Philippe constituait leur rempart oriental contre d'Žventuelles visŽes d'Antiochos.

Cette explication du retournement est difficile ˆ accepter. D'ailleurs, utŽrieurement, Holleaux la reprend (1930) : Rome, ignorante des affaires d'Orient, serait circonvenue par Rhodes et Pergame   qui gonflent la menace de l'alliance Antiochos/Philippe et promettent que le moment est favorable pour atttaquer.

* Holleaux Maurice, 1921, Rome, la Grce et les monarchies hellŽnistiques au iiie sicle 273-205 BC ;

1930, "Rome and Macedon: Philip against the Romans" ; "Rome and Macedon : The Romans against Philip" ; "Rome and Antiochus", Chap. 5 ˆ 7 de S, A. Cook, Litt.D., F. E. Adcock, M.A., M. P. Charlesworth, M.A, (eds),  The Cambridge Ancient History, Volume VIII, Rome and the, Mediterranean, 2l8-133 B.C.

[38] Voir par exemple Vial, 1995, Les Grecs - d'ApamŽe ˆ Actium   Ñ L'expansion orientale de Rome vue de l'Orient, Nouvelle histoire de l'AntiquitŽ, T.5 : la "Grce" europŽenne (romanisŽe ˆ partir de 146 BC) est marginale dans le monde grec. La "Grce" d'Asie attendra 88 BC. Ses citŽs libres (libres de faire la guerre et d'Žmettre de la monnaie) composent avec Pergame contre les Galates et avec Rhodes contre les pirates. Rhodes s'est beaucoup activŽ pour remplacer la MacŽdoine et les Lagides en EgŽe et a recueilli les citŽs de Lycie et de Carie qui avaient soutenu Antiochus. Mais Rome "libre" les sujets de Rhodes pour sanctionner son double jeu dans la guerre contre PersŽe.

Aprs 189BC (ApamŽe), la Grce europŽenne, marquŽe par la stasis (factions et discordes autodestructrices), soutient la rŽvolte de PersŽe. Il s'Žtend en Thrace, inquiŽtant Pergame. Celle-ci entre en guerre, soutenue seulement par Athnes et la Thessalie, tandis que le reste de la Grce balance entre neutralitŽ et attentisme. Rome s'attaque ˆ ses opposants et mme aux neutres. Pydna (168BC) entra”ne pillage, asservissement et Žpuration : seule Athnes bŽnŽficie de la victoire de Rome ; sa subordination (DŽlos) est compensŽe par l'assistance de Pergame (constructions) mais, plus tard, elle jouera la mauvaise carte en s'alliant ˆ Mithridate.

La mort d'Attale III et son legs de Pergame ˆ Rome dŽsŽquilibre une situation dŽjˆ tendue : contre Rome, le royaume se rallie au frre d'Attale, Aristonicos qui devient roi sous le nom d'Eumne III, tandis que les citŽs "alliŽes" que Rome a "libŽrŽes" combattent Eumne avec le soutien tardif et limitŽ de Rome. En 129, Pergame est provincialisŽe.

Mithridate (Pont + mer noire) lance son offensive ˆ un moment judicieux ("guerre sociale" et affrontements Marius/Sylla). Proclamant son philhellŽnisme ˆ travers la mer EgŽe, Mithridate capitalise la dŽtestation gŽnŽrale de Rome. En 89 BC Mithridate s'Žtend en Asie mineure avec le concours des Grecs (Athnes inclus, Rhodes exceptŽ) qui, en Asie, procdent ˆ des massacres de masse de "Romains" (88BC). Sylla dŽbarquŽ en Epire en 87BC est renforcŽ par l'Etolie et la Thessalie, restŽes confŽdŽrations libres. Prise d'Athnes (86BC), massacres et destructions massives. En 86/85BC, Mithridate subit des dŽfections en Asie et, faisant la paix (Dardonos, 85BC), se replie sur son royaume. Rome rŽprime les citŽs grecques d'Asie qui l'ont soutenu et leur impose de lourds tributs qui les ruinent.

La guerre reprend car, en 74BC, le roi de Bithynie, ˆ son tour, lgue son royaume ˆ Rome, ce qui menace le flanc sud de Mithridate. Ce dernier attaque Lucullus (Cilicie et Asie). DŽfait, Mithridate se replie sur la Mer noire. En 70BC, Rome conquiert le Pont et rŽduit en esclavage une multitude de captifs. Mithridate se rŽfugie auprs de Tigrane, en ArmŽnie (entre Syrie et MŽsopotamie). Lucullus attaque Tigrane sans attendre les ordres du SŽnat. Tigrane battu, Mithridate revient dans le Pont qu'il soulve. Il bat sŽvrement les Romains (ZŽla, 68 BC). Lucullus est rappelŽ.

En 66, PompŽe, le chasseur de pirates (qui avait fait merveille en Cilicie), se voit confier toutes les provinces d'Asie mineure et le commandement de la guerre. En 63BC, Mithridate meurt en CrimŽe. PompŽe organise provinces et royaumes clients sur la base citŽs/districts. L'invasion de la MŽsopotamie Žchoue, Crassus est vaincu (Carrhes, 53BC) et les Parthes menacent.

Dans une large mesure, les guerres civiles de Rome ont l'Orient pour thŽatre et pour "fourrage".  PompŽe, arrivŽ en MacŽdoine en 49BC, est vaincu par CŽsar ˆ Pharsale en 48.

Aprs l'assassinat de CŽsar, Brutus/Cassius passent en Orient et sont vaincus en 42BC (Philippes) par Marc Antoine/Octave.

Antoine guerroie ˆ l'Est avec lÕEgypte contre les Parthes et ˆ l'Ouest contre Octave et, pour cela, arrache ˆ l'Orient argent, hommes et matŽriels. Antoine/ClŽopatre vs Octave: Actium (31BC). L'emprise orientale de l'Empire romain est alors dŽfinie. S'il domine la MŽditerranŽe (EgŽe incluse) et en partie la Mer  Noire, les tentatives d'expansion naturelles ˆ un empire sine fine seront bloquŽes par l'Asie occidentale.

[39] Dignas Beate, Winter Engelbert, 2001, Rom und das Perserreich Ñ Zwei WeltmŠchte zwischen Konfrontation und Koexistenz, Akademie Verlag, Berlin ; 2007, Rome and Persia in Late Antiquity Ñ Neighbours and Rivals [3rd to 7th cent.], Cambridge UP

Les A., rejetant lÕeurocentrisme hŽritŽ de la prŽtention universaliste de Rome et de l'orientalisme, cherchent ˆ  construire une histoire rŽciproque en utilisant les sources (Žcrites et iconographiques) des deux c™tŽs. Ils montrent que la prŽtention universelle de Rome (rhŽtorique ou programmatique ?) n'empche ni le rŽalisme politique ni les Žchanges.

p44 During the sixth century the confrontation between Romans and Persians took place on a worldwide scale. Not only the border areas but also the Avars, Turks, Chazars and Arabs were included in the struggle. Moreover, Roman activities in the Western empire as well as growing Sasanian difficulties in the East had an impact on the fighting between the two. Only when Maurice and Xusro II joined forces towards the end of the century did tensions cease, and an agreement was reached... Xusro II was prepared to avenge MauriceÕs murder; he received Theodosius... and proclaimed him [contre Phocas] the legitimate ruler of the Byzantine Empire... This war represents the last great RomanÐSasanian confrontation [Narses' rebellion] Within five years the entire Eastern part of the Byzantine Empire fell into Persian hands... When Alexandria fell and Egypt was lost in the year 619 the Romans were altogether in a hopeless situation... But the Romans recovered... [alliance between Romans and Chazars]... p47 Internal developments in Persia [noblesse et armŽe] rather than military confrontation ended the struggle... When Kavadh II Schir™y died during the first year of his reign (628) the Sasanian Empire started to disintegrate internally... p48 In the meantime changes in the Arabian Peninsula affected the entire political and strategic situation in the Near and Middle EastÉ

[40] L'Žquilibre rvŽ des deux superpuissances pourrait s'exprimer dans l'image des "deux yeux du monde". Elle appara”t chez Pierre le Patrice (c. 500Ð64), frg. 13Ð14, qui la prte ˆ lÕambassadeur perse demandant la bienveillance de lÕEmp. Galerius. Le thme, prŽsentŽ comme perse, appara”t au sein des franges supŽrieures du gouvernement impŽrial.

Cf. McDonough Scott, 2011, "Were the Sasanians Barbarians? Roman Writers on the Empire of the Persians", In: Mathisen Ralph W. (ed.), 2011, Romans, Barbarians, and the Transformation of the Roman WorldÑ Cultural Interaction and the Creation of Identity in Late Antiquity : au VIe sicle, les louanges de la justice, de la tolŽrance religieuse et du gouvernement des Perses dans les sphres les plus hautes de l'administration de Constantinople ne visent pas ˆ elevate the Persians, but to diminish their own Roman rulers. Outre les vieux mythes sur la "sagesse orientale" et Babylone, c'est une rhŽtorique de la critique de l'Empire romain prŽsent et des innovations du parvenu Justinien et successeurs.

Elle est reprise par ThŽophilacte Simocatta (VIIe sicle), Histoire de l'empereur Maurice, L.4, Chapitre XI (In: Cousin Louis, 1672, Histoire de Constantinople, T.3, p272). Il la met (prophŽtiquement !) dans la bouche de Chosroes appelant Maurice ˆ lÕunion des superpuissances pour dŽfendre la civilisation : Lettre de Cosroez Roi des Perses, ˆ Maurice Empereur des Romains: ÉDieu a placŽ ds le commencement deux grans Etats dans le monde, qui sont comme deux astres qui lÕŽclairent par leur lumiere, & qui le parent par leur beautŽ : le puissant roiaume des Romains, & la sage monarchie des Perses. Ces deux celebres Empires arrtent la fougue des nations inquietes & belliqueuses, & conservent l'ordre & la tranquillitŽ parmi les hommes. Comme l'univers est rempli de mauvais genies, qui s'efforcent continuellement de ruiner tout ce qu'il y a de mieux Žtabli, bien que leur pouvoir nÕŽgale pas leur malice, il est juste, neanmoins, que ceux ˆ qui Dieu a donnŽ de la probitŽ, & de la vertu, & ˆ qui il a communiquŽ les tresors de sa sagesse, & les armes de sa justice, s'unissent pour s'opposer ˆ des desseins si funestes.

[41] Dignas, Engelbert, op. cit.,  Chp.5  Arabia between the great powers : p163 Hatra and Palmyra controlled the numerous nomadic Arab tribes of the steppes around them in a way that the great powers were not or hardly able to... p164 More than anything else, however, the conquest of Palmyra by Aurelian in the year 273 and the end of Palmyrene rule were decisive. Within a few decades the established local powers in Syria and Mesopotamia had disappeared, and the vacuum they had left was not filled by either of the two great powers. Hatra and Palmyra controlled the numerous nomadic Arab tribes of the steppes around them in a way that the great powers were not or hardly able to... In many ways the history of Hatra and Palmyra thus illustrates the crucial role Arabia played in RomanÐPersian relations as early as in the third centuryÉp165 When towards the end of Parthian rule the people of Hatra concluded an alliance with the Romans, Ardasõr I turned his attention to Hira [Lahmids]É p170 Only when the Byzantine emperor Justinian (527Ð65) established a client relationship with the Ghassanid dynasty similar to the one that existed between the Lahmids and the Sasanians, did the situation change.  JustinianÕs intentions are obvious. He wanted to set up a counterpart to the Lahmids, who were pursuing Persian interests most successfully.

[42] Inglebert HervŽ, 2014, "De lÕAntiquitŽ au Moyen åge : de quoi lÕAntiquitŽ tardive est-elle le nom ?", In: ATALA Cultures et sciences humaines, n¡17, ÇDŽcouper le temps - ActualitŽ de la pŽriodisation en histoireÈ, 2014 : p128 Constantin avait rŽaffirmŽ dans un sens chrŽtien la prŽtention universaliste de lÕempire romain, obligeant les autres ˆ se dŽfinir par rapport ˆ elle. Cette nouvelle ambition romaine, rŽaffirmŽe ensuite par Justinien, puis par HŽraclius, ne fut dŽfinitivement brisŽe que par lÕexpansion musulmane ˆ partir de 634. En consŽquence, une pŽriodisation de Constantin ˆ Muhammad, de 312 ˆ 632, appara”t comme la mieux adaptŽe pour dŽfinir une AntiquitŽ tardive selon les mentalitŽs des contemporains. Mais comme il ne fut pas Žvident, durant un demi-sicle, que lÕempire romain de Constantinople ne procŽderait pas ˆ une contre-attaque victorieuse, comme il lÕavait fait en 627-630 contre les Perses sassanides, on pourrait plut™t retenir la pŽriode de 312-324 aux annŽes 690-700.

Whittow Mark, 1996, The Making of Byzantium, 600-1025, University of California Press : la crise du VIIe et la reconstruction de l'Orient romain sur une nouvelle base au IXe provincialisent Constantinople  et ne lui laissent que la figure de l'Empire. L'empire devient byzantin aprs la rŽvolution arabe, elle-mme conjonction d'un mouvement externe (zone-frontire) et interne (syro-palestinien). Autour de 600 lÕEmpire romain qui para”t au faite de sa puissance ne survit ˆ la grande offensive perse que gr‰ce ˆ ses alliŽs Turcs. Survie ne signifie pas rŽdemption : la Perse a remplacŽ l'empire en Syro-Palestine ; son retrait provoque un vide que les Žlites locales ne tiennent pas ˆ voir rempli (p87  The appearance of the Muslim armies had more of the characteristics of an internal struggle for power. The Roman eastern provinces were full of Arabs, nomadic and settled, who had been in a close relationship with the empire for centuries [Zenobia!]). DÕo la rŽvolution arabe ("conqute islamique") qui prend le Croissant Fertile dont la prospŽritŽ organique se poursuit.

Constantinople cesse d'tre un empire (superpuissance) mais se dŽfend gr‰ce ˆ la distance, au Bosphore et aux murs. A l'issue de la crise, Constantinople a survŽcu (et va se consolider) mais, privŽe de tant de territoires et ressources, n'est plus qu'une puissance rŽgionale, dŽterminŽe et non dŽterminante (p328: the ebb and flow of Byzantine military success had followed the gravitational pull of events in the Islamic world) : empire byzantin satellite (siege mentality, inward-looking et universalisme provincial) qui Žchappe ˆ la liquidation en tirant sur son hŽritage romain (the Roman empire survived the seventh-century crisis by drawing on its late Roman inheritance). Au premier chef, l'hŽritage gŽographique : la direction des vents/courants en MŽditerranŽe et la position heureusement pŽriphŽrique dÕune capitale prŽcŽdemment sacralisŽe (new Jerusalem) et surfortifiŽe. Plus : systme fiscal, cour impŽriale, armŽe et marine, orthodoxie Ñqui se modifient mais qui, comme les triples remparts, nÕauraient pas pu tre rŽinventŽs si disparus. La taxation du territoire permet la survie de la capitale donc de sa capacitŽ dÕaspiration des Žlites, donc de lÕEtat. En contrepartie, dans les provinces, dŽclin urbain et retrait des Žlites, et au centre, conspiration permanente pour sÕen saisir.

Plus tard, les succs de la reconqute orientale partielle mettent en selle une landed aristocratie militaire cavalire concurrente ˆ laquelle Basile II Žchappera gr‰ce ˆ ses Russes. Autour de lÕan 1000, il reconstitue "l'Etat", juste ˆ temps pour qu'il rencontre les nouveaux Turcs (Manzikert 1071) qui l'anŽantiront in fine.

Quoique le retrait de l'Empire Romain ait dŽsynchronisŽ l'Est et l'Ouest, le premier conserve son statut de p™le symbolique.

