07/08/2026
Esambe
Josilonus![]() ©2015, rev. 2026 | IV.
Les quenouilles de l'empereur Pierre
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Tout semble sourire ˆ Pierre, II du nom, le fils a”nŽ de Pierre de Courtenay, neveu du roi Louis VII, auquel Philippe Auguste donne en mariage des hŽritires de premier choix. Comme son pre et tant d'autres, Pierre "fait carrire" par les femmes mais un destin malicieux le poursuit. Il Žpouse d'abord des comtŽs bourguignons, puis le comtŽ de Namur. Les premiers lui Žchappent et l'Empire (latin) de Constantinople que lui vaut le second lui glisse des doigts. Qui se sert des femmes, pŽrira par les femmes ! Aprs quelques gŽnŽrations tout aussi malheureuses, sa lignŽe perd Courtenay (1313), fine en fille et n'existe plus pour les contemporains qui ne la voient pas briller de toutes ses comtesses et reines.
Pour la commoditŽ de l'exposŽ, je sŽpare le devenir de chacun de ses mariages quoique les temporalitŽs se chevauchent et les pŽripŽties s'entremlent. Fils a”nŽ de Pierre et Isabeau, Pierre II, reoit l'essentiel du patrimoine maternel (le paternel est inexistant). Il fait fructifier Montargis (fortifications et franchises), dont, en 1184, il cde les droits au roi Philippe Auguste en contrepartie d'une bonne hŽritire : une petite Agns, mise en rŽserve et gardŽe ˆ la Cour aprs qu'elle ežt reu de son pre Guy le comtŽ de Nevers et, de son oncle Renaud, ceux d'Auxerre et de Tonnerre (Du Chesne, 1619). Cette union reste presque stŽrile, que les causes en soient biologiques ou conjugales : une seule et unique fille, Mathilde qui, ˆ la mort d'Agns (1192), reoit les comtŽs dont, toutefois, Pierre exerce la garde noble (¤1).
Le roi Philippe Auguste le recharge aussit™t en hŽritire : il arrange avec le puissant Baudouin, huitime comte de Flandre et cinquime de Hainaut, un double mariage stratŽgique ; celui, immŽdiat, de la fille du comte, Yolande, avec Pierre (cf. ¤2) et, celui, ˆ terme, du fils du comte, Philippe, avec la petite Mathilde et ses comtŽs.
Dans les terres qu'il gouverne au nom de Mathilde, Pierre fait comme les autres comtes. A l'extŽrieur, il bataille avec ses grands voisins (Champagne et Bourgogne). A l'intŽrieur, il abuse des abbayes (qui se dŽfendent bien), s'oppose aux Žvques dominateurs et endosse les vieilles querelles. C'est ainsi qu'il perd la petite Mathilde gr‰ce ˆ laquelle le Roi et lui auraient plus tard pu joindre possessions flamandes et bourguignonnes : Mathilde, formellement fiancŽe au comte de Namur, frre de la deuxime femme de son pre, fut (littŽralement) conquise par HervŽ IV de Donzy qui, gr‰ce au dŽcs de ses frres, avait rassemblŽ les terres de la Maison de Donzy, ˆ proximitŽ de la Loire.
Les barons de Donzy, issus de GŽrard de Vergy (Du Chesne, 1625), s'ils brillaient par le courage, se compromettaient quelquefois par la hardiesse de leurs prŽtentions (de Lespinasse, 1868). Depuis longtemps, les comtes de Nevers leur disputaient la terre de Gien (Gyen, Giem) ˆ laquelle HervŽ IV, comme son pre III, Žtait particulirement attachŽ [1]. Notre Pierre, endossant l'habit des comtes de Nevers, part en guerre contre Donzy : il est vaincu et capturŽ (1199). Le roi Philippe Auguste accorde les adversaires et, en rŽcompense, se fait donner par HervŽ la terre de Gien, objet de la dispute ! Moyennant quoi, en ranon de Pierre, HervŽ reoit la petite Mathilde avec le comtŽ de Nevers (Auxerre et Tonnerre restant ˆ Pierre ˆ titre viager). Voilˆ une chasse ˆ l'hŽritire si fructueuse qu'on se demande si HervŽ n'a pas provoquŽ l'entrŽe en campagne de Pierre dans l'espoir de le vaincre ! En 1199 la fille a onze ans. Le Donzy prend la donzelle qui, comme sa mre, Agns, ne procrŽe pas d'hŽritier : une seule et unique fille (1205), nommŽe Agns.
L'arbitrage du roi (Gien contre Mathilde) vise ˆ s'assurer le service de Donzy et ses hommes [2]. De fait, HervŽ participe aux guerres contre Jean sans terre (1204-1206) qui aboutissent ˆ la rŽcupŽration de la Normandie et ˆ la conqute temporaire de l'Anjou et du Poitou. A cette occasion, il signe la charte des Barons dŽfendant les droits du Roi contre les prŽtentions du pape. Ensuite, on le voit, avec ses chevaliers et leurs hommes, ˆ la guerre des Albigeois (1210), ˆ l'expŽdition d'Angleterre contre Jean sans terre (1216) o il reoit de Louis l'ŽphŽmre possession du comtŽ de Winchester et, enfin, ˆ la croisade de Damiette en 1218. NŽanmoins, s'il soutient le roi dans toutes ces opŽrations, ce n'est pas sans ambigu•tŽ.
Lorsque HervŽ se joint ˆ l'expŽdition albigeoise de 1209, on lui offre, lui premier, le gouvernement des pays conquis sur le comte de Toulouse, il le refuse (c'est Montfort qui le ramassera) et rentre chez lui. Lors du laborieux sige de Damiette, il quitte le camp en aožt 1219, ce qui lui vaut des accusations de l‰chetŽ (Matthew Paris ...le comte de Nevers...lorsque le pŽril fut imminent, se retira au grand dŽtriment des chrŽtiens, p198). On verra que son retour prŽcipitŽ n'est pas sans raison.
Mais c'est surtout dans le conflit entre rois de France et d'Angleterre que, comme tant d'autres, il joue une partie compliquŽe. En effet, sur le continent, les droits de ces rois, aussi enchevtrŽs qu'indŽfinis, s'affirment ou s'infirment au grŽ des combats et des nŽgociations ; dans cette vaste zone de dispute et ˆ ses alentours, il vaut mieux tre flexible. A l'instar de la plupart des puissants, HervŽ joue sur les deux tableaux et, si sa "trahison" n'est pas avŽrŽ, sa rŽputation de Ganelon s'alimente au souvenir des alliances anglaises de son pre : HervŽ III avait d'abord obtenu le soutien de Louis le jeune pour reprendre Gien ˆ Nevers ; puis, le Roi prenant contre lui le parti de Thibaut de Champagne, il s'Žtait alliŽ au Roi d'Angleterre et avait mis plusieurs ch‰teaux entre ses mains. En reprŽsailles, le roi de France avait alors lancŽ contre lui une opŽration punitive et, avec l'empressŽ concours du comte de Nevers, avait, non seulement conquis, mais rasŽ le ch‰teau familial de Donzy (1170).
La bataille de Bouvines (1214) Žclaire, ˆ la fois, les faits et les rumeurs. HervŽ est rŽputŽ avoir eu de mauvaises relations tant avec Pierre II, le pre de Mathilde, qu'avec Philippe Auguste et les avoir "trahis" en combattant aux c™tŽs de Ferrand, le comte de Flandre. "Trahis" mŽrite des guillemets car, en contexte, la vassalitŽ est une relation plus opportuniste que le proclame son idŽal-type pyramidal et, ˆ Bouvines, les vrais tra”tres Žtaient aussi nombreux que les faux. Notre Pierre, cousin germain du roi, avait aussi un pied de chaque c™tŽ, l'un ˆ Nevers avec le Roi, le second en Flandre avec l'Empereur en tant que comte de Namur par sa femme Yolande [3]. Mme l'autre cousin Courtenay, le fŽal Robert de Champignelles, a flottŽ (ou en est souponnŽ) puisqu'on le trouve inclus dans la liste des punis, ceux qui, aprs la bataille, doivent donner des rŽpondants pour cautionner qu'il servirait fidlement le seigneur roi, au mŽpris de tous biens terrestres : une trentaine de grands (dont HervŽ) s'engagent ˆ payer au total quelque 6000 marcs (1000 pour le seul HervŽ) si Robert ne tient pas sa promesse. Si la victoire fut difficile ˆ obtenir ˆ Bouvines, sa liquidation le fut encore plus car elle devait apurer maints calculs lŽgitimes, dictŽs par des soucis offensifs ou dŽfensifs. Les intŽrts comptaient plus que les suzerainetŽs et chacun avait fait preuve d'une prudence comprŽhensible entre l'Empereur Othon, le roi Jean, le comte de Flandre et le roi Philippe. Ils avaient raison avant cette bataille fortuite, gagnŽe gr‰ce au recul de Jean sans terre ˆ la Roche aux Moines, ˆ 600 kms de lˆ [4].
