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MƒMOIRES DE MADEMOISELLE DE MONTPENSIER, ed. ChŽruel (1858-59)

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C'est la Grande Mademoiselle, celle de la Fronde, cŽlbre pour avoir braquŽ les canons de la Bastille sur lÕarmŽe royale. Anne-Marie-Louise, dÕOrlŽans par son pre, duchesse de Montpensier par sa mre, a griffonnŽ ses mŽmoires au cours de trois pŽriodes : 1) ˆ partir de janvier 1653 pendant son exil ˆ Saint-Fargeau puis en 1659 au palais du Luxembourg ; 2) ˆ partir d'aožt 1677 ˆ Eu ; 3) ˆ partir de 1688Ð1689.

A une Žpoque o la langue reste floue et les nobles peu lettrŽs (leurs filles encore moins), sa graphie illisible et son expression trs orale dŽfient l'Žditeur : le laborieux ChŽruel mŽrite toute notre reconnaissance [1]. Un seul exemple, pris dans la correspondance de Mademoiselle : Monsieur mon cousin, Jay ete extrememant surprise daprandre quil iut quelque proposition de paix je vous avoue quelle mest fort suspecte... Il est vrai que ses contemporains Žcrivent vilintan et jay utor ! NŽanmoins, son style est aussi direct qu'elle-mme, bien loin de celui de Retz, entortillŽ comme ses intrigues. Le texte coule bien et se lit avec plaisir quand la syntaxe ne s'embrouille pas.

Couvrant soixante ans et trois rgnes (Richelieu, Mazarin, Louis XIV), ces deux mille pages autobiographiques frustrent l'historien car, ˆ la diffŽrence des mŽmorialistes, Mademoiselle n'Žcrit pas son temps mais sa vie. Elle ignore ce qui ne la concerne pas directement et porte sur les choses et les gens un regard biaisŽ par ses ressentiments. C'est un rŽcit de soi (Cousson), le seul de son Žpoque. A cause de sa grandeur, Mademoiselle se juge un objet digne de sa propre attention, jusqu'au moindre dŽtail.

Mademoiselle, souvent dupŽe, est dÕune innocence qui confine ˆ la btise. Son naturel, sa na•vetŽ, sa prolixitŽ, en font un informateur anthropologique de premier ordre : elle reflte un monde auquel nous sommes totalement Žtrangers, socialement, historiquement, culturellement.  Elle nous offre un tŽmoignage brut des splendeurs et misres de la Grandeur. Petite-fille de France, elle cherche (vainement) ˆ s'Žtablir ˆ sa hauteur en Žpousant le roi, son frre, CondŽ, l'empereur, le roi d'Espagne, le duc de Savoie... Elle conna”tra avec Lauzun (PŽguilin) la triste fin du hŽron qui a nŽgligŽ la carpe et le brochet, la tanche et le goujon !

Quoique ses biographes en abusent, la rŽfŽrence ˆ Corneille ne manque pas de pertinence pour cadrer la tragicomŽdie d'une Mademoiselle, toujours battante, toujours battue, que dŽfinit cette phrase programmatique : je ne sais ce que cÕest dՐtre hŽro•ne: je suis dÕune naissance ˆ ne jamais rien faire que de grandeur et de hauteur en tout ce que je me mlerai, et lÕon appellera cela comme l'on voudra.

 Sa grandeur et sa richesse lui apportent d'infinis soucis, tant domestiques que politiques. Ses dŽmlŽs avec son pre, le dŽtestable Gaston, frre de Louis XIII, combinent le heurt des caractres et celui des intŽrts car son pre la pille sans scrupule. Et pourtant, tout en criant, elle se soumet ˆ lui, pas seulement par force car elle l'aime autant qu'elle le mŽprise...

Concernant la prŽsente Ždition numŽrique : Il est difficile et fastidieux de numŽriser un document ancien que l'OCR ne reconna”t qu'imparfaitement, laissant subsister ou crŽant d'innombrables et d'invraisemblables coquilles. Cela devient impossible quand le texte est abondamment pourvu de notes de bas de page que leur longueur reporte sur la page suivante. Le puzzle qui en rŽsulte dŽcourage la bonne volontŽ. Je reproduis donc ici l'Ždition ChŽruel sans les notes. Ce n'est qu'ˆ-demi regrettable : si certaines apportent des prŽcisions utiles sur les personnes ou les circonstances, le plus grand nombre montre et dŽnonce les erreurs des Žditeurs prŽcŽdents. On les trouvera dans la version numŽrisŽe par la BNF.

Quelques rŽfŽrences :

Sur Mademoiselle
Arvde Barine (Louise-CŽcile BouffŽ), 1899, La Grande Mademoiselle, sŽrie d'articles dans la Revue des Deux Mondes, de 1899 ˆ 1905 : epub
Garapon Jean, 1988, "Mademoiselle de Montpensier, l'autobiographie d'une princesse du sang", In: Cahiers de l'Association internationale des Žtudes francaises, n¡40. pp. 39-49
Cousson Agns, 2020, "RŽcit de la sociabilitŽ et rŽcit de soi : les MŽmoires de Mademoiselle de Montpensier", Cahiers du dix-septime, vol. 19, pp. 80-99
Sur les frondeuses, voir les analyses de Sophie Vergnes:
Ñ, 2010, "De la guerre civile comme vecteur dՎmancipation fŽminine : lÕexemple des aristocrates frondeuses (France, 1648-1653)", Genre & Histoire, N¡6,  Printemps
Ñ, 2012, Les Frondeuses. L'activitŽ politique des femmes de l'aristocratie et ses reprŽsentations de 1643 ˆ 1661. Thse, U. Toulouse
Ñ, 2015, "Les Amazones de la Fronde, des Ç hommes nouveaux È au secours de la France ? HŽro•sme fŽminin et restauration morale sous la rŽgence dÕAnne dÕAutriche", In : Musset Beno”t (dir.), Hommes nouveaux et femmes nouvelles : De l'AntiquitŽ au XXe sicle, PU  Rennes


[1] Une premire Ždition parut en 1718 (d'aprs un manuscrit de la Bibliothque royale comportant des lacunes), mais le RŽgent et le garde des Sceaux d'Argenson en exigrent la suppression. D'autres Žditions suivirent: ˆ Paris (1728, 6 vol. in 12), puis de nouveau Amsterdam (1729, Jean FrŽdŽric Bernard) et Anvers (1730). Puis nouvelle Ždition ˆ Amsterdam (1735-1736, 7 vol., J. Westien et G. Smith) d'aprs un manuscrit (plus complet) donnŽ par Mademoiselle au prŽsident de Harlay. Les Žditions se succŽdrent : Londres (1746), Amsterdam (1766), Ma‘stricht (1776), Paris (1823, Petitot). Le texte fut repris dans la collection Michaud et Poujoulat avec des notes et une chronologie, mais le style en avait ŽtŽ revu, arrangŽ, parfois embelli. L'historien Adolphe ChŽruel donna ˆ son tour une Ždition critique des MŽmoires tels qu'ils avaient ŽtŽ primitivement Žcrits (Žd. Fasquelle, Paris, 1858-1860, 4 vol.) en y adjoignant de nombreuses notes explicatives.