En complŽment, Whittow Mark, 2009, "Early Medieval Byzantium and the End of the Ancient World", In: Journal of Agrarian Change, Vol. 9, No.1, January 2009, pp.134Ð153. On qualifie "Byzance" par le changement de structure sociale. Celui-ci est difficile ˆ prouver mais para”t probable : en 600/800 les Žlites militarisŽes et politisŽes abandonnent la gestion locale de l'empire dont la base agraire, n'Žtant plus tenue (communautŽs), ne rŽsiste pas aux conqutes (Anatolie). Paradoxalement la continuitŽ para”t plus grande lˆ o les barbares ("arabes" ou "germaniques") ont supplantŽ l'empire !

p135 Byzantium was not only a rump of the Roman empire that had preceded it, it was a fundamentally different society, economy and culture... p150 [7th cent.] overall, behind the faade of continuity an old order was coming to an end. It may be seen as an irony that the elites who had dominated the late Roman world were to have a more continuous history outside the empireÕs frontiers.

[43] Mommsen (L.5, Chp. VII Ñ Conqute de lÕOccident. Guerre des Gaules) en fait ingŽnieusement le double produit de la tendance de la civilisation ˆ absorber les peuples "infŽrieurs" et du besoin d'Žmigration du peuple romain : En vertu de la loi qui veut que tout peuple constituŽ politiquement absorbe un jour les peuples voisins restŽs ˆ lÕŽtat de minoritŽ sociale, et que toute nation civilisŽe sÕassimile celles intellectuellement placŽes au-dessous dÕelle, en vertu dÕune loi universelle, et je dirai presque, physique, comme est celle de la gravitŽ, les Italiens, le seul des peuples de lÕantiquitŽ qui ait su allier le progrs politique et la civilisation morale, cette dernire encore, ˆ lÕextŽrieur, dans une mesure tout imparfaite, les Italiens Žtaient appelŽs ˆ sÕassujettir tous les ƒtats grecs orientaux, devenus mžrs pour la ruine, et ˆ refouler par leurs colons et Žmigrants toutes les tribus incultes de lÕouest, Libyens, Ibres, Celtes et Germains. De mme et ˆ pareil droit, lÕAngleterre sÕest asservie en Asie une civilisation sÏur, politiquement impuissante; de mme en AmŽrique, en Australie, elle a marquŽ, anobli dÕimmenses contrŽes ˆ lÕempreinte de sa nationalitŽ; de mme elle les marque et anoblit tous les jours. LÕunitŽ italienne, condition prŽalable de la grande mission de Rome, avait ŽtŽ lÕoeuvre de son aristocratie : mais lÕaristocratie sÕŽtait arrtŽe en deˆ de la ligne, ne voyant dans les conqutes extra italiques ou quÕun mal nŽcessaire, ou que des possessions payant rente ˆ lÕƒtat, placŽes dÕailleurs hors de lui. Ce sera lÕimpŽrissable gloire de la dŽmocratie, o, si lÕon aime mieux, de la monarchie romaine (toutes deux se confondent en une seule) dÕavoir vu clairement les destinŽes plus hautes de Rome, et de les avoir puissamment accompliesÉ

AujourdÕhui, la patrie italienne Žtait trop Žtroite ˆ son tour ; et lÕƒtat souffrait du mme malaise social, malaise cent fois plus grand, eu Žgard ˆ la grandeur de lÕempire. Ce fut une pensŽe de gŽnie, un grandiose espoir, qui firent passer les Alpes ˆ CŽsar, la pensŽe et la confiance quÕil y gagnerait pour ses concitoyens une nouvelle patrie, cette fois sans limites, et quÕil rŽgŽnŽrerait aussi lÕƒtat, en lui donnant une plus vaste base.

[44] Woolf Greg., 1994, "Becoming Roman, Staying Greek: Culture, Identity And The Civilizing Process in The Roman East", Proceedings of the Cambridge Philological Society, n¡ 40 : p121 Moreover, the decadence of the Greeks dovetailed with the barbarism of Gauls, Spaniards and Africans to locate Rome as not only geographically but also temporally and morally median, situated between a barbarous past and a potentially decadent future. That location was both reassuring and precarious.

Woolf Greg, 1995, "The Formation of Roman Provincial Cultures", In: J. Metzler et alii (Žds), Integration in the early Roman West : p15 Like nineteenth century European ideals of civilization... Humanitas, like civilization, may be thought of as an integrating concept that ordered, linked and ranked other concepts. For example (again like its nineteenth century analogues) it provided a retrospective justification for Roman conquest... what we call romanization, in other words, was regarded by Romans as the civilizing process... asserting that only in this condition were men in harmony with nature and balanced between the two opposite extremes of barbarism and decadence... humanitas imposed on Romans obligations towards their various subjects. Westerners, wild, unpredictable and semi-bestial were to be encouraged... Greeks did not need to be taught humanitas, but to be reminded of it and restrained from decadence towards humanitas...

[45] On a dit que les impŽrialistes du XIXe ont cherchŽ leur modle ˆ Rome (cf. Van Oyen ci-dessous). N'est-ce pas le contraire? Ne peut-on penser que l'idŽe de l'impŽrialisme romain est un  sous-produit de l'impŽrialisme europŽen qui, pour justifier (ou seulement exprimer) sa mission civilisatrice, invente la romanisation: de mme que Rome, aprs avoir reu la civilisation des Grecs, l'avait transmise ˆ l'Ouest du continent, de mme cet Ouest la rŽpandait sur le monde qui, inconscient de sa chance, devait tre bousculŽ pour son bien, comme nous le fžmes jadis.

Aussi indŽfinie que soit la notion d'impŽrialisme, une chose est certaine : les conqutes romaines d'il y a 2000 ans et les franco-britanniques d'il y a 150 ans appartiennent ˆ des mondes diffŽrents ; les premires se font au contact, contigu‘s dans l'espace et progressives dans le temps, alors que l'expansion mondiale et la course ˆ l'Afrique constituent des chocs extŽrieurs pour les victimes. D'autre part, en mettant l'accent sur l'Ouest colonisŽ de l'Empire, la nouvelle approche patine dans la vieille ornire eurocentrique et oblitre ou sous-estime tout le c™tŽ oriental, pourtant essentiel pour une analyse de l'Empire romain.

Van Oyen, Astrid, 2015, "Deconstructing and reassembling the Romanization debate through the lens of postcolonial theory: from global to local and back?", Terra Incognita, vol. 6, pp. 205-226 : p208 ...by the time Haverfield* undertook an academic career, the intertwinement of imperial service and the University of Oxford had been well establishedÉ Victorian and Edwardian ideology drew a considerable part of their inspiration from classical models. The contemporary perspective on Roman politics served as a guideline for the goals and practice of the British Empire... p209 A number of scholars hovering between classics, politics and modern history such as Charles Wentworth Dilke (1890)*, John Robert Seeley (1883)* and Charles Lucas (1912)*   Ð all broadly contemporary to Haverfield and the culmination of an aggressive form of British imperialism Ð explored the implications of parallels with the Roman empire (Vasunia, 2005)*... Haverfield, who was strongly entangled in the colonial discourse, launched the concept of Romanization as a directional, intentional, unilateral and progressive process... p210 the mission of territorial expansion was Romanization... Ç the success of Rome, unintended perhaps but complete, in spreading its Graeco-Roman culture over more than a third of Europe and a part of Africa, concerns in many ways our own age and Empire È (Haverfield 1911, xviii)*.

* SEELEY J.R. 1883: The Expansion of England. Two Courses of Lectures, London ; DILKE C.W. 1890: Problems of Greater Britain, London ;  HAVERFIELD F.J. 1911: An inaugural address delivered before the First Annual General Meeting of the Society, Journal of Roman Studies, 1, xi-xx. ; LUCAS C.P. 1912: Greater Rome and Greater Britain, Oxford; HAVERFIELD F.J. 1915: The Romanization of Roman Britain, Oxford ; VASUNIA P., 2005, "Greater Rome and greater Britain", In: GOFF Barbara, et al. Classics and colonialism, Duckworth, London, 38-64.

[46] Expression lancŽe par Wallace-Hadrill, A. 1990, "Roman arches and Greek honours: the language of power at Rome", Proceedings of he Cambridge Philological Society, 36: 143-181

Cf. Woolf Greg, 2008, "The Roman Cultural Revolution in Gaul", In: Keay Simon, Terrenato Nicola, eds, 2008, Italy and the West Ñ Comparative Issues In Romanization, Oxbow Books : p173 Likewise all were intensely local and also markedly Roman... The realization that cultural change was ubiquitous within the empire has important consequences... Romanization is not [no more] seen as the (imperfect) dissemination or imitation [or acculturation] of a static metropolitan culture... p174 If the cultures of Rome and of Italy were as new as those of Gaul, it makes little sense to explain provincial culture as a product of the interaction of two cultural entities.

[47] Osborne Robin, Wallace-Hadrill Andrew, 2013, "Cities of the Ancient Mediterranean", In: Clark Peter, Ed, 2013, The Oxford Handbook of Cities in World History : Only in an already urbanized world could a Rome develop.

Terrenato Nicola, 2015, "The archetypal imperial city: the rise of Rome and the burdens of empire", In: Yoffee Norman, Ed, The Cambridge World History, VOLUME III, Early Cities in Comparative Perspective, 4000 BCE-1200 CE, Cambridge UP : p527 At the very least, a fundamental distinction must be drawn between the parts of the empire that were already urbanized before the conquest and those that became urbanized after it, or not at all.

[48] Pour la conception traditionnelle (sur l'exemple du "mur d'Hadrien" qui a beaucoup excitŽ les britanniques) : Collingwood R. G., 1927, "The Roman Frontier in Britain", AntiquityÑ Quarterly Review of Archaeology, Volume 1, Issue 1, March. Mais ds 1907, Lord Curzon (cf. note suivante) qui avait partagŽ l'application de la problŽmatique romaine aux Indes et savait de quoi il parlait critiquait cet anachronisme.

La comprŽhension de la "frontire" antique et du limes a beaucoup progressŽ, notamment gr‰ce aux Žtudes chinoises de Lattimore et aux travaux de Whittaker *. L'humanisme contemporain ne met plus l'accent sur la sŽparation mais sur le contact (cf. Hingley, 2018*) : initiative UNESCO (FREWHS) et construction europŽenne : The FREWHS booklet suggests that the Roman frontiers were the ÔmembraneÕ through which Roman ideas and objects ÔpercolatedÕ to reach the outside world beyond the Empire's limits... New approaches explore the idea that Roman frontiers constituted more inclusive and transformative landscapes (Hingley).

*Lattimore Owen, 1962, Studies in Frontier History, Collected Papers 1928-1958, London, Oxford University Press, New York Toronto. En particulier : Lattimore Owen, 1956, "The frontier in History"; 1937, "Origins of the Great Wall of China : a frontier concept in theory and practice".

Hingley Richard, 2018, "Frontiers and Mobilities: The Frontiers of the Roman Empire and Europe", European Journal of Archaeology, Volume 21, Issue 1, February, pp.78-95

Whittaker Charles Richard, 1989, Les frontires de l'Empire romain, Besanon : UniversitŽ de Franche-ComtŽ, 1989. pp. 5-211, Annales littŽraires de l'UniversitŽ de Besanon, n¡390

Voir aussi :

Breeze D.J. ,  2011, The Frontiers of Imperial Rome, Barnsley, Pen & Sword

Hingley R., 2005, Globalizing Roman Culture: Unity, Diversity and Empire, London, Routledge

Whittaker C., 2004,  Rome and its Frontiers.,London: Routledge.

 

Cupcea George, 2015, "The Evolution of Roman Frontier Ñ Concept and Policy", Journal of Ancient History and Archeology, No. 2.1 : p12 The Roman frontier area is first and foremost a market... p17 The term limes has meanings beyond the simple one of military border: 1st century Ð military road in Germania, 2nd-3rd centuries - Empire border, 4th century Ð frontier district under the command of a dux; finally there is no Latin term for military border. Thus the military installations placed on the border must have had different purposes at different moments in time, purposes that cannot always be understood... Rivers, just like roads, were considered as means for transport/communication, not as barriers... p18 As far as fortifications along the Danube are considered it seems that they were not placed to control rivers crossings but the river itself... As far as artificial barriers are concerned, it is more and more obvious they played no defensive role. HadrianÕs Wall served to control traffic and commerce. Upper German-Raetian Limes served to stop small invasions, supervise the area and signal danger... p19 The Dacian limes is a succession of defensive points, without a continuous defensive barrier, because its role was to block access in Transylvania along the trans-Carpathian ways, which are rather few and inaccessibleÉ In the East we can clearly see that the border in fact is but a supervised and controlled road. Actually the Romans were more preoccupied with defending their own ways of communication rather than forbidding foreigners access to them... The eastern frontier was thus a fortified communication line...

Voir aussi l'excellent article : Deproost Paul-Augustin, 2001, "Hic non finit Roma. Les paradoxes de la frontire romaine", Folia Electronica Classica, Louvain-la-Neuve, NumŽro 2, juillet-dŽcembre : En dŽfinitive, le limes est-il bien la vraie frontire de l'Empire romain? En d'autres termes, comment concilier la contradiction flagrante entre l'existence bien concrte de cette ceinture dŽfensive autour d'une communautŽ qui a renoncŽ ˆ Žtendre son territoire et la revendication de cette mme communautŽ ˆ la ma”trise absolue du monde ?... le limes est moins une ligne qu'une zone frontalire, une Çfrange pionnireÈ, comme on l'appelle parfois, qui ne sŽpare ni ne diffŽrencie des peuples par ailleurs culturellement et ethniquement proches, mais qui visualise le Çlieu flouÈ ˆ partir duquel devient possible une intŽgration progressive dans un autre monde... politiquement, administrativement et Žconomiquement, il est une barrire poreuse, sinon mme inexistante... si les limites de l'Empire ne sont marquŽes d'aucune borne, c'est, en dŽfinitive, parce que la frontire extŽrieure de Rome est fondamentalement ÇdissymŽtriqueÈ en ce qu'elle impose aux peuples extŽrieurs des limites qu'elle se refuse ˆ elle-mmeÉ

[49] En remplaant Nord et Sud de la Chine par, resp., Ouest et Est de Rome, on pourrait s'inspirer de l'analyse de Lattimore : dans la seconde direction, l'Empire s'adapte, dans la premire il se dissout. L'analyse mŽditerranŽiste adopterait sans hŽsiter l'explication par la "limite Žcologique" (vigne et olivier!!) dont, toutefois, il ne faut pas exagŽrer le dŽterminisme.

Lattimore Owen, 1934, "Open door or great wall ?", Atlantic Monthly 154, N¡1, July, repr. In: Lattimore, 1962 : p88 ...Expansion toward the north was limited by the steppes. Chinese agriculture, ranging as it did from the subtropical south to the relatively cold and arid north, was flexible enough to allow an extensive agriculture along the edge of the steppe, in spite of its bias toward intensification. Transport and the form of society, rather than the technique of agriculture, were here the limiting factors. When the Chinese reached the cultivable fringe of the steppes, they passed beyond the zone of cheap transport by river or canal. Grain could no longer be profitably concentrated toward the centers of power in China. Even the trade in grain from the cultivated fringe of the steppe went out into the steppe rather than back into China, because only in the steppe could it be carried cheaply, by caravan animals grazing as they moved and not having to be fed at inns.

p89 The jealous interests of the dominant landowning classes prevented the Chinese from spreading farther into the steppes by adopting a pastoral economy. Livestock carries further even than extensive agriculture the "extensive" principle in economy. Chinese who adopted the steppe economy tended to break away from the Chinese society and become "tribal barbarians"; just as tribal conquerors of China from the steppe, in proportion as they penetrated into China and, abandoning their own extensive economy, exploited the intensive economy of China, were transformed from barbarian conquerors into part of the ruling class of China.

p91 Turning for comparison to the northern front of Chinese migration, the point to be noted first is that under the old conditions there was a limit in the north to the spread of the Chinese economyÉ For these reasons the northern front of Chinese migration faded away into an indeterminate zone of mixed economies, in which were to be found steppe peoples and peoples who had partly adopted the steppe economy of livestock. This mixed economy never achieved a stable form of society and state of its own, however, because of the recurrent tendency of nomads who had adopted some degree of agriculture to migrate away from the steppe and toward China (partly by conquest), thus assimilating themselves to the main body of China and detaching themselves from the steppe. As a counter phenomenon, Chinese who had begun to devolve (so to speak) from the intensive economy of China toward the extensive economy of the steppe often tended to shed their agriculture altogether, to detach themselves from China completely, and to merge among the steppe peoples.