HervŽ Žtait-il ˆ Bouvines ? et dans quel camp ? Le chapelain du roi, Guillaume le Breton, qui Žtait prŽsent l'accuse d'avoir misŽ sur la dŽfaite de Philippe, avec tous ceux qui lui cherchaient un contrepoids :...attirŽs par des dons et des promesses, HervŽ, comte de Nevers, et tous les grands au-delˆ de la Loire, ceux du Mans, de l'Anjou et de la Normandie [...] avaient dŽjˆ promis leur secours au roi d'Angleterre. Ils l'avaient fait en secret cependant... DŽjˆ, s'attendant ˆ la victoire, ils avaient partagŽ tout le royaume.
Il y en avait tant, et si puissants, que Philippe dut les mŽnager, mme aprs sa victoire et l'emprisonnement de Ferrand ˆ Paris : Quant au comte HervŽe, et ˆ d'autres qui lui Žtaient suspects, quoiqu'il ežt pu les condamner comme coupables de lse-majestŽ, le roi ne leur infligea aucune punition, si ce n'est qu'il exigea d'eux le serment d'observer au moins ˆ l'avenir fidŽlitŽ envers lui (Le Breton, aprs la liste des prisonniers de Bouvines). Dans le nouveau rapport de forces, ce serment forcŽ, permet ˆ Philippe de reprendre la main.
Un an aprs Bouvines et un an avant le dŽbarquement de Louis le lion en Angleterre, en 1215, HervŽ pense encore ˆ utiliser sa fille unique Agns (Anne) pour une alliance anglaise et Philippe Auguste l'oblige ˆ la refuser ˆ ses ennemis du moment, nommŽment, Jean roi d'Angleterre, Thibaud de Champagne, le fils du duc de Bourgogne et Enguerrand de Coucy [5]. Comme maints autres barons, HervŽ n'est ni pour Jean ni pour Philippe, il cherche ˆ prospŽrer dans l'entre-deux Rois.
En Anlgeterre, Jean, reniŽ par une partie de ses barons de longtemps maltraitŽs, ceux-ci mettent ˆ sa place le fils du roi de France, Louis (futur VIII) qui se justifie par les droits au tr™ne de son Žpouse, petite-fille de Henry II. MalgrŽ la rŽprobation du pape et l'excommunication subsŽquente, Louis le lion traverse le canal et vient au secours des rebelles. HervŽ, avec ses troupes, participe ˆ l'expŽdition dont il est l'un des chefs, encore suspectŽ de trahison, directement ˆ Lincoln, et indirectement en rendant Louis odieux par ses exactions [6]. Mais les autres pillaient tout autant, et Louis se fit ha•r tout seul en distribuant aux siens les biens des barons anglais. A la mort de Jean, ces barons se rallient ˆ l'enfant successeur (Henry III) et chassent Louis et ses hommes.
Chez lui, dans ses comtŽs et ˆ leurs limites HervŽ s'active. Semblablement ˆ Pierre dans son comtŽ d'Auxerre [7], HervŽ a fort ˆ faire avec les droits et prŽtentions de son Žvque. Comme ses pareils, il lui oppose les bourgeois. Il procde ˆ des fondations religieuses qu'il contr™le et guerroie contre les anciennes et riches abbayes qui, de leur c™tŽ, utilisent toutes leurs armes : droits fŽodaux, procŽdures, excommunication, interdit et appel au pape, sans rechigner aux actions militaires.
La position d'HervŽ dans le comtŽ de Nevers prŽsentait une faiblesse puisque ses droits venaient de son Žpouse. Ds 1205, le duc de Bourgogne qui revendiquait certaines terres, avait saisi le pape du scandale incestueux que serait le mariage d'HervŽ et Mathilde, consanguins au 4me degrŽ : leurs arrire-grands-mres Žtaient sÏurs (Mahaud et Ide de Carinthie). Le thŽocrate Innocent III faisant du droit matrimonial une arme politique acŽrŽe (cf. Ingelburge), cette attaque n'Žtait pas ˆ nŽgliger, d'autant que les exactions rŽpŽtŽes qu'HervŽ inflige aux moines de VŽzelay entra”nent son excommunication et celle de Mathilde. La paix entre HervŽ et VŽzelay conditionne l'accommodement et l'arrt de la procŽdure. Innocent III fait cesser l'enqute sur le degrŽ de parentŽ (lettre du 30 mai 1212) et leur accorde rŽtroactivement une dispense de parentŽ (lettre du 27 dŽcembre 1213). Par lettres du 12 avril 1213 et du 2 janvier 1214, le pape rgle et confirme le traitŽ entre HervŽ et l'abbŽ de VŽzelay.
En septembre 1218, les deux Žpoux embarquent ensemble ˆ Gnes pour la cinquime croisade ˆ laquelle le pape avait consacrŽ tant d'efforts. HervŽ participe au malheureux sige de Damiette et le quitte prŽmaturŽment car il lui fallait dŽfendre ses droits. Pierre l'empereur disparu, les comtŽs d'Auxerre et Tonnerre qu'il tenait en viager devaient retourner ˆ sa fille (donc ˆ HervŽ) puisque venus de sa mre. Mais l'Žvque d'Auxerre et le frre de Pierre, Robert de Champignelles, le futur bouteiller, qui administraient pour lui les comtŽs s'opposent ˆ cette restitution, l'Žvque rŽclamant ses droits et Robert son hŽritage. L'affaire est encore embrouillŽe par le doute sur la mort de Pierre dont le cadavre n'a jamais ŽtŽ retrouvŽ. HervŽ part en guerre et se livre ˆ Auxerre ˆ des violences exagŽrŽes qui lui valent une rŽprimande du pape. Par ailleurs, les comtŽs sont revendiquŽs par Philippe et Robert de Namur, issus du second mariage de Pierre. De commissions d'arbitrages en manÏuvres, ce contentieux durera longtemps.
L'histoire commune des Žpoux se termine en janvier 1222, quand HervŽ meurt dans des circonstances mystŽrieuses, empoisonnŽ dit-on. Un contemporain le qualifie d'arc inflexible de justice et de tempeste continuelle de ses ennemis.
Mathilde a trente cinq ans. Veuve, comtesse de Nevers, Auxerre et Tonnerre, elle constitue une pice trop stratŽgique pour rester exposŽe aux convoitises. Le Roi lui fait promettre aussit™t (fŽvrier 1222) de ne pas se remarier sans son consentement et force ses alliŽs et vassaux ˆ s'engager ˆ la combattre si elle y manque. Comme, en ces temps, une femme peut difficilement gouverner sans le bras armŽ d'un homme, Mathilde compte sur le mari d'Agns, son hŽritire. Mais la mort de la fille en 1225 et du gendre en 1226 la laisse dŽmunie. Aussi Žpouse-t-elle la mme annŽe Guigues (Guy) IV, comte de Forez, par l'entremise de son rival/alliŽ Humbert VI, Seigneur de Beaujeu.
Quinze ans plus tard (1241), Guigues meurt ˆ la croisade des barons (Thibaut de Champagne). Mathilde, inusable comtesse de Nevers, dure encore quinze ans, jusqu'en 1257. Elle survit ˆ deux gŽnŽrations d'hŽritiers : ce sera son arrire-petite-fille qui lui succŽdera.

Mahaut, la bonne comtesse [8], deux fois veuve, distribue des libŽralitŽs, confirme ou accorde des chartes de franchises urbaines (Auxerre 1223, Tonnerre 1224), promulgue des rgles de paix rurale, fonde des abbayes, sans cesser d'tre en compŽtition avec les Žvques, de guerroyer contre ses vassaux rŽcalcitrants et de se dŽfendre des empitements des comtes de Champagne et des ducs de Bourgogne.
Examinons sa descendance.
Sa fille unique, Agns de Nevers-Donzy, pendant sa courte vie (1205-1225), fut d'abord un instrument de la diplomatie paternelle qui, on s'en souvient, l'offrit au petit Henry, fils a”nŽ de Jean roi d'Angleterre (Du Chesne, 1625). Philippe Auguste bloqua ce mariage dangereux et, pour circonvenir HervŽ et prendre la main sur les comtŽs, dŽcida de l'unir ˆ l'a”nŽ de son fils a”nŽ, Philippe, roi de France en puissance. Des engagements furent pris, les conventions de mariage signŽes dans les formes, mais le petit Philippe mourut ˆ neuf ans. L'on renona ˆ la clause de substitution qui transfŽrait l'engagement au fils suivant, Louis, futur IX et saint, qui n'avait encore que quelques mois.