[50] Curzon, 1907, Frontiers, The Romanes Lecture, Oxford November 2, Clarendon Press :

p25 The Great Wall of China... acting as a fiscal barrier for the prevention of smuggling and the levying of dues, as a police barrier for the examination of passports and the arrest of criminals or suspects, and as a military barrier against hostile invasions or raids. It was even more a line of trespass than a FrontierÉ

p40 My own policy in India was to respect the internal independence of these tribes, and to find in their self-interest and employment as Frontier Militia a guarantee both for the security of our inner or administrative border, and also for the tranquillity of the border zone itselfÉ p41 The result in the case of the Indian Empire is probably without precedent, for it gives to Great Britain not a single or double but a threefold Frontier (1) the administrative border of British India, (2) the Durand Line, or Frontier of active protection, (3) the Afghan border, which is the outer or advanced strategical Frontier....

p49 Frontier is itself an essentially modern conception, and finds little or no place in the ancient world. In Asia, the oldest inhabited continent, there has always been a strong instinctive aversion to the acceptance of fixed boundaries, arising...more still from the idea that in the vicissitudes of fortune more is to be expected from an unsettled than from a settled Frontier [cf. la frontire anglo-Žcossaise qui est restŽ si longtemps indŽterminŽe] p50 ...What seems to us now the first condition of a stable Frontier appears to have been then regarded as the least important. Perhaps one reason was that no one expected and few desired that stability should be predicated of any political Frontier.

[51] Luttwak Edward N., 1976, The Grand Strategy of the Roman Empire from the First Century A.D. to the Third, Baltimore: The Johns Hopkins University Press, reed. 2016.

Cet ouvrage est la grande rŽfŽrence pour la supposŽe "dŽfense en profondeur" dont l'exposŽ a ŽtŽ en son temps un choc, quoique, des trois "grandes stratŽgies", ce soit la plus incertaine et la plus problŽmatique.

Quoique pas stupide, cet ouvrage est dŽtestable, tant par le ton que par la mŽthode. Le premier est pŽremptoire et mŽprisant, la seconde a-historique : on a reprochŽ ˆ l'A. l'insuffisance des sources primaires et l'oubli des secondaires, mais surtout il faut dŽplorer l'absence de cadre analytique : c'est un kriegspiel un tantinet abstrait rŽduit au jeu des moyens et des fins. CaractŽristiques de la dŽmarche, sont les rŽsumŽs chronologiques qui figurent au dŽbut de chaque chapitre sans tre reliŽs au contenu.

Passons sur les critiques faites ˆ l'A. concernant la rationalitŽ stratŽgique qu'il prte aux gouvernements romains. Passons aussi sur le parallle avec le XXe (la dissuasion nuclŽaire a montrŽ que le militaire vaut comme facteur politique). La principale faiblesse rŽside dans la dŽlimitation du cadre spatio-temporel. L'A. isole une pŽriode (Ier/IIIe), avec un "avant" qui anticiperait la 1re "grande stratŽgie" (hŽgŽmonique) et un "aprs" flou qui poursuivrait la 3me stratŽgie (dŽfense en profondeur). Cette pŽriode exclut ˆ peu prs les Perses, ce qui dŽtermine implicitement un espace impŽrial relativement homogne, affrontŽ ˆ la menace non prŽcisŽe de barbares en cours de self-romanization (heureuse expression, hŽlas peu dŽveloppŽe). Prenant les Romains pour des AmŽricains, l'A. les fait rechercher une adŽquation des moyens logistiques limitŽs (lenteur des transports, approvisionnements) ˆ la fin finale de toute stratŽgie (sŽcuritŽ).

[52] Loseby S. T. , 2009, "Mediterranean Cities", In: Rousseau, Jutta, 2009, p140 No comprehensive list of cities exists, but one might crudely estimate that there were perhaps a little under 2,000 communities in and around the late antique Mediterranean that fulfilled the requisite administrative functions. Their distribution was erratic. The urban network in each region had generally been established upon its incorporation into the empire... [the Romans] tended at that stage to recognize as cities all the communities that had suitable pretensions... Rarely was this pattern fundamentally transformed in later centuries... the late antique diocese of Asiana still contained hundreds of cities, with commensurately small territories. To judge by the number of communities that had bishops, the African urban network was even denser. In Spain and southern Gaul, by contrast, cities could be numbered in the dozens, and those were comparatively few and far between (Jones 1964: Map V, 1064Ð5)... p141 Since they were defined in juridical terms, late antique cities and their territories could therefore be variously large or small, rich or poor, bustling or somnolent...

Slofstra, 2002, "Batavians and Romans on the Lower Rhine", Archaeological Dialogues, 9, p26 ...administrative structure that Augustus implemented in Gaul. Most of the Gallic province was divided into civitates along Roman lines, each with an urban centre and a political-administrative system based on the participation of indigenous elites, thus putting an end to the tribal organisation that had been so characteristic of the Gallic frontier.

[53] Dans sa critique des thŽories de l'ethnogense, Gillett note : The ÔethnicÕ terms used by literary sources to refer to these kingdoms, such as ÔFrankÕ and ÔGothÕ, reflect Roman use of ÔumbrellaÕ ethnic categories, employed to simplify diversity. There is a rough parallel with many post-colonial states of south-east Asia and Africa in the later twentieth century, established on boundaries reflecting European imperial possessions and bearing pseudo-ethnic names originating in early modern European terminology..., reflecting European colonial thought and practices, not autonymsÉ (Gillett Andrew, 2006, "Ethnogenesis: A Contested Model of Early Medieval Europe", History Compass, 4/2, p 252).

Dans un article de dŽfense de l'ethnogense, Pohl* remarque que les ethnonymes sont souvent des toponymes : p198 LÕAntiquitŽ tardive soulve la question de lÕidentitŽ ethnique justement au moment o celle-ci semblait avoir ŽtŽ rŽsolue dans le double universalisme impŽrial et chrŽtienÉ Des noms de provinces antiques, organisŽes selon les plus strictes exigences administratives, Žtaient rŽgulirement Ð au moins de manire rhŽtorique Ð ethnicisŽs. Souvent, si lÕon parlait de Thraces ou de MacŽdoniens, cÕŽtait tout simplement pour dŽsigner de manire ethnique une entitŽ territoriale.

De mme, Gillet (Gillett Andrew, 2009, "The Mirror of Jordanes: Concepts of the Barbarian, Then and Now", In: Rousseau, Jutta, 2009), p398 One habitual practice of Chinese sources was the transfer of a specific autonym, originally attached to one foreign group, onto others that were perceived as occupying similar categories, such as inhabiting the same geographic areas or sharing similar cultural qualities. These ÔÔtransferredÕÕ names were preserved and used by Chinese writers, long after the historical existence of the original group. Greco-Roman authors likewise generalized individual foreign autonyms into umbrella terms reused over centuries. Both Scythii and Germani were such ÔÔtransferredÕÕ names, adopted in the classical period and enduring in Late Antiquity and beyond. Such generic titles simplified diversity: historically (ÔÔnewÕÕ peoples could be understood as ÔÔoldÕÕ ones), geographically (all lower Danubian peoples were Scythians), and taxonomically (all nomadic peoples beyond the Syrian desert were Saracens). Gothi, often synonymous with Scythii, was one of several late antique additions to such simplifying termsÉ

De mme, Halsall Guy, 2009, "Beyond the Northern Frontiers", In: Rousseau, Jutta, 2009 : p419/20 Roman authors generally refer to these peoples [North of the Hadrian's Wall] as Picti, but this is clearly a Roman descriptive term (ÔÔpainted menÕÕ) rather than (at this date at least) a genuine indigenous ethnonym. This ÔÔPictishÕÕ terminology has caused great confusion... Roman writers use picti as a general description of anyone beyond the Wall...

Pohl souligne aussi la fonction narrative de ces dŽnominations : p205 les noms ont un caractre souvent plus permanent que ce quÕils dŽsignent... Les noms des peuples reprŽsentrent toutefois un point dÕancrage solide pour les identitŽs ethniques pendant le haut Moyen Age. Ils permettaient de dŽsigner explicitement les Gothi, Franci, Langorbardi, et dÕintroduire ainsi des acteurs dans le rŽcit historique, de nommer les groupes actifs, et ils donnaient en sus ˆ une rŽalitŽ hŽtŽroclite une structure narrative.

* Pohl Walter, 2005, "Aux origines d'une Europe ethnique. Transformations d'identitŽs entre AntiquitŽ et Moyen åge", Annales. Histoire, Sciences Sociales, N¡1, p. 183-208.

La dŽmonstration de Pohl, malgrŽ ses prŽcautions, ne me convainc pas. Je prŽfre le "naturalisme" de Goffart: l'identitŽ ehtnique se dŽveloppe indŽpendamment des perceptions sociales comme enveloppe inclusive/exclusive d'une entitŽ "politique". Cela explique que ces "ethnies" soient polyethniques.

Voir aussi : Mihajlović Vladimir D., Janković Marko A, 2014, "Imperialism and identities Ñ Foreword", In: Mihajlović, Janković., Babić, eds, Edges of the ÒRoman world, Cambridge Scholars Publishing, p.xiii Éthere has been serious criticism of the concept of identity in general, and many academic voices have been raised to warn that the term became yet another Òbuzz-wordÓÉp.xiv ÒIdentitiesÓ could be a constructive first step in researching the past societies as neutral enough umbrella-term which delineates the correlation between the material culture, written accounts and some sort of ÒtogethernessÓ without implicating its character in advanceÉ p.xv the concept of identities proved to be a useful analytical tool as it enables multidimensional thinking Ñabout instead of two dimensional reductionÑ of the ÒRoman worldÓ... Consequently, simplified notion of binary division of ÒRomanÓ vs. ÒnativeÓ and ÒcivilizationÓ vs. ÒbarbarityÓ gave place to the questions of legal, social, economic, ethnic, resident, local, regional, gender, age, professional, religious etc. (self)determinations that were fluid, interwoven and situational. Additionally, this kind of thinking also provided a sense of constantly changeable character of the Roman world, previously often neglected due to the static features implied by the ÒRoman civilisational missionÓ or overall ÒRomanizationÓÉ

[54] Gillet s'est fait une spŽcialitŽ de critiquer ces thŽories dans lesquelles il voit, malgrŽ la prudence des auteurs contemporains, une rŽsurgence d'un dangereux romantisme germanique essentialiste. Cf. Gillett Andrew, 2002, "Ethnicity, History, and Methodology", introduction de Gillett Andrew (Ed.), 2002, On Barbarian identity: critical approaches to ethnicity in the early Middle Ages. (Studies in the early Middle Ages). Turnhout, Belgium: Brepols; 2006, "Ethnogenesis: A Contested Model of Early Medieval Europe", History Compass, 4/2, p 252.

Voir aussi son excellent article ˆ propos de Jordanes et des Goths : Gillett Andrew, 2009, "The Mirror of Jordanes: Concepts of the Barbarian, Then and Now", In: Rousseau, Jutta, 2009. Les sources ˆ partir desquelles l'ethogense germanique est reconstituŽe sont des sources "romaines" qui ne renseignent que sur les perceptions romaine : p395 These examples  suggest, first, how multiple registers of "identityÕÕ could coexist, their relevance dependent upon different circumstances. The coexistence of alternative categories of ÔÔethnicity,ÕÕ and the possibility of selecting the category most appropriate to particular circumstances, has been described as ÔÔsituationally constructed ethnicityÕ [Geary Patrick J., 1983, Ô"Ethnic Identity as a Situational Construct in the Early Middle Ages", Mitteilungen der Anthropologischen Gesellschaft in Wien 113: pp.15Ð26] ÉGiven the overlapping categories of identity that operated concurrently, the modern term ÔÔethnicityÕÕ seems increasingly to be an awkward anachronismÉ Second, and perhaps more significantly, however, these texts indicate how unimportant what we call ÔÔethnicÕÕ identity could be in Late AntiquityÉ p403 The deployment in recent research of late antique, Christian, Greco-Roman sources in order to reconstruct ÔÔbarbarianÕÕ identities is problematic... [Jordanes treated as a recension of genuine Gothic self-understanding]... p404 the Getica is deployed as the residue of a barbarian ÔÔethnic discourseÕÕ... Current interpretations of Greco-Roman works understand classical ethnographic discourse as a communication within Greco-Roman society... Greek speaks to Greek about what makes the Scythians so differentÉ p407 The degree to which our vision of the barbarians of Late Antiquity is shaped by the tradition of Hellenistic ethnographic thought cannot be too heavily emphasized. The ÔÔScandinavian originsÕÕ of JordanesÕ Goths (and of their medieval imitators, Paul the DeaconÕs Lombards and WidukindÕs Saxons) derive from the classicizing milieu of Constantinople, not from barbarian cultural beliefs (Goffart 2005)É By contrast, our expectations of meeting ethnically proud Goths, Franks, and Lombards has been conditioned not by the force of late antique evidence but by the weight of five centuries of modern Eurocentric scholarship.

[55] Par exemple, Pohl, 1998 : p17 we can describe ethnos as a process rather than a unit... there were individuals who were Avars or Lombards in a fuller sense than others who claimed to be so; and one could easily be Lombard and Gepid, or Avar and Slav, at the same timeÉ Which of these affiliations prevailed often depended on the situation: this is why Geary (1983) has called ethnic identity a "situational construct"... Therefore, we do not have to look for ethnicity as an inborn characteristic, but as an "ethnic practice" that reproduces the ties that hold a group together...

p19 The ethnogenesis of the Avars followed the pattern laid out by this strategy. Their "kernel" had crossed a considerable part of Central Asia to escape from the Turks... The charismatic tradition that they made their own proved a very powerful unifying factor, indeed a self-fulfilling prophecy. This tradition was indissolubly linked to the Khaganate. It maintained an absolute monopoly on the name "Avar" right until the end; it is remarkable that our sources do not call anyone else an Avar. Secessionists breaking out of the Khagan's dominion were known as BulgariansÉ After the fall of the Avar Empire around 800 the name disappeared within one generation. This did not mean that the Avars had all disappeared... It simply proved impossible to keep up an Avar identity after Avar institutions and the high claims of their tradition had failedÉ

p22 The written sources have preserved a great number of ethnic names that become concrete when political events or cultural expressions are recorded in connection with one of them. Many of these names are, of course, topical (like "Scythians" for the Huns). Others are names given and used by foreigners (as Venidi for the Slavs). It is possible that one and the same group is recorded under different names; but also that two groups are Ñ justly or not Ñ subsumed under the same name. The complexity of the relation between peoples and ethnic names should not be reduced too easily. Likewise, we should be very cautious in identifying gentes bearing the same name in different contexts.

Cf. Goffart Walter, 1981, "Rome, Constantinople, and the Barbarians", The American Historical Review, Vol. 86, No. 2 (Apr.), pp. 275-306 ;

Gillett Andrew, 2002, "Ethnicity, History, and Methodology", introduction de Gillett Andrew (Ed.), On Barbarian identity: critical approaches to ethnicity in the early Middle Ages. (Studies in the early Middle Ages). Turnhout, Belgium: Brepols; 2006, "Ethnogenesis: A Contested Model of Early Medieval Europe", History Compass, 4/2; 2009, "The Mirror of Jordanes: Concepts of the Barbarian, Then and Now", In: Rousseau Philip, Raithel Jutta, (Eds), A Companion to Late Antiquity, Wiley-Blackwell ;

Pohl Walter, 1998, "Conceptions of Ethnicity in Early Medieval Studies", in: Lester K. Little and Barbara H. Rosenwein (Eds), Debating the Middle Ages: Issues and Readings, p. 13-24, Blackwell Publishers ; 2005, "Aux origines d'une Europe ethnique. Transformations d'identitŽs entre AntiquitŽ et Moyen åge", Annales. Histoire, Sciences Sociales, N¡1, p. 183-208 ;

Woolf Greg, 2002, "Generations of aristocracy", Archaeological Dialogues, 9, pp 2-15 ;

Slofstra, 2002, "Batavians and Romans on the Lower Rhine", Archaeological Dialogues, 9 ;

Halsall Guy, 2009, "Beyond the Northern Frontiers È, In: Rousseau Philip, Raithel Jutta, (Eds), A Companion to Late Antiquity, Wiley-Blackwell ;

Vanderspoel John, 2009, "From Empire to Kingdoms in the Late Antique West È, In: Rousseau op. cit. ;

Humphries Mark, 2009, "The Shapes and Shaping of the Late Antique World: Global and Local Perspectives È, In: Rousseau op. cit. ; Loseby S. T. , 2009, "Mediterranean Cities È, ibid.

[56] Deproost Paul-Augustin, 2001, "Hic non finit Roma. Les paradoxes de la frontire romaine", Folia Electronica Classica, (Louvain-la-Neuve), NumŽro 2, juillet-dŽcembre: les reprŽsentations romaines du monde confondent indissolublement l'orbis Romanus et l'orbis terrarum, ds le premier empereur qui met tout en oeuvre pour imposer l'idŽologie du caput mundi... Ë l'avenir, peu importeront les vicissitudes de l'actualitŽ politique ou militaire, peu importeront mme les dŽlocalisations du pouvoir impŽrial, l'idŽologie de la ville capitale traverse l'histoire de Rome, convaincue que sa mission est de prendre le monde en chargeÉ Pour les Latins, le sentiment de la patrie n'est pas liŽ d'abord au sentiment de Çse trouver dansÈ un territoire, mais ˆ la conscience d' Çappartenir ˆÈ une communautŽ qui occupe ce territoire et qui entretient un lien particulier avec Rome, en particulier la citŽ natale... Repris ˆ l'envi par de nombreux potes, le jeu de mots qui assimile urbs et orbis atteste bien que, pour un Romain, l'univers n'est pas un territoire, mais il s'identifie - sinon se rŽduit - ˆ une ville, ˆ un mythe urbain ; le monde est ÇdansÈ une ville, indŽfiniment dilatŽe dans toutes les citŽs de l'Empire... si les limites de l'Empire ne sont marquŽes d'aucune borne, c'est, en dŽfinitive, parce que la frontire extŽrieure de Rome est fondamentalement ÇdissymŽtriqueÈ en ce qu'elle impose aux peuples extŽrieurs des limites qu'elle se refuse ˆ elle-mme, selon la formule cŽlbre d'Ovide : Ç Les autres peuples ont reu une terre ˆ la frontire dŽfinie. Pour Rome, l'Žtendue est la mme, de la ville et du monde È [Romae spatium est urbis et orbis idem, Žloge du dieu Terminus dans OVIDE, Fastes, II, 683-684, o le pote joue, ˆ la suite de CicŽron, sur la paronomase del'urbs et de l'orbis : e.g. Catilinaires, I, 4, 9 ; Plaidoyer pour MurŽna, X, 22 ; etc.]

[57] Terrenato op. cit. illustre bien l'impact de l'extŽrieur sur l'intŽrieur (quoiqu'il systŽmatise exagŽrŽment) :

p522 In military terms, the push inland of the Roman Empire required a very different strategy from the ones used along the seaboard. Moving the army (and especially supplying it) could not be done by sea, thus slowing down the pace and the frequency of the campaigns. These tended to become multi-year affairs in distant parts of the world, where the yearly rotation of the elected military leaders (which usually involved a reorganization of the army and of its staff) was eminently impractical. Commands had therefore [p523] to be extended and provincial governors often played an important role, staying in the field with the same army for long periods, essentially free from senatorial supervision, at least until they returned to Rome. The very structure of the army was radically changed eliminating the last vestiges of the original stratification of soldiers by social class, emphasizing instead veterancy and military rank acquired in the field. The conquest, which had proceeded along the coasts at a sustained and constant pace so that few years had seen no gains, now became much more unpredictable, alternating massive leaps and bounds with long periods of stable boundaries. Necessarily, expansion could only come from long expeditions that had to be planned well in advance and that, when successful, often led to the incorporation of areas many times the size of the whole of peninsular Italy... the foundation of new cities and the reorganization of the rural landscapes had been fundamental tools to interact with the local communities and to make them more compatible with and interested in the Mediterranean worldÉ As the first century BCE progressed...the political republican system collapsed, crushed by the emergence of large professional armies that were firmly loyal to the commanders under whom they had served for long periods... [droits de vote non exerables ˆ cause des distances] RomeÕs policy of political inclusiveness had reached its intrinsic spatial limitations. From then on, Rome was ruled by military dictators, called emperors, whose primary power base was within the army... p524 After 100 BCE, the Roman army and its generals were engaged in intestine and inglorious wars more often than they were deployed in external ones, and certainly with far greater casualties. Civil strife and factionalism had always featured in the history of the empire to a remarkable extentÉ p524 Early on, advances were made in the Rhineland, along the Danube, and in the northwestern Iberian Peninsula [aso]... p525 All these areas tended to be less compatible with the rest of the empire than any other previous province and offered much stronger resistance, occasionally causing heavy defeats... areas that were culturally and structurally very different ended up within the empire and they showed a much greater propensity for instability and outright rebellion.

[58] Cf. Harmand Jacques, 1978, "La Gaule indŽpendante et la conqute", Chp. 6 de Nicolet, 1978, Rome et la conqute du monde mŽditerranŽen, T.2 Gense dÕun empire. L'A. souligne que si la tradition franaise a magnifiŽ la rŽvolte de 53/52 BC, verrouillant par lˆ toute comprŽhension rationnelle des ŽvŽnements gaulois de 52, ceux-ci doivent tre compris comme une guerre des druides tentant de dŽfendre le pouvoir dont ils s'Žtaient emparŽs en usurpant les pouvoirs judiciaires et en contr™lant l'Žducation des Grands. On ne peut dŽverrouiller, dit-il, qu'ˆ condition de reconna”tre dans l'Arverne [VercingŽtorix] soit un sot, soit un agent provocateur au service de CŽsar (p 724). Une fois la victoire romaine acquise, tout se dŽfait et les peuples jettent les armes et repoussent les responsables de la guerre.

Pour l'A., ce qui compte et explique la paix qui rgne ensuite, c'est, avant et aprs 53/52, le ralliement ˆ Jules des chefs qui demandaient un soutien contre la pression extŽrieure ("Belges" et "Germains") et la tension "sociale" (aristocrates/paysans) ˆ l'intŽrieur.

[59] Le Roux Patrick, 2004, "La romanisation en question", Annales. Histoire, Sciences Sociales, 59e annŽe, n¡2, pp. 287-311.

Le Roux Patrick, 2006, "Regarder vers Rome aujourdÕhui", In: MŽlanges de l'Ecole franaise de Rome. AntiquitŽ, tome 118, n¡1, pp. 159-166 :..p159 La multipolaritŽ du monde romain a ŽtŽ revendiquŽe ˆ juste titre. La relative unitŽ des paysages mŽditerranŽens ne devait pas masquer plus longtemps de profondes diffŽrences... p160 LÕaccession ˆ la citoyennetŽ romaine ne semblait pas signifier que lÕon Žtait devenu romain... Le dŽplacement du regard des centres vers les pŽriphŽries fonctionne assurŽment comme lÕun des catalyseurs de la ÇdŽromanisationÈ progressive de lÕhistoire romaine impŽriale... On a trop longtemps confondu Rome et le monde romain, histoire de Rome et ÇromanisationÈÉ p161 Chacun admet cependant que la ÇromanisationÈ nÕest pas la ÇromanificationÈ, nŽologisme que jÕinvente en imitant le mot de ÇrussificationÈ... p162 Aux Žchelons locaux et rŽgionaux, les observations [des archŽologues] ne cadraient que rarement avec la grande histoire, avec lÕuniformisation de processus dÕŽvolution prŽsentŽs comme acquis et universels... La ÇromanisationÈ triomphante avait accrŽditŽ lÕidŽe dÕune diffusion indŽfinie des modles importŽs... Il Žtait sŽduisant dÕinverser les donnŽes et de voir autant de refus et de rŽsistances... Le raisonnement dŽbouche, comme on pouvait sÕen douter, sur la question dÕune actualitŽ de lÕhistoire romaine et sur la lŽgitimitŽ ou le sens dÕune relation entre le passŽ mme lointain et le prŽsent... manque de recul par rapport aux contaminations, nŽes des ŽvŽnements contemporains... p164 Une apprŽciation sans indulgence et nŽgative de lÕEmpire romain contribue aujourdÕhui en partie ˆ apaiser une Çmauvaise conscienceÈ nŽe de la lecture des histoires coloniales depuis le XVe sicle... LÕimmoralitŽ de lÕimpŽrialisme jette le discrŽdit sur un pan entier de lÕhistoire de Rome...on peut se demander sÕil ne faudrait pas [...] pour renouveler lÕhistoire de Rome, chercher ˆ se dŽtourner peu ˆ peu dÕune conception surtout gŽnŽalogique de lÕhistoire ancienne... Les dŽbats autour de la ÇromanisationÈ et leurs consŽquences mŽthodologiques... doivent inciter ˆ retrouver une Rome autre, exotique, replacŽe dans son environnement familier et diffŽrent de celui que nous connaissons... Il nÕy a aucune contrainte professionnelle ni force dŽmonstrative particulire de recourir ˆ des modles prŽfabriquŽs qui ne sont jamais comparables aux rŽalitŽs du monde romain.

[60] Loseby S. T. , 2009, "Mediterranean Cities", In: Rousseau, Jutta, 2009, p139 government through the cities also afforded an immensely practical and inexpensive solution to a problem that perennially confronted the rulers of premodern societies as soon as their polities had expanded beyond a certain point, that of exercising power over distance.

Humphries Mark, 2009, "The Shapes and Shaping of the Late Antique World: Global and Local Perspectives", In: Rousseau, Jutta, 2009, p100 But by concentrating above all on the unity of the empire, we miss the essential diversity of the various elements of which it was composed. Indeed, the apt remark has been made that ÔÔthe Roman Empire is too often seen as a whole, too seldom as a collection of provincesÕÕ (Wickham, 2005)... p 102 In such circumstances, we might think of the political unity of the empire as being maintained only by keeping in check various tendencies that might lead it to spring apart. That was, indeed, apparent in the very foundations of the empire, which rested on the incorporation of communities, mainly cities, that were largely left to run their own affairs. So long as various dues were paid Ð either tangibly as taxes or compulsory services, or symbolically in terms of allegiance and imperial service Ð direct interference from the imperial authorities occurred only to insure the smooth operation of the stateÕs administrative and legal apparatus or to settle problems whose resolution confounded the abilities of local elites (Garnsey and Saller 1987; Moralee 2004 *). Such a policy suited elites across the length and breadth of the empire since, through their participation in imperial government, they were able to maintain their social preeminence within their communities (Veyne 1976; Heather 1994; Lendon 1997 *)

* Moralee Jason, 2004, ÔÔFor SalvationÕs SakeÕÕ: Provincial Loyalty, Personal Religion, and Epigraphic Production in the Roman and Late Antique Near East, London and New York, Routledge ;

Veyne Paul, 1976, Le Pain et le cirque: sociologie historique dÕun pluralisme politique, Paris, Seuil;

Heather Peter, 1994, ÔÔNew Men for New Constantines? Creating an Imperial Elite in the Eastern Mediterranean,ÕÕ in Magdalino (1994: 11Ð33);

Magdalino, Paul (ed.) (1994), New Constantines: The Rhythm of Imperial Renewal in Byzantium, 4thÐ13th Centuries, Aldershot, Variorum;

Lendon J. E., 1997, Empire of Honour: The Art of Government in the Roman World, Oxford, Clarendon Press; New York, Oxford University Press ;

Harries Jill, 1999, Law and Empire in Late Antiquity, Cambridge and New York, Cambridge University Press ;

Kelly Christopher, 2004, Ruling the Later Roman Empire, Cambridge, MA, Harvard University Press

[61] Cf. Webster Jane, 1996, "Roman imperialism and the Ôpost imperial ageÕ ", Roman Imperialism: Post-Colonial Perspectives, Chap. 1, edited by Jane Webster & Nick Cooper; 2001, "Creolizing the Roman Provinces", American Journal of Archaeology, Vol. 105, No. 2 (Apr.), pp. 209-225

Van Oyen Astrid, 2015, "Deconstructing and reassembling the Romanization debate through the lens of postcolonial theory: from global to local and back?", Terra Incognita, vol. 6, p. 205-226

[62] Woolf Greg, 2002, "Generations of aristocracy", Archaeological Dialogues, 9, pp 2-15 : p3 ÉColonists and garrisons were largely absent, and with them land-confiscations, new influxes of wealth, and the sudden arrival of new cultural habits and dispositions. Here, if anywhere, we ought to be able to observe gradual re-negotiations of the political, social and cultural order, or even substantial continuity with pre-conquest patternsÉ Interior Gaul displays marked social hierarchy before and after the Roman conquest. This paper asks what changes, if any, Roman rule brought in the forms this inequality took.

Aprs avoir soulignŽ l'intŽressante diffŽrence entre les Gaules, tant dans la chronologie que dans le processus (la Gaulte du sud colonisŽe, lÕintŽrieure auto-romanisŽe, la Gaule rhŽnane militarisŽe et alliŽe Ñ cf Slostra), l'A. entreprend une sociologie de l'aristocratie: empchŽs de se faire la guerre, les warlords rivalisent en romanitŽ ostentatoire.

LÕarticle suivant (Slofstra) articule la dimension "culturelle" (romanisation) et lÕhistoire. Il montre la "double identitŽ" en action (l'exemple de Civilis) : la transformation des rois en prŽfets est rŽversible. Civilis rŽvoltŽ redevient batave : identities may be redefined from one moment to the next. Une Žtude de cas instructive.

Slofstra, 2002, "Batavians and Romans on the Lower Rhine", Archaeological Dialogues, 9 : p24 The key instruments of Roman frontier policy in Gaul were the deployment of a relatively modest occupying force (supplemented by auxiliary troops), the maintenance of political relations with the tribal aristocracies, and the relocation of ethnic units in areas that suited Rome's purpose. The most striking aspect of the Roman hegemonic strategy at the Gallic frontier was the system of diplomatic control, which involved a range of treaty agreements with the aristocracy of the Gallic civitatesÉ p27 In the 1st century A.D.,... on the Rhine and Danube frontiers indigenous aristocrats [...] were appointed as prefects in their own civitasÉ p28 [eg Bataves] This change from kingship to prefecture would have strengthened rather than weakened the power of the Batavian Iulii. Their native power base remained intact, and we even have reason to believe that they extended their client networks to include other tribal groups in the Rhine delta.

[63] Les oppida ne sont gŽnŽralement pas les anctres des citŽs "gallo-romaines". Faute de citŽs, les Romains font une "civitas" par tribu (dont les big men souvent fonderont une citŽ) et ne crŽent directement que trs peu de colonies (Lyon). La Gaule romaine restera peu urbanisŽe.

Cf. Woolf Greg, 1998, Becoming Roman- The Origins of Provincial Civilization in Gaul, Cambridge University Press : p136 In fact, even by the standards of the ancient world, Gaul was under-urbanized. Few Gauls lived in the cities or even near them, and as a result few can have had much contact with them. Roman cities in Gaul were thus islands of civilization scattered over a world of villages that in its operation, although not in its appearance, strongly resembled the iron age world it had replaced... p140 [Bekker-Nielsen*] The dispersal of cities in central Italy averaged 11-16 km, while elsewhere in the peninsula and in Narbonensis they appeared at intervals of between 20 and 40 km. Only in central Italy, in other words, could cities themselves provide the lowest level of services to rural populations. But there is also a startling contrast between those dispersal rates and those of Comatan Gaul, where cities are between 50 and 100 km apart. In fact, the result is skewed by variations in the size of civic territories, and the addition of secondary towns reduces the dispersal..., while Narbonensis approximates Italy even more closely. The main contrast to emerge from these approaches is between urbanism in the Mediterranean world and the situation in the continental interior.

* Bekker-Nielsen T¿nnes, 1989, The geography of power: Studies in the urbanization of Roman North-West Europe, Vol. 477, BAR Publishing

[64] Woolf Greg, 1995, "The Formation of Roman Provincial Cultures", In: J. Metzler et alii (Žds), Integration in the early Roman West. The role of culture and ideology, Luxembourg: p9 If Roman provincial cultures from Britain to Egypt are considered together, one of the most striking patterns to emerge is a chronological one... The provincial cultures of the Roman empire shared a common formative period [around the turn of the millennium]... p10 Cultural change proceeded at much the same pace throughout the empire, irrespective of when each area was conquered.