Aprs qu'elle ait ainsi fr™lŽ deux couronnes et trois maris royaux, le roi la donne ˆ l'un de ses seigneurs, Gui de Chatillon, comte de Saint Pol. On l'a vu, ils meurent prŽmaturŽment, laissant deux enfants en bas ‰ge : Gaucher et Yolande, dŽsormais hŽritiers de Mathilde qui les recueille et les Žlve. Gaucher dŽcŽdŽ jeune sans postŽritŽ, encore une fois, il ne reste qu'une fille, Yolande. C'est quenouille sur quenouille !
HŽritire naturelle des comtŽs, Yolande est mariŽe au riche et puissant Archambauld IX, seigneur de Bourbon, dont elle a... deux filles, Mathilde (Mahaut) et Anne (Agns) qui Žpousent en mme temps (fŽvrier 1248) les deux premiers fils du duc de Bourgogne, Hugues IV. Du Chesne (1625, p.411) cŽlbre leur inscription dans la trame utŽrine des gŽnŽalogies impŽriales, royales et princires :
Mahaut
(Mathilde) de Bourbon Comtesse de Nevers mariŽe ˆ Eudes de Bourgongne d'o sont descendus par degrez l'Empereur, le Roy d'Espagne & autres Roys & grands Princes
& ANNE (Agns) de Bourbon, Dame dudit lieu, femme de Iean de Bourgogne frere puisnay d'Eudes, desquels est venue la maison royale de Bourbon qui tient aujourd'hui le sceptre de France en la personne du Roy Louys XIII.
Mathilde II du nom reoit l'hŽritage maternel (Nevers, Auxerre, Tonnerre) et Agns le paternel (Bourbon). La premire engendre... trois filles et la seconde... une fille unique ! Aux yeux des contemporains, une telle obstination ˆ ne pas produire de m‰les devait avoir l'air d'une infirmitŽ congŽnitale ou d'une malŽdiction familiale !
Les filles de Mathilde II du nom se marirent joliment en 1268 :
Les trois se disputrent sauvagement les comtŽs de Mathilde jusqu'ˆ ce qu'un arrt du Parlement les dŽpartage (1273) : Yolande a Nevers, Marguerite Tonnerre et Alix Auxerre [10].
Quant ˆ Agns de Bourbon, la sÏur de Mathilde II, sa fille, BŽatrice, Žpousera (1272) Robert de Clermont, dernier fils de Louis IX qui l'a maigrement apanagŽ. Elle est ainsi ˆ l'origine des Bourbon-Clermont dont, bien des gŽnŽrations plus tard, un rejeton deviendra Henri IV. Les rois auxquels nos sires adresseront leurs requtes seront sans le savoir des Bourbon-Courtenay [11]!
Malheureuses quenouilles ! Pierre II du nom aurait-il eu un fils au lieu d'une fille, les comtŽs bourguignons seraient restŽs rassemblŽs et, pour peu que la biologie et la guerre favorisent les gŽnŽrations suivantes, une lignŽe de grands Courtenay aurait pu se consolider. Pierre, battu ˆ la premire manche, croit prendre sa revanche avec son remariage flamand et toucher un joker lorsqu'il pioche la dignitŽ impŽriale mais la carte ne vaut rien. Pierre doit tout aux femmes, ˆ sa mre, ˆ ses Žpouses, ˆ sa fille, et a trop peu en propre. Il perd.
Philippe Auguste, soucieux de dŽtacher les Flandres de l'Angleterre, avait ŽpousŽ la fille du comte Baudouin V de Hainaut et de Marguerite I de Flandre, qui meurt en 1190. Pour maintenir le lien, il recycle Pierre, veuf d'Agns de Nevers (1192), en le mariant (1193) ˆ Yolande, sÏur de la Reine dŽfunte.
Tout en restant actif ˆ Auxerre, tant directement que par procuration, Pierre entame une deuxime vie.
Avec Yolande, il retrouve la prolificitŽ paternelle : leur mariage produira dix enfants vivants. Outre les garons que dŽvorera Constantinople, six filles dont trois contribueront ˆ la brve diplomatie impŽriale de Yolande. Parmi les autres, l'une se fera nonne ; Isabelle, Žpousera Gautier, seigneur de Bar puis Eude seigneur de Montaigu ; Marguerite, Raoul d'Issoudun puis Henri comte de Vianden Ñ cette comtesse de Vianden ne sera pas la moins active.
Yolande donne ˆ Pierre non seulement des hŽritiers mais un hŽritage, le comtŽ de Namur (marquisat d'empire) qu'elle reoit, 1212, par la mort de son frre Philippe (l'ex fiancŽ de Mathilde). Son frre a”nŽ, Baudoin, comte de Flandre par sa mre (1194) et comte du Hainaut par son pre (1195), sera le premier empereur latin de Constantinople (1204), succŽdŽ par son frre Henri, puis par notre Pierre, son beau-frre [12].
Pierre, comte viager d'Auxerre et Tonnerre qui appartiennent ˆ sa fille Mathilde, comte de Namur par sa femme Yolande, n'est rien par lui-mme. Il ne rŽsiste pas ˆ la couronne "impŽriale" que fait tomber sur sa tte la mort de Henri dont il est le m‰le le plus proche. En 1217, quand toute la famille part ˆ Constantinople, Yolande confie ˆ son fils a”nŽ Philippe le comtŽ de Namur que lui dispute le comte de Luxembourg.
A partir de ce moment, cinq gŽnŽrations vont s'Žpuiser ˆ soutenir leur dignitŽ impŽriale, ce fant™me latin engendrŽ par la prise de Constantinople, l'Žviction de l'empereur grec et les partages subsŽquents entre les VŽnitiens et les autres parties pillantes. La quatrime croisade s'est laissŽe dŽvier par les VŽnitiens, intermŽdiaires obligŽs entre l'Orient et l'Occident. Le dŽtour par Constantinople pour remettre sur le tr™ne Alexis et Isaac Ange qui, alors, paieraient ce que les Francs doivent ˆ Venise, finit par l'invasion de la ville, incendie, massacres et pillage ŽhontŽ (1204). Les Francs Žlisent "empereur" Beaudoin, inoffensif comte de Flandre et du Hainaut, frre de Yolande, l'Žpouse de Pierre II. Venise est seigneur de un quart et demi de l'empire, l'empereur de un quart et les barons (Montferrat en premier) du reste. Mais le quart de l'empereur est largement en Asie que les Grecs de NicŽe dŽfendent bien, et sa suzerainetŽ sur les barons est toute thŽorique.
CoupŽ de l'arrire-pays agraire dont le drainage conditionnait la puissance et mme la survie d'une ville gŽante, l'empereur
doit se dŽfendre contre les Grecs (NicŽe, Epire), les Bulgares, les "Turcs", les "Tartares" Žpisodiques et les aventuriers de tous poils. Sans ressources, attaquŽe de toutes parts, du dedans comme du dehors, dŽchirŽe de rivalitŽs, Constantinople, pendant un demi-sicle, deviendra un trou noir engloutissant l'argent et les hommes.
Sans me limiter ˆ Du Cange (1657, L'empire de Constantinople sous les empereurs franais, Žd. Buchon), je lui emprunte le pittoresque de sa narration. Toutes les citations non rŽfŽrencŽes sont de lui.
Le premier empereur, Beaudoin, merveilleusement empeschŽ, ne parvient qu'ˆ exciter encore plus les Grecs contre les Francs et ˆ se faire btement battre et capturer par les Bulgares ˆ Andrinople (1205). Son frre Henri le remplace, rŽtablit la situation militaire, noue des alliances et se concilie une partie de l'aristocratie grecque. Quand il meurt sans hŽritier (1216), les barons choisissent sa sÏur Yolande et son mari, Pierre de Courtenay, proche parent du roi de France et grand personnage lui-mme (Auxerre etc.). Pour son malheur, Pierre cde ˆ la sŽduction d'une couronne impŽriale. Il met des terres en gage pour lever des fonds et part avec de nombreux vassaux et hommes d'armes.
ArrivŽ ˆ Rome en avril 1217, il veut se faire couronner empereur en anticipation de son sacre ˆ Ste Sophie. A un moment confus de l'Empire Romain Germanique, cette prŽtention rencontre une vive opposition car un tel sacre impŽrial par le pape ˆ Rome provoquerait la confusion entre Occident et Orient. Pierre arrache un demi couronnement, informel et hors les murs. Tandis que son Žpouse et ses enfants gagnent Constantinople par la mer, Pierre et ses hommes, pour payer leur transport aux VŽnitiens, assigent pour eux Duras (Durazzo, aujourd'hui Durr‘s) sur la c™te albanaise. Ils ne parviennent pas ˆ prendre la ville, les VŽnitiens les l‰chent, et ils tentent d'atteindre Constantinople par les montagnes o ils sont assaillis et vaincus par les Grecs d'Epire : Pierre et beaucoup d'autres sont capturŽs et disparaissent. Fin de l'empereur !