Woolf Greg, 2008, "The Roman Cultural Revolution in Gaul", In: Keay Simon, Terrenato Nicola, eds, 2008, Italy and the West Ñ Comparative Issues In Romanization, Oxbow Books: p178 The creation of new priesthoods and new cults into Gaul entailed the creation of new kinds of knowledge. Likewise, the re-ordering of Gallic religion involved the effective abolition of an entire sacrificial and ritual tradition and the naturalization of a new one. The very designing of new cults involved formal acts of syncretism, that in some cases evidently were taken on expert religious advice.

Epona serait le rŽsultat de ce syncrŽtisme : Webster Jane, 2001, "Creolizing the Roman Provinces", American Journal of Archaeology, Vol. 105, No. 2 (Apr.), pp. 209-225 : p221 In my terms, Epona cannot be regarded as a Celtic deity or a Roman one. She is the product of the post-Roman negotiation between Roman and indigenous beliefs and iconographic traditions: she is thus a Romano-Celtic deity...

[65] Si l'idŽe de "rŽvolution culturelle" pose de nombreux problmes, elle a l'intŽrt de mettre l'accent sur le caractre multiforme des transformations, sur leur Žchelle et sur le fait qu'elles ne sont pas initiŽes par la Ville. Cf. Woolf Greg, 2008, "The Roman Cultural Revolution in Gaul", In: Keay Simon, Terrenato Nicola, eds, 2008, Italy and the West Ñ Comparative Issues In Romanization, Oxbow Books.

Mme les fameux bains romains ! p181 the same might be said of Rome itself at least as far as bathing is concerned. The new kinds of self-care that became so widespread in the early empire drew on many sources - gymnasial culture, Greek bathing, technical inventions like the hypocaust - but none of them were native to Rome, nor were they first combined there as far as we can tell.

[66] L'archŽologie britannique qualifie de subroman (plut™t que postroman) les traces de la pŽriode entre retrait romain (410) et saxonisation (Ve/VIe sicles) qui deviennent peu ˆ peu hybrides.

Pour l'Italie, cf. Humphries Mark, 2000, "Italy, A.D. 425Ð605", In: Cameron Averil & al, eds, The Cambridge Ancient History, Volume XIV, Late Antiquity: Empire and Successors, A.D. 425Ð600.

Cf. aussi Wood Ian N., 2000, "The North-Western Provinces", In: Cameron, CAH, vol.14 : p497 Several historians working on fifth- and sixth-century Britain have, for instance, argued that between the history of the late Roman province of Britannia and that of Anglo-Saxon England lies a shorter but none the less distinct period that has been called Ôsub-RomanÕ... Other regions in western Europe passed through an intermediate Ôsub-RomanÕ phase between the collapse of imperial Roman government and the establishment of a new barbarian regime: this is clear for Gallaecia in Spain, Aremorica and the area controlled by Aegidius in Gaul, as well as Noricum... in Soissons it began with the murder of Majorian in 461 and ended with the defeat of AegidiusÕ son Syagrius at the hands of Clovis, in c. 486... p498 it is worth comparing the sub- and post-Roman histories of these regionsÉ

p510 Mixed in with this picture of collapse, however, is a picture of remarkable continuity... p517 Although our sources suggest that it was charismatic clerics who stepped into the breach caused by the failure of the Roman empire, there were other individuals who attempted to use the remnants of imperial authority. The barbarians themselves often acted as officials of the old empire, both before and after becoming kings Ð and their kingdoms were built on Roman foundationsÉ p520 Whatever the variety, the Merovingians came more and more, in the course of the sixth century, to cultivate an image of romanitas... p523 In the course of the sixth century the Visigothic kings of Spain, like the Merovingian kings of the Franks, came to present themselves in a guise that looked back to the Roman empire.

[67] Vanderspoel John, 2009, "From Empire to Kingdoms in the Late Antique West", In: Rousseau, Jutta, op. cit. : p430 When Childeric returned [from Thuringia], he no doubt resumed active kingship of the Salians and governed them alongside first Aegidius, then Syagrius... Less clear is whether we have here true joint kingship or two kingdoms superimposed one on the other, with the same boundaries but governing different segments of the population. Or, since Syagrius governed from Soissons and Childeric from Tournai, do we have two kingdoms not superimposed... two rulers and two peoples occupying the same territoryÉ Clovis defeated Syagrius in AD 486É p432 As the new Roman aristocracy of western Europe, filling roles traditionally played by the upper classes (Mathisen 1989, Brown 1992 *), the episcopate was not fully enamored of men like Aegidius or Syagrius, Roman functionaries who usurped or extended the powers granted to them at some cost to the authority of the bishops in their territories... Indeed, these new potentates threatened episcopal autonomy more than even emperors did, particularly in Late Antiquity, when Gaul was more a place to rule than to visitÉ in the absence of imperial authority, bishops preferred that there be no other Roman-based, Roman-originated authority but themselves: if not the state, then the Church. Barbarians were not Roman... Alternatively, bishops may simply have employed the Franks as a force in their disputes with each otherÉ p436 [in  Britain] we have four little territories that Romans had considered their own, first ruled by Roman officials then by kings, either the Roman officials or their descendants: not so different from the Gallic situation [Aegidius]É [In 516 or 517 Africa] a dux became an independent ruler when the empire that had made him dux had become irrelevant. Though Masties calls himself imperator rather than rex, he clearly governed two populations, one of Romans, the other of Mauri: not so different from Aegidius as rex Francorum or Syagrius as rex RomanorumÉ p437 I suggest that in both Britain and Africa the prefects handed power to sons and turned their fiefdoms, or prefectures as we now should call them, into kingdoms, because the empire could not force them to remain prefectsÉ

p438 Three very different parts of the empire, therefore, designated by the empire as prefectures (or the sphere of a magister), all became kingdoms under native control in a similar manner. Though details differ, the prefects (or kings, if they had already become the latter) were either replaced by native rulers, possibly having shared power for a while first (as in Gaul), or simply became part of the people they or their ancestors had been appointed to govern as prefects... Moreover, the existence of reges Romanorum in Britain and Africa suggests that Gregory [of Tours] could be correct in calling Syagrius a rex Romanorum...

* Mathisen Ralph W., 1989, Ecclesiastical Factionalism and Religious Controversy in Fifth-Century Gaul, Washington, DC, Catholic University of America Press.

Brown Peter, 1992, Power and Persuasion in Late Antiquity: Towards a Christian Empire, Madison, University of Wisconsin Press.

[68]  Loseby S. T. , 2009, "Mediterranean Cities", In: Rousseau Philip, Raithel Jutta, (Eds), 2009, A Companion to Late Antiquity, Wiley-Blackwell

p148 the bishops could inhabit the awkward gap between central and local power with confidence, because their authority came from outside those structures and transcended them... By accepting responsibility for the population as a whole, and not merely for its citizen body, the bishops redefined the notion of the city community to embrace all of its members (Patlagean 1977; Brown 1992 *)É The channeling of munificence through the Church meant that bishops became urban patrons par excellence, rivaled only in the provincial capitals by the governors... That transformation in political culture was paralleled by the emergence of a new late antique urban aesthetic, structured around two main types of public building: walls and churches.

* Patlagean Evelyne (1977), PauvretŽ Žconomique et pauvretŽ sociale ˆ Byzance, 4Ð7eme siecles, Paris, Mouton ;

Brown Peter, 1992, Power and Persuasion in Late Antiquity: Towards a Christian Empire, Madison, University of Wisconsin Press

[69] Si l'on suit Goffart qui, de manire aussi intŽressante que discutŽe, minimise la rupture des invasions (accommodation), ce serait aussi ш contre-courant du rŽcit traditionnelÑ le raisonnement de l'Empereur. Les gŽnŽraux romains que la guerre permanente oblige ˆ maintenir ˆ l'Ouest sŽduisent leur armŽe et l'emploient pour devenir empereurs. Aussi vaut-il mieux les remplacer par des barbares alliŽs qui ne pourront pas avoir cette prŽtention (?). Le changement de gouvernance de l'Ouest au profit de rois alliŽs serait ainsi un repli organisŽ pour des raisons politiques plus que militaires.

Ce raisonnement se heurte ˆ la reconqute de Justinien que l'auteur pourrait Žcarter comme la tentative d'un mŽgalomane mais qu'il cherche ˆ expliquer par le mme objectif de survie de l'Empire. L'argumentation est aventureuse : aprs ChalcŽdoine, le pape ne comprenant pas la nŽcessitŽ de faire des compromis dogmatiques pour assurer l'universalitŽ de l'empire, il serait dŽclarŽ captif des barbares et barbare lui-mme et donc ˆ ramener dans l'orbite impŽriale.

Goffart Walter, 1981, "Rome, Constantinople, and the Barbarians", The American Historical Review, Vol. 86, No. 2 (Apr.), pp. 275-306 :

p277 The changes in their relations [BarbariansÕ] to the Roman Empire need to be examined from the Roman side of the border, for it was on that side-not least because the literate observers were there-that the terms of the encounter were formulated and the dynamics governing the relations of the parties almost invariably generatedÉ What is worrisome about the name "barbarian" is the generalization it embodies: the term tends to transform the neighbors of the Roman Empire into a collectivity...

p281 There is a common impulse to juxtapose the triumphant expansion of the imperial frontiers in the first century B.C. and the inroads of alien hordes in the third and fifth centuriesÉ it is a modern discovery. No known contemporary observer was conscious of a change. Nor is this surprising. Every century of Roman history had witnessed military disasters at the hands of barbarian armiesÉ

p283 Political competitors invariably occupied a higher place on the agenda than alien enemies; barbarians were the natural allies of emperors and usurpers alike in their fratricidal struggles for powerÉ In this sense, the competing priorities among which the imperial government had to choose provided the motive force of barbarian history

p284 Of course, there were invasions and migrationsÉ p286 what compels our attention in the tale of Rome and the barbarians is the massive, unmistakable, and comparatively rapid replacement of Roman by alien rule in the western provinces of the fifth centuryÉ p287 western regions had been gained, more often than not with official Roman sanction, by barbarian peoples... these dominations became independent kingdoms.

p288 all of the third-century intruders were annihilated or expelled, and the frontiers were restored... Although faced with more isolated attacks at longer intervals, the Roman government after 378 departed from the military solutions of the third century

p291 The critical element, however, was neither Gothic strength nor deficient Roman means; it was a scale of imperial priorities in which the repose of the many had an absolute preference over the safety of a few

p292 É right down to 425, the west was a nursery of pretenders to the throne, and the armies of Britain and Gaul, which repeatedly backed these usurpers, were the outstanding threat to the security of the emperorsÉ p293 The distant west, with its strong armies guarding Britain and the Rhine frontier, remained a point of instability, a springboard for generals with the ambition to make a grab for power. From there, in fact, Constantine himself had launched his astonishing career. Between 324 and 475... the government was repeatedly challenged... The events following Julian's death and that of Valentinian I in 375 show that the political unreliability of the exercitus Gallicanus was a fact for statesmen to reckon with, even apart from outright rebellionÉ p294 Weakness in the west was the condition of security for the imperial throne, and the attachment of generals to the dynasty was a more important consideration than their military skillÉ

p295 The more rapid pace of events on the Continent [than in Britain]Éillustrates in itself the active role of imperial policy in transferring military control to Gothic, Frankish, and Vandal chieftains and their followersÉ.The same imperative of internal security that argued in the 390s against the rebuilding of the armies of Gaul and Britain positively favored, in the next century, the quartering of barbarian forces among the provincials of the west.

[70] Cette importation ressemble ˆ celle que dŽcrit de manire particulirement intŽressante Shepard * pour les voisins de Byzance au dŽbut du millŽnaire suivant mieux observŽs (mes soulignements)  : For many potentates, receipt of titles, gifts and emblems from the emperor was compatible with aspirations to control their own dominions; more confident regimes would adapt, if not mimic, symbols, which the basileus considered his sole prerogative... Such unmistakable marks of authority could help transcend local differences and rivalries, providing a visual vocabulary of power that all subjects could understand... Byzantium offered a working model, dignified yet also efficient, to would-be monarchs without close cultural affinities or traditions of allegiance towards the empire. Some drew unilaterally on ByzantiumÕs stock of visual symbols, seeking neither their bestowal from the emperor nor to efface the old imperial centre... borrowed ways of presenting their rule as God-given... Byzantine-derived imagery... Leaders aspiring to create their own nodes of material patronage, sacral largesse and orderly governance took as a model the offices and honours which Byzantine emperors could confer and retract... the Byzantine imperial order... held out a comprehensive ÔpackageÕ of concepts, rites and authority-symbols, sealed with the churchÕs blessing...[si bien que aussi tard que 1547] Ivan (IV) and his counsellors expressly invoked historical associations with Byzantium. 

* Jonathan Shepard, 2006, "The Byzantine Commonwealth 1000Ð1550", in Angold Michael, ed., Eastern Christianity, Cambridge History of Christianity, vol. 5

[71] Premire lettre de Pierre, 2,4-9 ...Approchez-vous du Seigneur : il est la pierre vivante que les hommes ont ŽliminŽe, mais que Dieu a choisie parce qu'il en conna”t la valeur. Vous aussi, soyez les pierres vivantes qui servent ˆ construire le Temple spirituel, et vous serez le sacerdoce saint, prŽsentant des offrandes spirituelles que Dieu pourra accepter ˆ cause du Christ JŽsus

Alors que l'Orient continuera ˆ distinguer le b‰timent (naos) et l'assemblŽe (ecclesia), l'Occident assimilera l'Žglise ˆ l'Eglise, ˆ travers les reliques incluses qui, sous l'autel o l'on cŽlbre le Christ, reprŽsentent les fondations (inecclesiamento). Ce renversement s'opre ˆ partir de 850/900 (d'o la fameuse blanche couronne d'Žglises) et maonne la fonction d'intermŽdiation du clergŽ.

[72] Dans les dix livres de son Histoire des Francs (Žcrite de 574 ˆ 594), GrŽgoire de Tours reflte l'Žloignement de Rome. Que le pape de Rome soit rarement mentionnŽ montre que les Eglises fonctionnent sans lui.

In Guizot, 1823, Collection des MŽmoires relatifs ˆ l'histoire de France, MŽmoires de GrŽgoire de Tours, on trouve au total seulement six rŽfŽrences au pape de Rome : trois allusions historiques, une information de premire main sur l'Žlection de GrŽgoire le Grand et deux cas intŽressants.

Les allusions se rapportent aux anciens Žvques de Tours et ˆ Constantinople : L.2, p 40 sq, Brice, successeur de St Martin, accusŽ de luxure, puis de magie, chassŽ, va trouver le pape de Rome auprs duquel il passe 7 ans puis revient et est miraculeusement rŽtabli dans sa fonction (repris au livre X dans l'histoire des Žvques de Tours); L.5, p266, [en 578] Tibre-CŽsar essaye de succŽder ˆ lÕempereur et, menacŽ par le peuple (dont Justinien a la faveur) appelle ˆ lui le pape de la ville pour tre fait empereur; L.10,p140, [Žvques de Tours] Gatien, le premier Žvque, fut envoyŽ, la premire annŽe de l'empire de Dce, par le pape du sige de Rome  [p142, de nouveau lÕhistoire de Brice].

L'Žvque de Tours ayant envoyŽ ˆ Rome son homme de confiance pour rapporter des reliques afin d'augmenter le potentiel sacrŽ du site, obtient ˆ son retour des informations directes qui, par hasard, concernent l'Žlection et les rŽticences du pape GrŽgoire (futur GrŽgoire le Grand). L.10, p 76 (15me annŽe du rgne de Childebert, 590)...notre diacre revenant de la ville de Rome avec des reliques de saints  rapporte quÕil y a eu inondation et ŽpidŽmie : elle frappa d'abord le pape Pelage, qui en mourut presque aussit™t et comme l'ƒglise de Dieu ne pouvait demeurer sans chef, tout le peuple Žlut le diacre GrŽgoire ... p77 Il Žcrivit donc ˆ l'empereur Maurice, dont il avait tenu le fils sur les fonts sacrŽs, le conjurant et lui demandant avec beaucoup de prires de ne point accorder au peuple son consentement pour l'Žlever aux honneurs de ce rang; mais Germain, prŽfet de la ville de Rome, devanant son messager, et l'ayant arrtŽ, dŽchira les lettres et envoya ˆ l'empereur l'acte de la nomination faite par le peuple. Maurice qui aimait le diacre, rendant gr‰ces ˆ Dieu de cette occasion de l'Žlever en dignitŽ envoya son dipl™me pour le faire sacrer...

Quant aux deux cas intŽressants, le premier montre le pouvoir formel du pape de Rome dans la discipline de l'Eglise et l'utilisation qu'en fait le roi burgonde Gontran pour soustraire des Žvques brigands ˆ la sanction de leurs pairs qu'il ne pouvait pas annuler. Le second illustre ˆ la fois le pouvoir de l'archevque mŽtropolitain, pape de sa province, et la capacitŽ dŽcisionnaire du roi en matire ecclŽsiastique.

(1) L5 p 257 Les Žvques d'Embrun et Gap, dŽjˆ cŽlbres pour leurs mŽfaits, pillent l'Žvque de St Paul Trois Chateaux. Le roi Gontran ne peut faire moins que rŽunir un synode ˆ Lyon. Celui-ci les condamne et les dŽmet de leur fonction. Ceux-ci, connaissant que le roi leur Žtait favorable, allrent ˆ lui et l'implorrent, disant qu'ils avaient ŽtŽ injustement dŽpouillŽs, et le priant de leur accorder la permission de s'en aller vers lŽ pape de la ville de Rome. Le roi leur accorda leur demandeÉ Le pape adressa donc au roi des lettres portant injonction de les rŽtablir dans leurs siges. Le roi accomplit sans retard cette injonction aprs les avoir cependant vivement maltraitŽs de parole... (ce qui ne les empche pas de recommencer ˆ tout piller !).

(2) Emeri (Eumre) est devenu Žvque de Saintes sans la "sanction canonique" de l'Žvque mŽtropolitain. Ce dernier Žtant absent, le roi Clotaire lui a ordonnŽ de s'en passer. LŽonce le jeune, Žvque mŽtropolitain de Bordeaux, rŽunit un synode qui condamne et dŽmet Emeri et lui choisit un remplaant. Le synode envoie un messager au roi (Charibert) pour obtenir la nomination de son Žlu. L.4, p179 Le prtre Žtant donc entrŽ dans Paris se rendit en prŽsence du roi et lui parla ainsi Ç Salut, roi trs-glorieux le sige apostolique envoie ˆ ton Eminence un trs-ample salut È A quoi le roi rŽpondit Ç Quoi donc, viens-tu de la  ville de Rome pour nous apporter ainsi les salutations du Pape ? È Ç  Ton pre LŽonce [mŽtropolitain de Bordeaux], dit le prtre, et ses ŽvŽques provinciaux t'envoient saluer et te font conna”tre qu'Emule (Emeri) a ŽtŽ rejetŽ de l'Žpiscopat È. Remarquons que sige apostolique est utilisŽ par abus pour sige Žpiscopal alors que jamais Bordeaux n'a prŽtendu avoir ŽtŽ ŽvangŽlisŽ par un ap™tre. La suite est Žgalement instructive. Le roi endosse l'ancienne dŽcision de Clotaire. Quant au malheureux messager, mis sur un chariot rempli d'Žpines on le conduisit en exil. Le roi annule la dŽcision du synode, rŽtablit lÕŽvque et met lourdement ˆ l'amende le mŽtropolitain et ses Žvques.

[73] ConstantinopleÕs priority was firmly established by the seventh century, when the local Chronicon Paschale asserted that Constantine intended from the outset that his new city should be a second RomeÉ (Humphries Mark, 2009, "The Shapes and Shaping of the Late Antique World: Global and Local Perspectives", In: Rousseau, Jutta, 2009, p 98).

[74] Mango Cyril, 1963, "Antique Statuary and the Byzantine Beholder", Dumbarton Oaks Papers, vol. 17, pp. 53Ð75 : p55 To adorn his new capital on the Bosphorus, Constantine the Great removed a multitude of antique statues from the principal cities of the Greek EastÉ The deliberate assembling of ancient statues in Constantinople constitutes something of a paradox... we must not forget that paganism was very much of a live issueÉ The lives of the saints are full of references to the destruction of pagan statuesÉ p56 the general opinion prevalent at the time [É] was that they were inhabited by maleficent demonsÉ Granted this attitude, how are we to explain the fact that the first Christian Emperor used statues of pagan divinities to decorate Constantinople?ÉIt would be a mistake, I think, to suggest -as some modern scholars have done- that these statues were used simply for decoration. The answer is rather to be sought in the ambiguity of the religious policy pursued by Constantine's government... p59 The popular attitude was based on the assumption that statues were animatedÉ

[75] PrimautŽ est un terme assez ambigu pour nourrir tous les conflits. Elle peut tre d'honneur (respect) ou de droit (juridiction). Elle peut signifier primus inter pares ou principat, suprŽmatie.

Dans un empire encore fonctionnel, le concile de Constantin, le premier NicŽe (325) affirme la primautŽ des siges patriarcaux sur les mŽtropolites et Žvques de leur ressort (Rome, Alexandrie et Antioche auxquels s'ajouteront Constantinople en 381 et Jerusalem en 451).

Sixime canon du concile de NicŽe : que, suivant l'usage anciennement adoptŽ pour l'Egypte. la Libye et la Pentapole, l'archevque d'Alexandrie exerce sa juridiction sur les ŽvŽques de ces provinces, ainsi que l'Žvque de Rome a coutume de l'exercer sur celles qui dŽpendent de lui; que l'Žvque d'Antioche conserve aussi les privilŽges qu'il possde sur les autres Žglises. Les Žvques de Rome, d'Alexandrie, d'Antioche ont juridiction sur les mŽtropolitains et les Žvques, resp., de l'Occident, de l'Afrique, de l'Asie (Gasquet).

Le troisime canon (supposŽ ?) du premier concile oecumŽnique tenu dans la ville impŽriale en 381, lui donnait le second rang dans la hiŽrarchie Žpiscopale: Que l'Žvque de Constantinople jouisse des prŽrogatives d'honneur aprs l'Žvque de Rome, parce que Constantinople est la nouvelle Rome.

Le 28me canon de ChalcŽdoine (451) portait: Attendu que Constantinople est le siege de l'empire et du sŽnat, et qu'elle est appelŽe la nouvelle Rome, qu'elle soit avantagŽe dans les choses ecclŽsiastiques, comme Rome elle-mme. Žtant la seconde aprs elle. Une constitution de ZŽnon, puis une novelle de Justinien (Coll. IX, tit. XIV, nov. 31) le confirme : Nous dŽcrŽtons que le trs-saint pape de l'ancienne Rome sera le premier des prtres, que le trs-heureux archevque de Constantinople, qui est la nouvelle Rome, aura le second rang aprs lui et sera prŽfŽrŽ aux Žvques de tous les autres siŽges.

[76] Humphries Mark, 2000, "Italy, A.D. 425Ð605", In: Cameron Averil & al, eds, 2000,The Cambridge Ancient History, Volume XIV, Late Antiquity: Empire and Successors, A.D. 425Ð600 : p541 Since the episcopate of Damasus I (366Ð84), the Roman church had sought to extend its influence over much of Italy and beyond. In the mid fifth century, the process was given a boost by the activities of Leo the Great, whose term as pontiff (440Ð61) included the Hunnic invasions and the Vandal sack. Both provided him with an opportunity to behave as a statesman... At the same time, LeoÕs pontificate saw a more elaborate formulation of Petrine supremacy... None was more unremitting in his defence of this supremacy than Gelasius I (492Ð6).

[77] L'ancrage ˆ un ap™tre d'Alexandrie, Antioche et Rome n'est pas seulement symbolique, il alimente une thŽorie de la succession, de la cha”ne qui, par les patriarches, relie ces Eglises aux ap™tres et donc ˆ la source directe. Dans une certaine mesure (Dvornik, 1966, Byzantium and the Roman Primacy, New York: Fordham UP), l'argument de l'apostolicitŽ na”t des efforts de Rome pour s'imposer aux siges mŽtropolites occidentaux  (qu'aucun ap™tre n'a fondŽs).

[78] DŽjˆ, au premier concile de NicŽe convoquŽ par Constantin en 325, on ne trouve que 4 occidentaux sur environ 300 participants dont les deux lŽgats du pape Sylvestre, Vite (Victor) et Vincent qui sont de simples prtres. Si Ossius (Hosius), Žvque de Cordoue, est un des 4 et prŽside le concile, c'est en tant que conseiller de l'empereur.

[79] A l'exclusion de ChalcŽdoine (451) o le point de vue conservateur (Tome ˆ Flavien  de LŽon le Grand), dŽjˆ exprimŽ avant Ephse contre l'empereur ThŽodose, a la faveur de son successeur, Marcien. Cette exceptionnelle union du pape et de l'empereur ne rŽsiste pas ˆ la poursuite des controverses.

Goffart, op. cit.  : p299 The same year 451 in which Attila retreated from his western adventure also witnessed the great episcopal gathering at Chalcedon... Marcian earned a place of the utmost honor in the historical records of Constantinople for both "treading on the necks of all of his enemies" and instituting true Christian doctrine. His foreign foes, however, proved to be more lastingly buried than religious controversy... p300 the leadership of the Catholic church of the west profited from the physical security it enjoyed in lands precariously governed by Arian generals to oppose all modifications of Chalcedonian teachings, regardless of the cost to Christian universality. Emperors who were forced to endure such defiance could scarcely sustain the illusion that the barbarian settlements in the west had left their ecumenical dominion unimpaired.

[80] Whittow Mark, 1996, The Making of Byzantium, 600-1025, University of California Press, remarque que tout ce que nous savons de la "querelle des icones" provient des iconodoules victorieux qui ont dŽtruit tous les tŽmoignages en provenance de l'autre camp. Son interprŽtation est que, aux VIIe/VIIIe, l'iconoclasme traduit la crise existentielle d'une "sociŽtŽ" chrŽtienne qui voit triompher l' "AntŽchrist" : victoires arabes, siges de Constantinople, retrŽcissement de l'empire. Dans de telles conditions, une telle sociŽtŽ s'interroge sur les pŽchŽs qu'elle a commis pour attirer la colre de Dieu et veut se rŽconcilier avec Lui. L'iconoclasme impŽrial serait la recherche d'un nouvel accord. Les deux restaurations iconodoules rŽsulteraient, d'une part de l'inefficacitŽ militaire de la nouvelle stratŽgie religieuse, d'autre part d'une recomposition politique inspirŽe par une impŽratrice/rŽgente qui doit s'imposer en Žliminant la vieille garde (iconoclaste) : Irne d'abord, Thedora ensuite.

p142 By the early eighth century the victorious caliphate had come to be identified with the rejection of figural images, while the Byzantine empire was linked to icons and defeat.

p150 [Irene doit sÕimposer] a return to icons offered the necessary revolution to confirm her in power. The overthrow of iconoclasm provided Irene with the opportunity to create her own supporters out of the iconodules, and to place them in office... However, the return of icons did not win God's favour. The following years were marked by military defeat on all fronts, an earthquake and a series of fires...

p152 [invasion of Sicily and Crete by the Arabs] was not simply a matter of territory and revenuesÉ More important these islands brought Arab sea-power to the northern side of the Mediterranean. Christian coastal communities in Italy and the Aegean, which had previously been protected by the combination of distance, currents and climate... now faced persistant Arab attackÉ

p152 for most of the 830s Theophilos' military endeavours on the empire's eastern frontier were just sufficiently successful for him to be able to portray his regime as a return to the era of iconoclast successes in the eighth century... p153 All of this, however, was overshadowed by the events of the summer of 838 when the caliph al-Mu'tasim invaded Asia Minor... p154 Theophilos died on 20 January 842, leaving his wife, Theodora, as regent [Michael III]... on 11 March 843 icons were restored and iconoclasm condemned as an abominable heresy. The parallels with the situation in 780 are obvious.

[81] J'emploie le terme par facilitŽ pour dŽsigner la capture du pape par l'aristocratie romaine ˆ la suite du reflux carolingien. Je n'adhre pas pour autant au thme de la pornocratie pontificale cher aux historiens allemands du kulturkampf du XIXe, extrapolant l'accidentel meretricum imperium de Baronius. Mouret * qui, bien sžr, cherche ˆ dŽfendre la rŽputation de Rome, souligne que le thme s'appuie presque exclusivement sur Liutprand dont le tŽmoignage est fortement biaisŽ et sur le Femini dominabuntur Hierusalem de Beno”t de Saint-AndrŽ du Soracte (Cronicon, entre 966 et 1000). La morale Žtant indiffŽrente ˆ l'historien, la seule question est celle de l'Žlection papale par le peuple de Rome et de la rivalitŽ des Grands pour la manipuler.

* Mourret Fernand, 1928-33, Histoire gŽnŽrale de l'ƒglise, 9 vol.

[82] Tant les royaumes de Charlemagne que sa relation avec le pape sont un bricolage de circonstances qui ne tient pas. Cf. Paul Fouracre, 1995, "Frankish Gaul to 814", The New Cambridge Medieval History, Volume II c.700Ñc.900, ed. 2006 : on fait habituellement de Charlemagne le restaurateur de la chose publique... There is in contrast a more pessimistic view of Carolingian government which questions how far the good intentions expressed in the capitularies were actually put into practice... In this view no substantial new structure of government evolved as the Carolingian power grew. What sustained that growth was instead the plunder and tribute which flowed in the wake of military success. When the empire stopped expanding the lack of structure was exposed, and the magnates who had helped build it by fighting together so profitably then began to destroy it as they fought each other in lieu of outsiders to plunder...et le pouvoir reste, comme du temps des MŽrovingiens, aux mains des comtes et des Žvques.

[83] Kolbaba Tia, 2008, "Latin and Greek Christians", In: Noble, Smith, eds, Early Medieval Christianities, 600Ð1100, The Cambridge History of Christianity, vol. 3 : The change came from north of the Alps through a motivated group of men dedicated to papal independence, supported by a new line of rulers, the Ottonians, who intervened effectively in papal election... Ottonian involvement in Italy differed in two fundamental ways from earlier Carolingian efforts. First, the Ottonian emperors, with their ambitions to control southern Italy, were enemies of the Byzantines in a way that the Carolingians had never been... Second, the Ottonians differed from the Carolingians in their handling of contested papal elections and a corrupted papacy. They moved to install reformers from their own lands...

[84] La fortune de celle-ci est tardive, elle sera utilisŽe par le pape LŽon IX contre CŽrulaire, patriarche de Constantinople au XIe, contre l'empereur germanique au cours des querelles et incorporŽe aux canons au XIIe (dŽcret de Gratien). Tout laisse penser qu'elle a ŽtŽ initialement forgŽe, non pour soutenir une revendication impŽriale universelle, mais pour dŽfendre les droits du pape sur les territoires "impŽriaux" en Italie (dont l'exarchat de Ravenne) que les Francs avaient conquis sur les Lombards et conservŽs.

Il est amusant de noter que la Donation a eu aussi une carrire orientale. Des patriarches de Constantinople l'ont utilisŽe pour justifier leur demande de privilges impŽriaux : i) Constantin les a donnŽs ˆ Rome ii) Constantinople a succŽdŽ ˆ Rome iii) et donc hŽrite des privilges (dont les bottines pourpres) !

Et aussi, paradoxalement, pour rŽsister aux prŽtentions de suprŽmatie du pape de Rome ! Au XIVe Barlaam (Προς τον άρχιε¹ίσκο¹ον Νικόλαον)  reprend tous les arguments habituels (collŽgialitŽ des siges etc) et ajoute une ingŽnieuse rŽinterprŽtation de la Donation (Kolbaba Tia, 1995, "Barlaam the Calabrian. Three Treatises on Papal Primacy: Introduction, Edition, and Translation", In: Revue des Žtudes byzantines, tome 53, pp. 41-115) : 15. The chrysobull delivered by Constantine the Great to St. Sylvester also shows that the pope did not hold the first place from the beginning. By this chrysobull the pious emperor made Sylvester a sort of emperor of the church. Surely he did not give him things he already had, but things he did not have. A quoi il ajoute la Novella 130 de Justinien : note what Justinian says: We decree, in accordance with the holy councils .... He does not say, "Since he received this position from St. Peter". Barlaam conclut : 17. I have demonstrated that the pope, like other bishops of other cities, holds only the title of bishop of Rome by the authority of the apostles, but he has primacy over the others by the authority of the synods and emperors.