Reste l'empŽrire Yolande qui vient d'accoucher ˆ Constantinople d'un Baudouin (1217-1273), le premier et seul latin qui sera jamais nŽ dans la pourpre. De concert avec les barons, elle gouverne Constantinople et poursuit la sage stratŽgie de Henri en utilisant judicieusement ses filles : elle marie Elisabeth ˆ Boril, tsar de Bulgarie ; Yolande au roi de Hongrie, AndrŽ II çrp‡d ; Marie ˆ ThŽodore Lascaris, empereur de NicŽe, auquel l'empŽrire s'allie contre les Grecs d'Epire (ThŽodore Ange Comnne). Mais Yolande meurt trop vite (1219) : Aprs la mort de l'impŽratrice Yolande... entre les enfants de l'empereur Pierre il n'y avait ˆ Constantinople que le jeune Baudoin qui y avait pris naissance, et n'avait que trois ans au plus, les autres Žtaient en France o ils possŽdaient de grandes seigneuries.
Les barons envoient une dŽputation au fils a”nŽ de Pierre et Yolande, Philippe, comte/marquis de Namur. Ce dernier, qu'il soit ou non tentŽ, est trop occupŽ ˆ dŽfendre son propre comtŽ et renvoie les barons ˆ son frre cadet, Robert, que, avec l'assentiment du roi Louis VIII, ils conduisent ˆ Constantinople pour le couronner. Ce Robert va faire preuve d'une rare incapacitŽ. L'oraison funbre que lui accorde du Cange cingle : la
faiblesse de son esprit et la bassesse de son courage causrent les funestes rŽvolutions qui arrivrent de son temps dans l'empire d'Orient, et donnrent sujet ˆ ses ennemis de s'en prŽvaloir, et de le dŽpouiller de plusieurs provinces et places considŽrables. Ce qu'il fit assez para”tre en la facilitŽ qu'il apporta ˆ rompre avec ses voisins au lieu d'entretenir avec eux les traitŽs d'alliance que ses prŽdŽcesseurs avaient solennellement contractŽs. Et ce qui montre le peu d'adresse et de conduite qu'il eut dans le maniment des affaires, est qu'il ne put profiter de leurs divisions.
Pis encore (et ce fut lˆ la dernire disgr‰ce qui lui arriva et le comble des malheurs qui accablrent dans la suite l'empire des Franais), au lieu d'adopter une raisonnable stratŽgie matrimoniale, il se laisse sŽduire par les charmes de la beautŽ d'une jeune demoiselle franaise fiancŽe ˆ un seigneur bourguignon. Cette aventure pousse au paroxysme la haine que les barons lui vouent pour sa fainŽantise : tous ensemble, ils s'introduisent chez lui de force, mutilent la fille et noient sa mre. UlcŽrŽ de cette insurrection, il s'enfuit ˆ Rome. Le pape le console et le renvoie. Il meurt au cours de son voyage de retour en 1228.
Baudouin, fils de Pierre II, Žtant toujours trop jeune (11 ans), les barons choisissent comme RŽgent le vieil aventurier Jean de Brienne qui s'Žtait fait roi de JŽrusalem. Il trompa l'espŽrance que l'on avait conue de sa valeur dont il avait donnŽ des preuves en tant d'occasions, ne fit rien pendant deux ans puis fit mal et, comme les autres, appela le pape, les rois et l'Europe ˆ son secours et mourut. Il avait rŽussi toutefois ˆ se faire donner ad interim le titre d'Empereur (1231) et ˆ marier sa dernire fille Marie au jeune Baudouin.
Ce dernier a fort ˆ faire pour mobiliser son hŽritage. En 1237, il revendique le comtŽ de Namur que sa sÏur Marguerite a usurpŽ [13]. Il la chasse au terme d'une guerre sanglante. Voulant en tirer hommes et argent pour se soutenir ˆ Constantinople, Baudoin gage le comtŽ au Roi de France (1238), lequel accepte bien volontiers ce fief qui relve de l'Empire. Le suzerain, le comte de Hainaut, objecte et met la main dessus. Baudoin envoie Marie demander secours au roi de France et occuper Namur (1253), cible de multiples ambitions dont celle, permanente, du comte de Luxembourg. Ce dernier, en 1256, appelŽ par le peuple rŽvoltŽ, chasse Marie qui ne rŽussit pas sa contre-offensive.
Du Cange conclut : Il en fut du comtŽ de Namur comme de l'empire de Constantinople, l'un et l'autre furent perdus pour la maison de Courtenay. En 1263, Baudoin reconna”t son Žchec et vend ses droits sur Namur.
MalgrŽ ses efforts, les Francs, coincŽs dans Constantinople, manquent tellement d'argent que l'empereur, aprs avoir sacrifiŽ ses terres, fondu les toits de plomb pour frapper de la monnaie, vendu la "couronne d'Žpines" du Christ et autres reliques, doit mettre en gage son fils Philippe chez des prteurs vŽnitiens (o il restera plusieurs annŽes) !
A la fin, la situation devient absolument sans issue : manque de moyens de l'empereur, guerre entre VŽnitiens et GŽnois qui s'allient avec l'un ou l'autre des empires grecs ennemis des latins, rivalitŽs entre seigneurs latins, alliances antagoniques rŽgionales. Les "Grecs" reprennent Constantinople (1261).
Et mme cette fin est ridicule, rŽsultant en partie du hasard d'un souterrain oubliŽ, en partie de l'affolement des Francs qui, cherchant ˆ sauver leurs biens, ne pensent pas ˆ se regrouper pour combattre Strategopoulos et ses maigres troupes [14]. Voilˆ l'empereur de NicŽe sur le tr™ne de Byzance (Michel VIII PalŽologue), ce qui ne lui donne pas pour autant la ma”trise d'un Empire dŽchirŽ, menacŽ par ses voisins, et que les Turcs achveront (1453).
Baudoin s'enfuit en Sicile auprs de Manfred, fils naturel de FrŽdŽric II, qui s'en est fait roi. Celui-ci l'accueille somptueusement et promet son concours d'autant plus volontiers, que lui-mme Žtait engagŽ dans l'alliance des ennemis de Michel, ayant ŽpousŽ la fille du despote d'ƒpire qui Žtait en guerre avec lui depuis plusieurs annŽes. Baudoin obtient du pape Urbain IV un appel ˆ la croisade que PalŽologue neutralise par des pourparlers sur la rŽunion des deux Eglises. Puis, lorsque le pape dŽpossde Manfred qui, en consŽquence, accepte les secours offerts par PalŽologue, Baudoin, dŽu, part en France stimuler la reconqute de son empire, distribuant gŽnŽreusement les fiefs qui lui ont ŽchappŽ.
Constatant l'inutilitŽ de ses efforts, il voit qu'il n'aura pas de meilleur appui que Charles d'Anjou (1227-85), frre cadet de Louis IX, qui, au nom du Pape, vient de chasser Manfred et a ŽtŽ couronnŽ roi des deux Siciles (1266), hŽritant de la stratŽgie orientale qu'impose la gŽopolitique. Baudoin cde ˆ Charles une grande partie de ses droits sur la Grce et ils s'allient pour recouvrer l'Empire (TraitŽ de Viterbe, 1267), scellant l'accord en mariant leurs enfants : Philippe de Courtenay, tout juste dŽgagŽ des VŽnitiens, Žpousera BŽatrice, issue du premier mariage de Charles.
En attendant, les empereurs, Baudoin et Marie, courent l'Europe pour lever des fonds et chercher des soutiens. Ils sont mieux accueillis qu'aidŽs.
Baudoin meurt (1273) : aprs avoir menŽ une vie pleine d'incommoditŽs et de tracas, depuis ses plus tendres annŽes, sans avoir jamais gožtŽ le repos ou la paix; il la finit pareillement dans les dŽplaisirs, dŽpouillŽ non seulement de la couronne, mais encore de la plupart de ses terres patrimoniales. Son fils Philippe ne fut pas moins hŽritier de ses disgr‰ces que de ses prŽtentions.
La reconqute subit Žchecs sur Žchecs : destruction de la flotte sicilienne par une Žnorme tempte, insuccs du sige de Berat qui aurait ouvert la route de Constantinople (1281)... Enfin, en 1282, Charles de Naples, maintenant le souverain le plus puissant d'Europe (Norwich, p 374), a nouŽ des alliances, reconstruit une armada, rassemblŽ des soldats. Le succs ne fait plus aucun doute... lorsque les Siciliens se rŽvoltent contre les Angevins et proclament Pierre d'Aragon roi de Sicile. Les Byzantins semblent y tre pour quelque chose. L'armŽe angevine est ˆ prŽsent occupŽe sur place.
Passons sur les vains efforts de l'empereur Philippe (1243-1283) pour trouver hommes et argent qui le fuient : la rŽaliste Venise, constatant son incapacitŽ ˆ lever des fonds, l'abandonne et s'allie ˆ Byzance. Le pape lui-mme se prononce pour les Grecs lors du concile de "rŽunification" (Lyon, 1274) [15].
Philippe Žchoue mme ˆ faire un fils. MalŽdiction ancestrale! Encore une quenouille : Catherine.
L'empŽrire Catherine (1274-1307), ses parents morts (BŽatrice en 1275, Philippe en 1283), est ŽlevŽe ˆ la Cour de Naples. Elle dŽpend de son oncle, le roi Charles II, mais aussi du pape, ˆ la fois suzerain du royaume et intŽressŽ ˆ Constantinople, et enfin du roi de France, son seigneur et cousin. Outre ses grands biens en France et Hainaut, le titre impŽrial qu'elle apportera ˆ son mari est un enjeu international. Lorsque, en 1294, elle part en France, sous prŽtexte de mettre de l'ordre ˆ ses affaires mais, en rŽalitŽ, appelŽe par Philippe IV le bel, Charles II lui fait promettre de ne pas prendre d'engagement sans son consentement.
On pense ˆ la marier ˆ l'empereur grec PalŽologue pour unir le fait et le droit. Mais le pape cherche ˆ faire un coup double : prŽfŽrant la restauration de cet empire, [il] proposa FrŽdŽric, troisime fils de Pierre, roi d'Aragon, moyennant l'abandon de ses prŽtentions sur la Sicile. Boniface VIII promit ˆ FrŽdŽric, en Žchange de la Sicile, de l'aider ˆ conquŽrir les biens de Catherine. Charles II, alors ˆ Rome, s'offrit mme pour aller chercher sa nice en France, et Boniface VIII envoya des lŽgats pour l'amener en Italie. Mais, poussŽe par Philippe IV [16], Catherine lui rŽpondit que ni FrŽdŽric ni elle n'avaient des terres en quantitŽ suffisante pour avoir la puissance de recouvrer son empire (Petit, 1900).
Le pape, qui regrettait ce refus, et le roi de France fiancrent alors Catherine (bizarrement), au fils et hŽritier du roi de Majorque. Le projet va jusqu'ˆ la signature du contrat (1298), mais Jacques renonce ˆ sa couronne pour entrer en religion.
Les choses ne vont pas trs bien pour la petite impŽratrice, malgrŽ l'hospitalitŽ de son cousin d'Artois [17] et quelques dons du roi, lorsque la mort de Marguerite d'Anjou en 1299 lui permet d'Žpouser (1301) Charles de Valois, frre de Philippe IV.
Ce Valois, plongŽ depuis son enfance dans le chaudron mŽditerranŽen (Aragon), ne manque ni d'ambition ni de moyens, quoiqu'il connaisse plus d'Žchecs que de succs : il visa toutes les couronnes et n'en obtint aucune, dit-on toujours ˆ son propos.
Il est dŽjˆ connectŽ aux Angevins de Sicile. Charles II, pour faire la paix avec Aragon, a rŽcompensŽ son renoncement ˆ cette couronne en lui donnant sa fille, Marguerite, et les comtŽs d'Anjou et du Maine, dix fois plus grands que le petit Valois. Son nouveau mariage prend la suite du premier, passant de la fille ˆ la nice.
FlattŽ par le titre impŽrial apportŽ par Catherine, l'entreprise de Constantinople lui permettra d'extorquer beaucoup d'argent sous ce noble prŽtexte. Pour payer ses premiers frais, il commence par se faire donner ˆ vie les biens de son Žpouse quoique, note Petit, les dŽpenses de l'entreprise orientale dussent surtout peser sur le clergŽ de France et sur le trŽsor du roi...
Le pape et les rois de France et de Naples consentent au mariage en posant leurs conditions [18]. Allons tout de suite au rŽsultat : pas d'Empire, et une nouvelle quenouille, Catherine II du nom (1303-1346) !
La premire Catherine morte (1307), elle reut la
sŽpulture ecclŽsiastique chez les frres Prcheurs de Paris en prŽsence du roi, des grands, des prŽlats de France, et du grand-ma”tre du Temple, venu d'outre-mer, qui porta son corps avec d'autres vers le lieu de la sŽpulture (Chronique
de
Guillaume de Nangis). Les grands honneurs qui sont rendus ˆ sa dŽpouille s'adressent ˆ son mari et ˆ son titre d'empŽrire, non ˆ son ascendance dont nul ne parle. Elle est de la proximitŽ du roi, cela suffit.
L'annŽe suivante, Charles Žpouse Mahaut fille de Guy IV de Ch‰tillon, comte de Saint-Pol.
Il a ratŽ sa campagne d'Orient (1306-1310), en partie parce qu'il n'en a pas pris la tte et l'a dŽlŽguŽe (Chepoy), en partie ˆ cause des difficultŽs crŽŽes par les Catalans de la Grande Compagnie ma”tres du DuchŽ d'Athnes. Tout en poursuivant ses prŽparatifs diplomatiques et militaires [19], il cherche ˆ se dŽbarrasser du fant™me d'empire en mettant la fille qu'il a eue de l'empŽrire en position d'y prŽtendre par elle-mme. Ds sa naissance, il l'avait accordŽe au fils de Robert, duc de Bourgogne, dans l'espoir que le duc participerait ˆ la reconqute pour concrŽtiser les droits que (pour la mme raison) l'empereur Baudoin lui avait accordŽs sur Thessalonique. La mort de Robert en 1305 dŽtruisit tout l'espoir que cette alliance avait fait concevoir sur l'activitŽ de sa coopŽration, car Hugues, qui succŽdait et devait Žpouser sa fille, Žtait encore enfantÉ (Buchon, 1840, p.52-53).
Le pape et le roi n'ayant pas jugŽ que Hugues (1294-1315) fžt assez puissant et assez vigoureux pour une entreprise de si haute consŽquence... et ayant considŽrŽ qu'il n'avait aucun avantage pour le voisinage de ses terres et seigneuries, qui Žtaient trs-ŽloignŽes de celles de l'empire; jetrent les yeux sur Philippe, prince de Tarente, fils a”nŽ de Charles II du nom roi de Sicile, et de Marie de Hongrie, sa femme ; lequel possŽdant l'Acha•e, les villes de Duras et de Canine, et autres, avec l'”le de Corfou, du chef de son pre, et une grande partie de l'Etolie, du chef de Thamar, sa femme, pour lors dŽcŽdŽe, fille du despote NicŽphore, avait un pied dans l'empire et un grand avantage pour y avancer des conqutes; outre qu'il pourrait tre secouru du roi son pre... (Du Cange).
Charles favored a match between his daughter and Philip of Taranto in order to combine the prince of Taranto's real authority in the Balkan peninsula with Catherine's claims to the empire (Topping, 1975, p.108).
Mais il faut pour cela dŽnouer le mariage prŽcŽdent dont les conventions ont ŽtŽ nŽgociŽes et signŽes depuis longtemps. La cour de Bourgogne est rŽticente. La petite Catherine, reprenant l'argument de sa mre, dŽclare solennellement (1312) ...qu'elle avait besoin d'un prince puissant, qui voulžt et pžt ds ˆ prŽsent entreprendre le recouvrement et la conqute de l'empire de Constantinople, qui lui appartenait de la succession de sa mre; ce que le duc de Bourgogne, ˆ ce qu'elle avait appris de gens dignes de foi, ne pouvait pas faire, n'Žtant ni assez puissant, ni en Žtat d'entreprendre cette conqute.
Pour obtenir le dŽsistement bourguignon, Charles permute fille et garon : au lieu de marier sa fille ˆ Hugues, il unit son propre fils Philippe (futur VI) ˆ sa sÏur et, en dŽdommagement, donne ˆ cette dernire l'hŽritage de Catherine (dont Courtenay). La petite Catherine est libre mais, ˆ part sa prŽtention impŽriale, elle est nue. Selon le traitŽ passŽ en 1313, Jeanne [de Bourgogne] aurait en mariage et en hŽritage Courtenay, Chantecoc, et les autres terres que l'impŽratrice Catherine de Courtenay, seconde femme du comte, avait eues en ces quartiers-lˆ, avec les terres de Brulet et de Blacon, et toutes les autres terres qu'elle avait aux comtŽs de Flandre et de Haynaut, et aux Quatre-MŽtiers; lesquelles terres tiendraient nature d'hŽritage ˆ Jeanne, et aux enfants qui na”traient d'elle et de Philippe.