[85] Gillett Andrew, 2009, "The Mirror of Jordanes: Concepts of the Barbarian, Then and Now", In: Rousseau, Jutta, 2009 : Marcellinus helped ÔÔmanufactureÕÕ the east Roman assertion of AD 476 as the definitive end of the western Roman empire, and was followed in this by Jordanes (Croke Brian, 1983, Ô"A.D. 476: The Manufacture of a Turning Point", Chiron, 13: 81Ð119 ).

Humphries Mark, 2009, "The Shapes and Shaping of the Late Antique World: Global and Local Perspectives", In: Rousseau, Jutta, 2009: p105 any consideration of the late antique grand narrative needs to construct an account of events that does not simply prioritize the unity of the Roman EmpireÉ by AD 476, after all, the western empire had been reduced to a rump in Italy, with other regions already firmly under the sway of barbarian kings. The events of that year took on greater significance only in the sixth century in the lead-up to the emperor JustinianÕs reconquest of Italy (Croke 1983): then, for the first time, the deposition of Romulus Augustulus was presented as marking the demise of the Roman Empire in the west (Marcellin. comes, Chron. s.a. 476. 2).

Voir : MARCELLINUS COMES, Comte MARCELLIN, CHRONIQUE, (476) XIIII. Basiliscus et Armatus consuls, ¤2 : Odoacre, roi des Goths, occupa Rome. Odoacre fit immŽdiatement mettre ˆ mort Oreste. Odoacre condamna Augustule, fils d'Oreste, ˆ l'exil dans le ch‰teau de Lucullus en Campanie. LÕempire romain dÕOccident que le premier Auguste avait dirigŽ pendant la sept cent neuvime annŽe de la fondation de la ville, pŽrit avec cet Augustule, la cinq cent vingt-deuxime annŽe des empereurs disparus, aprs quoi Rome fut tenue par les Goths (Hesperium Romanae gentis imperium, quod septingentesimo nono Vrbis conditae anno primus Augustorum Octauianus Augustus tenere coepit, cum hoc Augustulo periit...).

[86] Jeffreys Elizabeth & Michael, 2001, "The ÒWild Beast from the WestÓ: Immediate Literary Reactions in Byzantium to the Second Crusade", in: Angeliki, ed., The Crusades from the Perspective of Byzantium and the Muslim World

Le Grand Schisme est une consŽquence politique et non doctrinale. La double excommunication de 1054 est d'abord un non ŽvŽnement. Ce sont les croisades qui transformeront les diffŽrences religieuses en oppositions irrŽductibles. Comme l'Žcrivait dŽjˆ BrŽhier dans son CR de Leib, 1924: loin d'avoir produit le dŽchirement qu'on imagine d'ordinaire, le schisme a ŽtŽ aux yeux des fidles, des princes la•ques, des moines et mme dans une certaine mesure du clergŽ, comme nul et non avenuÉ pour le rendre dŽfinitif, il a fallu l'intransigeance des thŽologiens et surtout les haines de race rŽsultant du passage dŽsordonnŽ des croisŽs ˆ travers l'empire et, les conflits insolubles, dus aux ambitions politiques et territoriales des empereurs et des princes d'Occident. (BrŽhier Louis. "Bernard Leib. Rome, Kiev et Byzance ˆ la fin du XIe sicle. Rapports religieux des Latins et des GrŽco-Russes sous le pontificat d'Urbain II (1088-1099)", In: Journal des savants, 23ᵉ annŽe, Janvier-fŽvrier 1925. pp. 38-39).

Cf. Darrouzs Jean, 1963, " Le mŽmoire de Constantin Stilbs contre les Latins ", In: Revue des Žtudes byzantines, tome 21, pp. 50-100; 1965, "Les documents byzantins du XIIe sicle sur la primautŽ romaine", In: Revue des Žtudes byzantines, tome 23, pp. 42-88 ;

Kolbaba Tia, 2001,  "Byzantine Perceptions of Latin Religious ÒErrorsÓ: Themes and Changes from 850to 1350", in The Crusades from the Perspective of Byzantium and the Muslim World, edited by Angeliki E. Laiou and Roy Parviz Mottahedeh, Dumbarton Oaks.

[87] Iognat-Prat, 2008, * se livre ˆ un intŽressant parallle entre la territorialisation occidentale des paroisses (et de Cluny) avec l'assimilation de l'Eglise ˆ l'Žglise-reliquaire et cimetire (inecclesiamento) d'une part, et la transformation de Rome toute entire en une Žglise ˆ travers le circuit, ˆ l'instar de JŽrusalem : Though it is impossible to give a detailed account here of the exact circumstances in which the reversal of this understanding was worked out, we must note that, from the beginning of the 800s, the papacy established an entirely different understanding of the Christian relationship to the world, with the development of the territorial, proto-state framework of the ÒRepublic of St. Peter... The earliest center of Christianity was thereby treated as if it were a church, and the topography associated with Christ was reinstituted by the dedication ritual...(de mme) Leo IX (1049Ð54), bred on the practice of imperial power, who started the trend which became so characteristic of the reforming papacy: the great papal journeys (circuits) to consecrate altars, churches, and spaces such as cemeteries and ecclesiastical estates whose boundaries were marked by ritual perambulations...

* Iogna-Prat Dominique, 2008, "Churches in the landscape", In: Noble, Smith, eds, Cambridge History of Christianity, vol. 3.

[88] Mommsen Theodore Ernst, 1942, ÒPetrarch's Conception of the 'Dark Ages' Ó, Speculum, vol. 17, no. 2, pp. 226Ð242 : Ever since his childhood his thoughts had centered around 'the city to which there is none like, nor ever will beÕ. But when in 1337 he came to Rome for the first time and actually saw the remains of her ancient grandeur, he was so overwhelmed by the impressions he received that he was unable to express his feelings in wordsÉ Whereas in Germany he could and did take the attitude of a 'tourist' interested in new sights and in the observation of foreign people and strange customs, he went to Rome as to 'that queenly city, of which I have read, aye, and written so much, and shall perhaps write more, unless death break off my efforts prematurelyÕÉ After enumerating the historical spots, Petrarch complains bitterly that the contemporary Romans know nothing about Rome and things Roman. In his opinion this ignorance is disastrous. For he asks: 'Who can doubt that Rome would rise up again if she but began to know herself?Õ [Fam., VI, 2, ed. Rossi, II, 58: Quis enim dubitare potest quin illico surrectura sit, si ceperit se Roma cognoscere ?]ÉTo him those ruins evidently bore witness to the time when Rome and the Romans had been great: 'Of minute things, there are no great ruins... he never will fall from a height who already lies in the abyssÕÉ'Quid est enim aliud omnis historia quam Romana laus?' [Opera omnia, Basel, 1554, p. 1187; cf. H. W. Eppelsheimer, Petrarca, Bonn, 1926, p.77]

Gregorovius Ferdinand, 1859/72, Geschichte der Stadt Rom im Mittelalter, History of the city of Rome in the Middle Ages, transl. Hamilton, London, 1898, Vol. 6.1: p210 Petrarch,  in deciding to receive the poet's laurels only on the Capitol, thereby gave it to be understood that Rome, abandoned by history, was the sacred altar from which the West had lighted the fire of her cultureÉ p212 The people shouted, "Long live the Capitol and the poet."É p216 And thus ended a festival which, although unimportant in itself, yet, owing to the city where it took place, the ideas which it embodied and to which it gave utterance, left behind an enduring impression.

[89] Les auteurs qui, ˆ la suite de Haskins (1927)*, avancent la "renaissance" au XIIe sicle, cherchent ˆ montrer l'existence d'un sentiment de l'AntiquitŽ ˆ cette Žpoque. Outre l'Žcole de sculpture sicilienne de FrŽdŽric II (Kantorowicz) au dŽbut XIIIe, ils mentionnent** quelques pŽlerins qui ont achetŽ des statues et quelques sculpteurs romains qui s'en servaient de modle.

Une place importante dans cette discussion est tenue par les deux ŽlŽgies romaines*** d'Hildebert de Lavardin (ca 1100), Žvque du Mans puis de Tours qui est allŽ ˆ Rome aprs les destructions normandes qui ont signŽ la fin de GrŽgoire VII. Elles se rŽpondent, la premire consacrŽe aux ruines magnifiques de la Rome pa•enne, la seconde ˆ la rŽsurrection de la Rome chrŽtienne, triomphante parce que dŽchue (Tilliette). Gr‰ce ˆ leur qualitŽ formelle et ˆ la rŽputation d'Hildebert, ces pomes ont eu grand succs dans leur temps (le premier est repris dans le contemporain Gesta regum Anglorum de Guillaume de Malmesbury).

On cite volontiers le magnifique premier vers de la premire : Tu es presque toute ruinŽe et rien, Rome, ne t'Žgale [Par tibi, Roma, nihil, cum sis prope tota ruina], trad. Tilliette.

Les deux pomes sont-ils opposŽs ou complŽmentaires ? Certains ont vu dans le premier une cŽlŽbration excessive de la Rome pa•enne que le second aurait pour fonction de neutraliser. L'opinion gŽnŽrale est qu'il faut les prendre comme un tout : mort et rŽsurrection. Cf., entre autres, v9-11 du second (texte latin dans HaurŽau, trad. Tilliette):

L'abaissement d'aujourd'hui m'est plus doux que les triomphes d'antan.

Je suis plus grande pauvre que riche, abattue que debout.

L'Žtendard du Christ m'a plus enrichi que les aigles [des lŽgions], Pierre plus que CŽsar

Gratior haec jactura mihi successibus illis;

Major sum pauper divite, stante jacens.

Plus aquilis vexilla crucis, plus Caesare Petrus

* Haskins, Charles Homer (1927), The Renaissance of the Twelfth Century, Cambridge: Harvard University Press

**Ross James Bruce, 1938, "A Study of Twelfth-Century Interest in the Antiquities of Rome" in Medieval and Histographical Essays in honor of J. W. Thompson, Chicago, p.302 sq.

*** HaurŽau BarthŽlŽmy, 1882, Les mŽlanges poŽtiques dÕHildebert de Lavardin: 59 sq. ; Tilliette Jean-Yves, 1995, "Tamquam lapides vivi... Sur les ÇŽlŽgies romainesÈ d'Hildebert de Lavardin (ca. 1100)", In: ÇAlla SignorinaÈ. MŽlanges offerts ˆ No‘lle de La Blanchardire, pp. 359-380, Publications de l'ƒcole franaise de Rome, 204

[90] Gregorovius Ferdinand, 1859/72, op. cit., Vol 6.2: p693 On the return to Rome of Urban V., Vatican and Lateran, palaces as well as basilicas, stood in ruinsÉ p713 In the earlier Middle Ages we have occasionally heard an elegiac lament over the ruin of the city. In the fourteenth century it was Petrarch, who, in the name of Italian national feeling and reverence for antiquity, protested against their destruction. We have seen how he laid the blame of the ruin of Rome on the predatory nobility, who continued work of destruction begun by their Goth and Vandal forefathers. The aristocracy, however, shared their undoubted guilt with all other Romans who sacked the unprotected antiquitiesÉ p714 The Humanists, however, discovered the classic statues later than the classic codicesÉ p715 Even more unfortunate than the statues, which the Petrarch's earth was able to protect, were the architectural monuments, none of which survived to posterity unimpaired like a statueÉ p722 The Fora were scarcely recognisable. The Forum Romanum was covered with rubbish and vegetationÉ p726 Rome at this time represented two great historic periods in ruin side by side : Pagan antiquity and the Christian Middle Ages.

Vol. 7.2 Chp. VI. I. THE RENASCENCE IN THE FIFTEENTH CENTURYÉp534 Precisely at the time when Europe raised a protest against the antiquated Gregorian Church, the national work of the Italians began, namely their task of breaking through the barren system ot scholasticism with the spirit of antiquityÉ Nothing is more remarkable here than the relation of the Church to this resurrection of literary and artistic paganism. Monks, priests, cardinals greeted it with enthusiasm. Popes opened to it the the doorsof the Vatican. The churchmen, whose predecessors had destroyed the statues of the gods of Greece and the writings of the ancients, now collected the relics of antique statues and authors with as much reverence as those predecessors had collected the bones of saints. It was permissible to do so, since paganism was no longer a religious questionÉ Owing to her capacity for embracing antiquity, the Papacy attained a new height of historic grandeurÉ p543 The Latin world was stirred with joyous excitement; copies of these newly-discovered treasures [Poggio] were disseminated throughout Italy ÉEqual zeal was employed in the East in the search for Greek manuscriptsÉ p544 Nicholas V. made the Vatican a workshop of copyists  [+ translating + printing]

p584 In the age of Humanism classical philology uniting with the study of the ruins of Rome created the science of local archaeologyÉ

p585 Cyriac acting as guide through Rome to the Emperor Sigismund in 1433, complained to him of the degraded sense of the Romans, who reduced to lime the ruins and monuments of their city. After the time of Martin V. the popes themselves made use of the partly-preserved monuments for their own buildings. More especially had that most energetic of all the papal builders, Nicholas V., remorselessly destroyed several remnants of antiquity for his own endsÉ p586 Thus the most cultured of all popes was the worst destroyer of ancient RomeÉ As Pope  Piccolomini, at the representations of the Roman citizens, issued, on April 28, 1462, a bull for the protection of the monuments. It was proclaimed on the CapitolÉ Similar laws were made by the civic magistratesÉ p587 All was of no avail. For Pius himself showed no respect to his own bull [id Paul II, Sixtus IV]É

p588 Meanwhile a reverence for the ancient ruins was awakened among the educated. As early as the  beginning of the fifteenth century some cardinals encouraged the study of Antiquity [collections]É p598 More and more antiquities came to lightÉ

p656 Neo-Latin art was moreover more original than neo-classic literatureÉ p660 Martin V. found the streets a morass, the houses ruinous, the Churches falling to decayÉ Martin intended to restore all the parish churchesÉ p665 Eugenius IV. was succeeded by the first great restorer of the city, Nicholas VÉ In this Pope, indeed, the grandiose architectural ideas of ancient Romans were revived. He attacked Rome with truly imperial audacity. For the first time since antiquity the city was to assume-at least according to his conception-an architectural unity, and Nicholas V. here displayed geniusÉ Rome was to be the imperishable monument of the Church, that is to say, of the Papacy, and was thus to rise in splendour before the eyes of all nationsÉ p679 Twice did art assume an entirely individual character in Rome : in its middle period under Sixtus IV., in its most perfect form under Julius II. and Leo X. [Žlargissements constructions, avenues, urbanisme neo-latin]

[91] Montaigne, Voyage en Italie (partie Žcrite par son secrŽtaire) :...& de vrai, quasi partout, on marche sur la tte des vieux murs que la pluie & les coches dŽcouvrentÉ Il disait, quÕon ne voyait rien de Rome que le Ciel sous lequel elle avait ŽtŽ assise, & le plan de son gite; que cette science quÕil en avait Žtoit une science abstraite & contemplative, de laquelle il nÕy avait rien qui tomb‰t sous les sens; que ceux qui disaient quÕon y voyait au moins les ruines de Rome, en disaient trop; car les ruines dÕune si Žpouvantable machine rapporteraient plus dÕhonneur & de rŽvŽrence ˆ sa mŽmoire; ce nÕŽtait rien que son sŽpulcre. Le monde ennemi de sa longue domination, avait premirement brisŽ & fracassŽ toutes les pices de ce corps admirable, & parce quÕencore tout mort, renversŽ, & dŽfigurŽ, il lui faisait horreur, il en avait enseveli la ruine mme. Que ces petites montres de sa ruine qui paressent encore au dessus de la bire, cÕŽtait la fortune qui les avait conservŽes pour le tŽmoignage de cette grandeur infinie que tant de sicles, tant de feux, la conjuration du monde rŽitŽrŽe ˆ tant de fois ˆ sa ruine, nÕavoient pu universellement Žteindre. Mais quÕil Žtait vraisemblable que ces membres dŽvisagŽs qui en restaient, cÕŽtaient les moins dignes, & que la furie des ennemis de cette gloire immortelle, les avait portŽs, premirement, ˆ ruiner ce quÕil y avait de plus beau & de plus digne; que les b‰timents de cette Rome b‰tarde quÕon allait asteure attachant ˆ ces masures antiques, quoi quÕils eussent de quoi ravir en admiration nos sicles prŽsents, lui faisaient ressouvenir proprement des nids que les moineaux & les corneilles vont suspendant en France aux voutes & parois des Žglises que les Huguenots viennent dÕy dŽmolir. Encore craignait-il, ˆ voir lÕespace quÕoccupe ce tombeau, quÕon ne le reconnžt pas tout, & que la sŽpulture ne fžt elle-mme pour la plupart ensevelie.