La trs jeune empŽrire Žpouse gaillardement en 1313 le Prince de Tarente. Leur mariage fut cŽlŽbrŽ solennellement ˆ Fontainebleau, en prŽsence du roi et de toute la cour en mme temps que celui de Jeanne de Bourgogne et Philippe de Valois.
Vers la fte de la Madeleine, le prince de Tarente prit en mariage la fille du comte de Valois et de Catherine sa femme, hŽritire de l'empire de Constantinople, et emmena avec lui la sÏur de cette princesse, quoique jeune, pour la marier ˆ son fils (Chron. G. de Nangis). Ce dernier dŽcŽdant prŽmaturŽment (1215), Jeanne Žpousera (1218) Robert d'Artois (1287-1342) [20].
Philippe semblait un bon tremplin pour sauter sur Constantinople et la petite impŽratrice en jugea ainsi. Ds sa majoritŽ de douze ans, en 1315, elle s'empresse de ratifier l'abandon de son hŽritage et fait cosigner sa sÏur, pourtant encore mineure. Courtenay contre une armŽe. Espoir vain ! aucune tentative ne se fera.
Tout ce qu'aura Catherine, c'est la rŽgence de l'Acha•e pour le compte de son fils Robert (1326-1364). Avec son homme de confiance (Acciajuoli), de 1338 ˆ 1341, Catherine tente de reprendre le contr™le de la MorŽe. She and Nicholas [Acciajuoli] spent two and a half years in the Morea in a concerted effort, in which money was not spared, to exact obedience from feudatories and to restore the defenses of the principality against the Turks, Catalans, and Greeks, (Topping, p.126). L'Žchec les fait revenir ˆ Naples (juin 1341).
Elle se consacre dŽsormais aux intrigues du royaume dont Jeanne a reu la couronne (r. 1343-82), en tant qu'hŽritire de son grand-pre, le roi Robert I (l'un des fils de Charles II). L'empŽrire ne serait pas sans responsabilitŽ dans le meurtre du premier mari de la reine, AndrŽ de Hongrie (1345) : Derrire lÕattentat on peut voir la main dÕune autre [demi] sÏur de Philippe VI, Catherine, ancienne princesse de MorŽe, impŽratrice titulaire de Constantinople. Catherine avait ŽpousŽ le frre du roi Robert de Naples, Philippe duc de Tarente, et aurait voulu voir ses propres fils (Robert, Louis et Philippe) sur le tr™ne de Naples (Engel, 2008) [21]. L'annŽe suivante, Jeanne en Žpouse un, Louis de Tarente ( 1362), qui aura fort ˆ faire avec l'invasion vengeresse des Anjou hongrois.
La mort de Catherine (1346) transmet ˆ son a”nŽ, Robert ( 1364), le titre impŽrial. Il passera ensuite ˆ son frre Philippe II de Tarente ( 1374) et, enfin, au fils de sa sÏur, Marguerite, mariŽe ˆ Franois des Baux, duc d'Andria : Jacques des Baux (1354-1383), prince de Tarente et d'Acha•e, sera le dernier dŽtenteur d'une dignitŽ de plus en plus irrŽelle [22]. Tous ces Latins s'agitent dans leurs possessions grecques dont les Turcs finiront par s'emparer.
Les Courtenay perdent jusqu'ˆ leur nom. Aprs Jeanne de Bourgogne ( 1349), la terre de Courtenay est baillŽe en apanage ou en cadeau ˆ diffŽrents princes, qui la donnent ou la vendent ˆ leur tour. Vers 1450, elle fait partie des dŽpouilles de Jacques CÏur qu'Antoine de Chabannes s'attribue. Par sa fille, elle arrive aux Boulainvilliers au profit desquels, en 1563, Charles IX Žrige la seigneurie de Courtenay en "comtŽ" [23]. Ces nouveaux Courtenay voisinent avec les n™tres qui portent dŽsormais les noms d'autres terres, BlŽneau, Chevillon, Bontin... Lorsque, aprs de nombreuses pŽripŽties, vers 1655, Louis de Chevillon (1610-1672) se fera prince de Courtenay son titre sera deux fois fictif puisque Courtenay n'est pas ˆ lui.
Le jugement de Gibbon (les nouveaux Courtenai mŽritaient peut-tre de perdre les honneurs de leur naissance, auxquels, un motif dÕintŽrt les avait fait renoncer) n'aborde qu'un aspect de la question. L'autre Žchappait ˆ ses yeux : un mystŽrieux hasard fait que ce lignage, fondŽ sur les femmes, Žchoue ˆ devenir une dynastie parce que tant de mariages n'engendrent qu'une fille unique et font quenouille, comme en punition de l'usurpation initiale ! La gŽnŽalogie des Courtenay aurait ŽtŽ bien plus brillante s'ils avaient donnŽ leur place aux filles. Ils ne le pouvaient pas et n'en eurent pas l'idŽe.
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[1] Deux gŽnŽrations plus t™t, Geoffroi de Donzy III du nom avait abandonnŽ Gien, partie par force, partie par calcul. Les circonstances font l'objet de diffŽrentes versions. La plus remarquable est la suivante : la fille de Geoffroi, Hermesende, fut enlevŽe le jour de son mariage par Etienne, Comte de Sancerre, soit qu'il fžt amoureux, soit qu'il couržt l'hŽritire ; n'ayant pu obtenir justice, Geoffroi se rŽsigna ˆ ce mariage imposŽ auquel il apporta la terre de Gien, au dŽtriment de son fils HervŽ III dont c'Žtait l'hŽritage. Il pensait sans doute pousser Sancerre ˆ le soutenir contre Nevers. Mais cette astuce, au lieu de favoriser Donzy, compliqua encore les choses : Hermesende Žtant morte sans enfant, Sancerre refusa de rendre Gien que HervŽ III (fils de Geoffroi III) rŽclamait de droit hŽrŽditaire. HervŽ saisit le Roi Louis VII et en 1153 obtint le concours de ses armes pour rŽcupŽrer son bien (L'art de vŽrifier les dates).
[2] HervŽ promet : je ferai faire, par tous mes hommes, l'assurement au roi que je le servirai envers et contre tous ceux qui peuvent vivre et mourir, comme mon suzerain lige, et que je ne manquerai jamais, pour qui que ce soit, de rester ˆ sa cour pendant le temps requis (Quantin, Cartulaire de l'Yonne, t. II, p. 501).
[3] Le comte de Namur (Pierre)... diffŽra aussi longtems que l'armŽe impŽriale fut ˆ portŽe du comtŽ de Namur. Mais aussi-t™t qu'il eut appris qu'elle Žtait entrŽe dans le Hainaut, il se rendit ˆ l'armŽe Franoise pour y servir Philippe Auguste tandis que par une politique que la situation du comtŽ rendit nŽcessaire son fils alla combattre sous les Žtendarts des confŽdŽrŽs (De Marne, 1753, p 237).
[4] Si elle ne fut pas sans effets immŽdiats en Angleterre (rŽvolte des barons et conqute franaise), elle ne devint dŽcisive en France que bien plus tard, lorsque Bouvines aura reu le statut d'un combat national fondateur, vengeant par avance les dŽfaites de la guerre de cent ans et la perte de l'Alsace-Lorraine !
[5] ..quod Agnetem, filiam nostram, nulli trademus in uxorem sine assensu et licencia domini regi, nec maxime alicui filiorum Johannis, rŽgis condam Anglie, nec Theobaldo de Campania, nec filio ducis Burgundie, nec Engerreno de Cociaco et de hoc constituimus plegios erga dominum regem ... (In: Quantin, p 72).
[6] Il aurait trahi son roi en levant le sige de Lincoln ˆ l'approche de Jean. Matthew Paris (Historia Major) dit de lui qu'il Žtait de la race de Ganelon (un tra”tre) 1216 : une partie des barons (de Louis) qui demeuraient ˆ Londres firent des courses de cavalerie, ravagrent toute la province de Cambridge... De lˆ, s'avanant, ils parcoururent les provinces de Norfolk et de Suffolt, les pillant, ainsi que toules les Žglises... Fiers de ce succs, les barons rassemblrent une nombreuse armŽe et vinrent camper devant le chateau de Windsor, qu'ils assiŽgrent. Celui qui commandait cette chevalerie Žtait le comte de Nevers, de la race du tra”tre Guenelon. Et la Chronique de Dunstable : HervŽ tyrannisa les comtŽs de Hampshire et Sussex qui lui avaient ŽtŽ commis, sans respecter ni les veuves ni les Žglises au point de faire ha•r son seigneur Louis.
[7] MalgrŽ le mariage de Mathilde (Mahaut), Pierre garde les comtŽs de Tonnerre et d'Auxerre ˆ titre viager. Il poursuit la lutte qu'il avait commencŽe ˆ Auxerre en octroyant des chartes (en 1188 et 1194) aux "bourgeois du comte" pour les soustraire ˆ l'Žvque, Hugues de Noyers. Par contagion, les "bourgeois de l'Žvque" arracheront des droits ˆ celui-ci et, ds 1204, apparaissent des "bourgeois du chap”tre" qui prŽtendent ne relever que de ce dernier. Citons un Žpisode pittoresque des dŽmlŽs de Pierre avec l'Žvque. Ce dernier l'ayant puni en plaant la ville d'Auxerre sous interdit, les habitants se plaignirent que, en les privant de sacrements, on les punissait injustement pour les turpitudes du comte. Aussi l'interdit fut-il amŽnagŽ : il ne prendrait effet que les jours o Pierre serait dans la ville. A une de ces occasions, fin 1203, un habitant qui, de ce fait, ne pouvait enterrer son enfant en terre chrŽtienne, exaspŽra tant le comte qu'il fit inhumer le cadavre dans la chambre de l'Žvque et au pied de son lit... L'Evque voulut avoir raison de cette insulte, il renouvella l'excommunication du Comte et le condanma ˆ dŽterrer lui meme le corps mort, & ˆ le porter en public jusqu'au Cimetire... Le Comte, touchŽ de Dieu, se soumit ˆ cette sentence. Le jour venu qui Žtoit celui du dimanche des Rameaux de l'annŽe 1204, on vit ˆ Auxerre plusieurs PrŽlats que l'Evque avoit mandŽs, ou qui y avoient ŽtŽ attirŽs par la nouveautŽ du spectacle... Tous Žtant assemblŽs dans la chambre de l'Evque, Pierre de Courtenai dŽterra de ses propres mains le cadavre qui Žtoit lˆ depuis quelques mois ; puis revtu d'une simple chemise & les pieds nuds, il le porta sur ses Žpaules jusqu'au Grand CimetiŽre o il fut inhumŽ, raconte (ou imagine) l'AbbŽ Lebeuf (1743, T.2, p130). Le contentieux chauffait plus ou moins selon les circonstances mais toujours les Žvques dŽfendirent Žnergiquement leurs prŽtentions temporelles et symboliques. Lors de leur entrŽe ˆ Auxerre, ils se faisaient porter par leurs vassaux (qui, bien sžr, commettaient leurs hommes ˆ leur place). C'Žtait une reconnaissance publique dont l'oubli provoquait des actions en justice ou des persŽcutions. L'Žvque alla jusqu'ˆ l'exiger du Roi lorsque celui-ci eut rŽcupŽrŽ Gien ! et plus tard, lorsqu'il racheta le comtŽ au dernier descendant d'HervŽ !
[8] La "comtesse Mahaut", ˆ laquelle une exposition permanente est consacrŽe au ch‰teau de Druye, base principale des comtes d'Auxerre, offre ˆ la littŽrature fŽminine un thme aussi rose qu'est noir celui de "Jezabel" d'Angoulme, prey to strong passions and ambitions (Bard) ! La bonne comtesse vs la reine sans conscience ! Un conte pour enfants : HŽritire de l'une des plus grandes familles de France, mariŽe ˆ 12 ans ˆ HervŽ de Donzy, l'ennemi de son pre, Mahaut de Courtenay devient nŽanmoins une femme Žpanouie et amoureuse (???), soucieuse du bien-tre des plus humbles (???). AmŽliorer la condition des femmes serves de ses comtŽs fut, pour elle, un souci constant (???) Žcrit son admirateur moderne, Hubert Verneret (2002, Mahaut de Courtenay).
[9] Baudoin (1217-1273), fils posthume de Pierre, na”t ˆ peu prs en mme temps que l'arrire-petite fille issue de son premier mariage, Yolande. MalgrŽ ses malheurs, il vit presque 60 ans et, comme les filles engendrent trs jeunes, cela correspond ˆ trois gŽnŽrations :
| Pierre x 1184 Agns de Nevers | Pierre x 1193 Yolande de Hainaut |
| Mathilde ( c.1188 -1257) Agns (1205-1225) x S.Pol | |
| Yolande (1221 -1254) x Bourbon Mathilde (1234-1262) x Bourgogne Marguerite (1249-1308) x Anjou (1227-85) | Baudoin (1217-1273) Philippe (1243-1283) |
[10] Robert (de BŽthune) &. Iolende avoient d'abord prŽtendu que Nevers, Auxerre, &. Tonnerre ne formaient qu'un mme ComtŽ. Mais la Cour dŽcida sur ce partage, aprs qu'il eut ŽtŽ prouvŽ par une enqute, que ce sont trois ComtŽs diffŽrens. En consŽquence, on donna ˆ l'a”nŽe ˆ choisir celui des trois qu'elle voudroit (Nevers). La Cour assigna ensuite ˆ la seconde, qui Žtoit la Reine de Sicile, le ComtŽ de Tonnerre, qu'elle jugea meilleur que celui d'Auxerre; de sorte que Jean de Challon devint de cette maniere Comte d'Auxerre, du chef de sa femme Alix (Lebeuf, p 179).
[11] Un cŽlŽbrateur tardif des Bourbon (Achaintre, 1825) Žcrit qu'Archambaud IX baron de Bourbon Žpouse Yolande, "de Chatillon" par son pre. Ce dernier semble en avoir accouchŽ puisqu'aucune mre n'est mentionnŽe ! Achaintre ne mentionne Courtenay que pour illustrer la dŽchŽance de ceux qui ont changŽ ou dŽnaturŽ leurs armes.
[12] Quand l'empereur Baudoin meurt en 1205, Philippe Auguste, toujours dŽsireux de contr™ler les Flandres, rŽcupre sa fille et hŽritire Jeanne pour l'Žlever ˆ sa cour et la tenir ˆ sa main : en 1212, il la "vend" au fils du roi du Portugal, Ferrand, sans parvenir ˆ s'attacher celui-ci qu'il devra vaincre ˆ Bouvines en 1214.
[13] En 1222 Philippe, comte de Namur, est parvenu ˆ s'accorder avec Luxembourg. Il se joint alors ˆ la croisade albigeoise o, en 1226, il dŽcde de maladie au sige d'Avignon. Son frre Henri lui succŽde et meurt rapidement. Alors, vers 1228, sa sÏur, la plus jeune fille de Pierre, Marguerite, comtesse de Vianden par son mari, se porte hŽritire du comtŽ de Namur. Ses frres, Robert et le petit Baudoin, sont ˆ Constantinople et la laissent faire, ainsi que ses sÏurs, dŽjˆ bien pourvues ou trop lointaines. Ainsi la Comtesse de Vianden, qui ˆ beaucoup d'ambition joignoit les qualitŽs les plus propres ˆ seconder cette passion, eut bient™t disposŽ toutes choses pour arriver ˆ son but (de Marne, 1754). Mais le comte de Flandre, Ferrand, enfin sorti de sa prison d'aprs Bouvines, rŽclame ce comtŽ et force Marguerite ˆ lui en abandonner une partie (1232). Les mŽsaventures de Namur ne s'arrteront pas lˆ.
[14] Du Cange : [Ceux] qui Žtaient avec lui [Strategopoulos]... se rŽpandent incontinent sans ordre dans toutes les rues, et courent au pillage avec tant de confusion, que si les Franais se fussent ralliŽs, et n'eussent pas pris l'Žpouvante, ils les eussent tous taillŽs en pices... StratŽgopule qui se tenait toujours en bataille, ne voulant avancer que bien ˆ propos,... rallia ses gens qui Žtaient entrŽs, et obligea les Grecs de la ville ˆ se joindre avec lui bon-grŽ mal-grŽ, puis fit mettre le feu en divers endroits de la ville, afin que les Franais, Žtant occupŽs ˆ sauver leurs femmes et leurs enfants, et ce qu'ils avaient de plus prŽcieux dans leurs maisons, ne songeassent point ˆ prendre les armes pour se dŽfendre; ou du moins fussent obligŽs de partager leurs soins, les uns travaillant ˆ se sauver du feu, les autres de leurs ennemis. Quant ˆ Baudoin, ayant appris que les Grecs Žtaient dans la ville, [il] prit la rŽsolution, comme les autres, de se sauver....