[92] Calvin, dans son long commentaire *, refuse le point de vue apocalyptique. La "petite corne" n'est ni le pape ni le turc. Pour lui, l'horizon de la prophŽtie n'est pas la fin des temps mais la venue du Christ. Cela le conduit ˆ des acrobaties laborieuses : la "petite corne" serait les CŽsars et le "royaume des saints" la fŽlicitŽ que la diffusion et le triomphe de l'Evangile apporte aux ChrŽtiens etc.

* Lecons de M. Jean Calvin sur le livre des propheties de Daniel. Recueillies fidelement par Jean BudŽ, et Charles de Jonviller, ses auditeurs : et translatŽes de latin en franois. Avec une table ample des principales matieres contenues en ce livre, 1569, Genve, ch. Perrin

Visions de Daniel 7,1-28 : 3 Quatre btes Žnormes sont sorties de la mer, diffŽrentes les unes des autres... 7 Aprs cela, j'ai vu dans mes visions nocturnes une quatrime bte, redoutable, terrible et extraordinairement puissante. Elle avait de grandes dents en fer. Elle mangeait, brisait et piŽtinait ce qui restait. Elle Žtait diffŽrente de toutes les btes prŽcŽdentes et avait dix cornes. 8 Je regardais les cornes et j'ai vu une autre petite corne sortir du milieu d'elles. Trois des premires cornes ont ŽtŽ arrachŽes devant elle. Sur cette corne, il y avait des yeux pareils ˆ ceux d'un homme et une bouche qui parlait avec arrogance... 9 Pendant que je regardais, on a placŽ des tr™nes et l'Ancien des jours s'est assis... 11 J'ai alors regardŽ, ˆ cause des paroles arrogantes que prononait la corne. Pendant que je regardais, la bte a ŽtŽ tuŽe. Son corps a ŽtŽ dŽtruit et livrŽ au feu pour tre bržlŽ...17 Ces quatre btes Žnormes, ce sont quatre rois qui surgiront de la terre... 23 La quatrime bte, c'est un quatrime royaume qui existera sur la terre, diffŽrent de tous les royaumes. Il dŽvorera toute la terre, la piŽtinera et la brisera. 24 Les dix cornes, ce sont dix rois qui surgiront de ce royaume. Un autre surgira aprs eux. Il sera diffŽrent des premiers et abaissera trois rois... 25 Par ses paroles il s'opposera au Trs-Haut. Il opprimera les saints du Trs-Haut et projettera de changer les temps et la loi. Les saints seront livrŽs ˆ son pouvoir pendant un temps, deux temps et la moitiŽ d'un temps. 26 Puis le jugement viendra et on lui retirera sa domination: elle sera dŽfinitivement dŽtruite et anŽantie. 27 Le royaume, la domination et la grandeur de tous les royaumes prŽsents sous le ciel seront donnŽs au peuple des saints du Trs-Haut. Son rgne est un rgne Žternel et tous les dominateurs le serviront et lui obŽiront.

[93] Sleidan Jean, 1550, DÕun nouveau chef qui au temps des empereurs s'esleva ˆ Rome. Livre contenant comment et par quelz moyens s'est eslevŽe la papautŽ, la decadence d'icelle, ses merveilleuses pratiques, et en somme ce qu'on peut espŽrer de ce temps, Genve:

p38/39 [Daniel] dit que lÕEmpire Romain sera de fer ÉEt dit que au milieu des dix cornes dÕicelle bte, sourd et pululle une petite corne, ayant des yeux comme un homme et la bouche outrecuidŽe ˆ parler: laquelle corne fait la guerre aux Saints et les opprime: ensemble, usurpe & entreprend une si grande autoritŽ comme sÕil lui Žtait permis et loisible de changer les lois et le tempsÉ (

[Notez que l'interprŽtation des "figures" ŽnoncŽes par Daniel est trs variable. Sleidan lui-mme, avec autant de conviction qu'ici, y verra la prŽmonition de Mahomet: De quatuor summis imperiis, 1556 ; Histoire des quatre empires souverains : assavoir, de Babylone, de Perse, de Grece, et de Rome, 1557].

p42 CÕest St Paul qui dit quÕau dernier temps, il sera dŽfendu par dÕaucuns le mariage, ensemble les viandes et autres choses que Dieu a crŽŽes pour en user avec action de gr‰ces. Dit aussi quÕil sÕŽlevera un quidam, sÕattributant ˆ lui-mme toute puisssance sur terre ...

p50 NÕest-on pas venu jusquÕau point dont parle lÕap™tre: que le fils de pŽchŽ sÕest portŽ pour un Dieu devant tout le monde?ÉTout ne dŽpendait-il pas de lÕidole de Rome et de son pouvoir quÕil usurpait de faire et de dŽfaireÉ? p54 mais aprs que la Religion a ŽtŽ rŽduite ˆ une telle misre et tyrannie barbariqueɈ la fin Dieu selon sa promesse a assailli son ennemi par lÕEsprit de sa bouche et ce en lÕEmpire dÕAllemagne et par un personnage de basse condition.

DEUXIéME LETTRE DE SAINT PAUL APïTRE AUX THESSALONICIENS : 03 Ne laissez personne vous Žgarer dÕaucune manire. Car il faut que vienne dÕabord lÕapostasie, et que se rŽvle lÕHomme de lÕimpiŽtŽ, le fils de perdition, 04 celui qui sÕoppose, et qui sÕŽlve contre tout ce que lÕon nomme Dieu ou que lÕon vŽnre, et qui va jusquÕˆ siŽger dans le temple de Dieu en se faisant passer lui-mme pour Dieu...06 Maintenant vous savez ce qui le retient, de sorte quÕil ne se rŽvŽlera quÕau temps fixŽ pour lui. 07 Car le mystre dÕiniquitŽ est dŽjˆ ˆ lÕÏuvre ; il suffit que soit ŽcartŽ celui qui le retient ˆ prŽsent. 08 Alors sera rŽvŽlŽ lÕImpie, que le Seigneur JŽsus supprimera par le souffle de sa bouche et fera dispara”tre par la manifestation de sa venue. 09 La venue de lÕImpie, elle, se fera par la force de Satan avec une grande puissance, des signes et des prodiges trompeurs, 10 avec toute la sŽduction du mal, pour ceux qui se perdent du fait quÕils nÕont pas accueilli lÕamour de la vŽritŽ, ce qui les aurait sauvŽs. 11 CÕest pourquoi Dieu leur envoie une force dÕŽgarement qui les fait croire au mensonge  12 ainsi seront jugŽs tous ceux qui nÕont pas cru ˆ la vŽritŽ, mais qui se sont complus dans le mal.

[94] Le mme Sleidan, l'un des meilleurs, sinon le meilleur, historiographe rŽformŽ du XVIe sicle, voit dans le "papat" l'usurpation de l'Empire, la cause de sa division et de son affaiblissement (Sleidan, 1550, op. cit.).

Dans cet ouvrage, adressŽ aux Electeurs, Princes et autres Etats de l'Empire, il souligne leur responsabilitŽ commune puisque l'Empire Romain a ŽtŽ transportŽ par volontŽ Divine, des autres nations en la n™tre (p6). Aprs que l'Empire ait perdu l'Occident, s'est ŽlevŽe une division entre le Seigneur fŽodal l'Empereur d'une part et la vassal Evque de Rome d'autre part. Qui est le vrai chemin et mŽthode pour mettre tout en hasard et ruine (p12) ...Le nouveau Chef voyant les Empereurs...ne se laissant ainsi assujettir ˆ son plaisir...chercha moyen de s'exempter de cette sujŽtion et n'tre dorŽnavant homme de l'Empereur comme Žtant chose indigne...dŽlibŽra de faire mieux, ˆ savoir qu'il en ŽlŽverait un qui lui porterait honneur et ferait toutes choses ˆ son grŽ (p14)...

depuis que le second Chef sÕest une fois ingŽrŽ et entremlŽ des affaires de lÕEmpire, iceluy Empire est toujours allŽ de plus en plus en empirant & depuis quÕil a ŽtŽ transportŽ aux Allemands, est devenu ˆ si peu de chose quÕil nÕen est presque rien demeurŽ que le nom seulement...(p23)

Le pape prŽtend tre Dieu sur terre et, ˆ la fin, Dieu, comme jaloux et juste Žmulateur, lequel ne peut souffrir autre dieu ou compagnon prs de soiÉ a fait reluire et Žclaircir comme la belle Etoile du matin; et ce en la nation germanique, sige de lÕEmpire tel quÕil est  p23

puis donc que l'Idole de Rome est la seule cause et unique de la division de l'Empire, qu'il a dŽlaissŽ son ministre et a mŽprisŽ sa charge, que... tant qu'ˆ lui possible, il a persŽcutŽ, tourmentŽ et dŽtruit la puissance sŽculire ordonnŽe de Dieu... p84 Depuis que lÕEmpire fut par le second Chef translatŽ dÕOrient en Occident et que le dit Empire qui nÕŽtait quÕun commena dÕtre dŽparti en deux: il est toujours devenu de plus en plus dŽcadent, comme il appert p91

 Avant sa ruine, laquelle il craint tant (aussi nÕen fut-il jamais si prs) il voudrait bien voir tomber quelque foudre et tempte sur notre nation, sur nous barbares qui avons dŽcouvert le pot aux roses et tout g‰tŽ. Quoi advenant, il espre se sauver, au moins pour quelque temps (gr‰ce ˆ la guerre civile) p92...

les AllemandsÉ Žtaient quelque peu rudes et sauvages. Depuis a ŽtŽ lÕEmpire transportŽ chez nous et sÕen est ensuivie une honntŽ et faon de vivre plus humaine. Et comme Dieu nous ežt rŽservŽ quelque chose de singulier, advint quÕen notre Empire est premirement trouvŽ et inventŽ un art nouveau: lÕImprimerie... Incontiennt aprs, on a commencŽ ˆ ouvrir les yeux quelque petit  p94 ...Aprs ce renouvellement de bonnes lettres (qui Žtait comme un certain prŽsage de quelque grande mutation) est ensuivie la prŽdication de lÕEvangile: laquelle a commencŽ en notre pays et en notre EmpireÉ p95 Par quoi on peut vraiment dire que Dieu nous a spŽcialement regardŽs p96.

Et il termine par cet exorde: Et faites hardiment votre compte, Messieurs, que tout le bien, avancement et prospŽritŽ de votre nation g”t en votre prudence, vertu et constanceÉ p151

[95] Gillett Andrew, 2002, "Ethnicity, History, and Methodology", introduction de Gillett Andrew (Ed.), 2002, On Barbarian identity: critical approaches to ethnicity in the early Middle Ages. (Studies in the early Middle Ages). Turnhout, Belgium, Brepols : Ethnicity, the topic of much contemporary research, has been integral to the study of early medieval Europe since the beginnings of modem scholarship. During the fifteenth and sixteenth centuries, erudite authors in the Holy Roman Empire and the Scandinavian countries sought to create an alternative antiquity to the Roman past which Renaissance Humanists had so proudly claimed as the ancestor of the Italian states.

[96] Maitland (Introduction ˆ sa traduction de 1900 de Gierke, Political theories of the Middle Age, p17 de la trad. franaise) : en regardant en arrire, on commena ˆ considŽrer la RŽception [du droit romain] comme une honte et un dŽsastre, et ˆ voir en elle la cause dŽterminante de l'Žmiettement de la nationÉ p36 Pour la Genossenschaftstheorie de l'Allemagne moderne la t‰che qui restait ˆ faire Žtait donc de recouvrer, de rendre ˆ la vie 'l'idŽe organique' et de lui donner une forme scientifique.

[97] Naumann Katja, 2014, "(Re)Writing World Histories in Europe", Chp. 32 de Northrop Douglas, ed., A Companion to World History, Blackwell... In the United States, of course, world historyÕs attempts to emancipate the modern era from its European roots has long been oriented toward presenting an alternative history of Western civilization. As early as the 1880s, in fact, the first president of the American Historical Association, Andrew White (1886), argued for a decidedly American perspective, insisting that the history of the world Òmust be rewritten from an American point of view to help build up a new civilization"...

Freedman Paul, Spiegel Gabrielle M., 1998, "Medievalisms Old and New: The Rediscovery of Alterity in North American Medieval Studies", The American Historical Review, Vol. 103, No. 3 (Jun.), pp. 677-704: One function of the Teutonic germ theory had been to enable Americans conceptually to by-pass feudal institutions, so hated by revolutionary founders such as John Adams.

Le XIXe savant amŽricain rompt avec le moyen-‰ge romain europŽen pour expliquer l'origine de l'Etat moderne amŽricain par le teutonic germ (Adams Herbert Baxter, Henry Cabot Lodge), germe pourri par le nazisme qui rend suspecte la Genossenschaft. La recherche revient alors ˆ la romanitŽ, renforant le thme de la "renaissance du XIIe" (individualisme, rationalitŽ, droit). Enfin, de nos jours, la contre-culture, puis le postmodernisme, reviennent ˆ une certaine forme de "gothisme".

Gingras Francis, 2016, "Un autre Moyen åge et le Moyen åge des autres : les Žtudes mŽdiŽvales vues dÕAmŽrique", Perspectives mŽdiŽvales, n¡37, Le Moyen åge en AmŽrique du Nord : Un Žlve de Henry Adams, Henry Cabot Lodge, est le premier ˆ obtenir ˆ Harvard un PhD en histoire, avec une thse dÕhistoire mŽdiŽvale significativement intitulŽe "The Germanic Origins of Anglo-Saxon Land and Law", avant dÕtre Žlu ˆ la Chambre des reprŽsentants (1887-1893) puis au SŽnat (1893-1924) o il dŽfendra avec vigueur le r™le de libŽrateur des ƒtats-Unis, notamment ˆ Cuba et aux Philippines, dans la Guerre de 1898. Deux ans aprs la signature du traitŽ de Paris, qui cŽdait les Philippines, Porto Rico et Guam aux ƒtats-Unis, Henry Cabot Lodge dŽfendait le r™le providentiel de lÕintervention amŽricaine auprs de ces populations en faisant intervenir son savoir de mŽdiŽviste... LÕanciennetŽ des pratiques du self-government est un gage de rŽussite et, ˆ ce titre, les ƒtats-Unis et, plus gŽnŽralement, les descendants anglo-saxons des vieilles tribus teutonnes sont les meilleurs garants de lÕimplantation des libertŽs partout dans le monde...

A propos de l'impact du nazisme, Freedman, Spiegel : Mcllwain provides the most interesting exampleÉIn "Medieval Institutions in the Modern World," Speculum, 16 (1941): pp.275-83, Mcllwain allowed present events in Germany to reorient completely his notion of the place of Roman law in Western constitutionalism, ...now Mcllwain confessed that "for myself it has been the tribal excesses of present-day Germany which, as much as anything else, have led me to question the group theory of von Gierke's Genossenschaftsrecht either as an explanation of medieval life or as a principle of practical politics" (pp. 279-80). Moreover, Mcllwain opined, "the Nazi repudiation of Roman law suggested that medievalists had greatly overemphasized the despotic character of that great legal corpus and had, conversely, greatly under-rated the "importance of Roman constitutionalism in the early development of our own" (p.278).

[98] Reinhart Koselleck, 1985, trad. 1990, Le futur passŽ, Contribution ˆ la sŽmantique des temps historiques, Paris, Editions de l'EHESS, 1990.