[15] Du Cange, T2 : Entre les affaires importantes qui furent agitŽes en ce concile il y fut rŽsolu que l'empire d'Orient demeurerait ˆ Michel, malgrŽ les oppositions de Philippe et de Charles p.9 ...Nicolas III, qui Žtait parvenu au pontificat le vingt-cinquime jour de novembre l'an 1277, reprit les derniers errements de ses prŽdŽcesseurs, et continuant leurs nŽgociations avec Michel, lui envoya ses nonces... pour achever le traitŽ d'union, avec pouvoir de traiter d'une paix entre Michel et Philippe empereur [latin] de Constantinople, et Charles, roi de Sicile, son beau-pre p.12.
Le pape suivant, Martin IV, prend le contrepied et excommunie Michel : Il procura ensuite une alliance entre la rŽpublique de Venise, l'empereur Philippe et le roi Charles, pour faire conjointement la guerre ˆ Michel [TraitŽ d'Orvieto, juillet 1281] p.19.
[16] Du Cange : Le pape Boniface VIII, Žtant parvenu au pontificat, moyenna un traitŽ de paix entre Charles II du nom, roi de Naples, d'une part; et Jacques roi d'Arragon, et FrŽdŽric son frre, roi de Sicile, enfants de Pierre, roi d'Arragon, usurpateur de cette ”le d'autre part; par lequel, entre autres conditions, il fut arrtŽ que FrŽdŽric abandonnerait la Sicile ˆ Charles, et Žpouserait Catherine, impŽratrice de Constantinople. A quoi Charles se porta d'autant pIus, qu'il croyait que la princesse s'Žtant obligŽe ˆ ne se pas marier sans son consentement, consentirait ˆ cette alliance... le pape et le roi Charles, en considŽration et dans la vue de ce mariage, promirent de fournir ˆ FrŽderic cent mille onces d'or dans quatre ans, s'il voulait entreprendre le recouvrement de l' empire... Mais le roi Philippe le Bel qui avait la princesse en sa puissance, ne put se rŽsoudre ˆ cette alliance p.35-36.
[17] Robert II (1250-1302), comte d'Artois, a trempŽ dans les affaires napolitaines. Venu secourir Charles I aprs les Vpres siciliennes, il est ˆ sa mort nommŽ rŽgent du royaume dont le souverain, Charles II, est prisonnier d'Aragon.
Ce comte d'Artois est cousin de Catherine par sa premire Žpouse, Amicie de Courtenay (1250-1275), petite-fille de Robert de Champignelles, le bouteiller, qui Žtait le frre du premier empereur dont Catherine est l'arrire-petite-fille.
[18] Boniface VIII accorda les dispenses nŽcessaires, mais sous cette condition que Charles de Valois viendrait d'abord reconquŽrir la Sicile ˆ ses frais, et abattre ses ennemis en Italie. Charles II consentit au mariage, aux mmes conditions. Philippe le Bel fit de mme, mais en exigeant de Charles de Valois la promesse de revenir ds que les affaires de Charles II seraient en bonne voie, de ne pas entreprendre d'expŽdition contre Constantinople sans son consentement, et, en cas de guerre, et Ç que il eust mestier de lui È, de revenir le plus t™t possible. En revanche, le pape devait aider Charles pŽcuniairement, et proclamer solennellement les droits de Catherine sur l'Orient. Charles II renouvela, le 11 mars, la promesse, faite par son pre ˆ Baudouin II, de ne pas reconna”tre l'empereur grec et Philippe IV donna ˆ Charles de Valois 2.000 l. t. de rente (Petit, 1900). L'exigence papale conduit aussit™t Valois en Italie o il ranonne les villes ˆ plaisir (notamment Florence), arrache de grosses subventions ˆ Charles II et, aprs quelques combats en Sicile, fait la paix avec FrŽdŽric II, traitŽ que le pape et Charles II ratifieront avec rŽticence.
[19] Lorsque, en 1313, ayant passŽ le fardeau ˆ Tarente, il liquidera l'entreprise, il devra en payer les frais, d'une part, donner des rentes aux chefs de l'expŽdition, de l'autre, payer toutes les dettes et dŽpenses. Petit (p.126) dresse un bilan. Les frais se montent ˆ 115.960 livres. Pour y faire face, Charles avait empruntŽ au roi [..] en tout 70.736 livres. Il restait ˆ payer 45.234 livres, ce que Charles put faire, gr‰ce ˆ un don du roi, en 1313. Rappelons qu'en revanche il avait obtenu du pape 240.000 onces d'or, deux dŽcimes en France et une en Sicile, ce qui lui laissait encore un Žnorme bŽnŽfice sur cette entreprise. L'A. note que une dŽcime est estimŽe a minima ˆ 250.000 livres.
[20] Robert, le petit-fils de Robert II, ŽvincŽ du comtŽ par sa tante Mahaut. Il jouit d'abord de la faveur de Philippe VI qui Žrige en comtŽ-pairie sa terre de Beaumont mais son procs avec Mahaut tourne mal. PassŽ aux Anglais, il est dŽclarŽ tra”tre fŽlon et dŽgradŽ. Sa femme fut enfermŽe au Ch‰teau de Chinon [1334]. Outre qu'elle avoit partagŽ les crimes de son mari, elle cherchoit ˆ exciter des troubles pour le servir... Leurs enfans, innocens, furent enfermŽs ˆ Nemours, puis ˆ Andely, pour servir d'otages (Gaillard, 1774, Histoire de la Querelle de Philippe de Valois et d'Edouard III, p 230) Ils sont libŽrŽs ˆ l'avnement de Jean II le Bon en 1350. Robert d'Artois est condamnŽ mais Jean comble de faveurs les enfants que l'exilŽ a eus de Jeanne de Valois (Cazelles, 1958, La sociŽtŽ politique et la crise de la royautŽ sous Philippe de Valois, p 284).
[21] Engel P‡l, Krist— Gyula, Kubinyi Andr‡s, 2008, Histoire de la Hongrie mŽdiŽvale. Tome II : Des Angevins aux Habsbourgs, Chp.2, PU Rennes.
Pour le contexte angevin, voir Budak Neven, Jurković Miljenko, 2003, "La politique adriatique des Angevins", In: Tonnerre No‘l-Yves, Verry ƒlisabeth, (eds), Les princes angevins du XIIIe au XVe sicle : Un destin europŽen, PU Rennes.
[22] Un sicle plus tard, on l'aura tellement oubliŽ que, lorsque Charles VIII exŽcute son expŽdition en Italie, rvant de virer les Aragonais de Naples, les Turcs de Constantinople et, de lˆ, libŽrer JŽrusalem, ceux qui, contre ses conseillers et ses Grands, le poussent ˆ aller jusqu'au bout rachtent pour lui le titre d'empereur... au dernier PalŽologue, AndrŽ, neveu de Constantin XI (Cf. Foncemagne, 1743, "Eclaircissemens historiques Sur quelques circonstances du voyage de CharlesVIII en Italie ; & particulirement sur la cession que lui fit AndrŽ PalŽologue, du droit qu'il avoit ˆ l'empire de Constantinople", Mem. AIBL, 1751, T.17, pp.539sq. ; Haran Alexandre Yali, 1998, "Les droits de la couronne de France sur l'Empire au XVIIe sicle", Revue historique, N¡605, pp. 71-91).
Si cette cession reste sans effet, le mariage de ZoŽ, la sÏur d'AndrŽ, rebaptisŽe Sophie, avec Ivan III, grand-prince de Vladimir et de Moscou (1472), permet ˆ ce dernier de faire sien l'aigle bicŽphale de Constantinople (Tsargrad), d'importer le cŽrŽmonial byzantin et les artistes italiens, et de proclamer Moscou 3e Rome, un thme riche d'avenir...
[23] Les Boulainvilliers transmettent la terre et le nom ˆ leurs hŽritiers, les Rambures-Courtenay que des lettres de Chancellerie, du 11 Juillet 1687 priveront du titre de comte pour ce qu'il avait ŽtŽ accordŽ ˆ titre personnel et viager ˆ Boulainvilliers. Pendant tout ce temps, les gens du Roy plaident, contre les propriŽtaires, que la ch‰tellenie est du domaine royal (voir le Traitez touchant les droits du Roy, 1670, pp 791 & sq.) : par arrt du 23 DŽcembre 1611, elle fut dŽclarŽe ne l'tre pas, jugement confirmŽ en 1721 (ConfŽrence de la Coutume de Sens, Sens, 1787 ; du Fresne Jean [et alii], 1754, Journal des principales audiences du Parlement, Livre3, CH XXVII Affaire de la Terre de Courtenay prŽtendue Domaniale & jugŽe ne l'tre pas, p 444 sq.).