Esambe
Josilonus ![]() ©2026 | Contrepied :
br�ve histoire des vrais Courtenay |
J'agglom�re
ici, en rŽsumant et simplifiant beaucoup, le contenu des Appendices 3, 6 et 5 dans lesquels on trouvera tous les dŽtails.
Les Courtenay royaux ont pour origine le mariage de la jeune Isabeau avec Pierre, dernier fils de Louis le gros qui, au milieu du XIIe si�cle, prend l'hŽriti�re, le nom et les terres de Renaud de Courtenay. Or celui-ci vivait encore et, passŽ en Angleterre avec Henri d'Anjou (Henry II), y continua la premi�re Maison de Courtenay, de sorte que les descendants de Pierre et Isabeau, de moins en moins royaux, appartiennent ˆ une seconde Maison.
Ici, je prŽsenterai ce qu'on sait de l'histoire des Courtenay indŽpendamment de cette pŽripŽtie. En prologue, je rŽsumerai leur origine et, arrivŽ ˆ la premi�re croisade, je ne nŽgligerai pas les aventures outre-mer de l'un d'entre eux dont le destin fut autrement glorieux que celui du misŽrable empereur latin, fils de l'usurpateur (I). J'examinerai alors la dŽpossession de Renaud (II) avant de suivre sa postŽritŽ en Angleterre : apr�s une quasi-extinction, elle rŽussit le revival que ratent les derniers Courtenay fran�ais (III).
Au
temps le roy Robert, fonda le chastel de Courtenay, Haston, le fils d'un [castelier] du chastel Renart, chevalier fu par son sens et par son avoir. Une grant dame espousa dont il engendra Jocelin de Courtenay, et cil Jocelin espousa la fille le conte Gieffroy-Foirole. De celle dame eut deulx fils Guy et Renart, le conte de Joingny. Icil Jocelin, apr�s la mort de celle premi�re dame, espousa Ysabelle, la fille Millon de Montlhery. En celle engendra Millon de Courtenay, et Jocelin, le conte d'Edesse, et Gieffroy Chapalu. Cil Mille de Courtenay engendra trois fils de la sereur le conte de Nevers : Guillaume, Jocelin et Renaut (Grandes
chroniques de France, Žd. Paulin Paris, Tome 3, 1837, p 170).
Ce roi
Robert est Robert II le
pieux (ca 972-1031), fils de Capet, roi de Francie occidentale (996-1031). Dans le cadre des guerres de Bourgogne, il a ŽvincŽ le comte de Sens et provoquŽ l'essaimage de son groupe. Hatton est l'un des innombrables ch‰telains qu'engendre le basculement du pouvoir, des citŽs (civitates) vers les campagnes (pagi), dans le monde nŽ de la dŽcomposition de l'empire carolingien et des raids normands.
Le point de dŽpart se trouve ˆ Sens, aux limites de la Champagne et de la Bourgogne. Pendant pr�s d'un si�cle (936-1015), un Fromond et ses descendants se sont imposŽs comme comtes hŽrŽditaires de Sens. Ils tentent d'en contr™ler l'archev�que, et s'emparent de biens ecclŽsiastiques qu'ils confient ˆ leur clan pour se constituer un rŽseau d'appuis. Les difficultŽs ne manquent pas car ce comtŽ, par sa richesse et sa localisation, suscite la convoitise de groupes bourguignons, franciens, blŽsois, lorrains et germaniques.
Se succ�dent : Fromond (comte de 936 ˆ 948), Rainard le vieux (948-999), Fromond (999-1012), Rainard le mauvais (1012-1055).
Ce dernier perd la ville. Le groupe familial se rŽorganise et dŽveloppe les bases antŽrieurement plantŽes dans le pagus. Une ligne deviendra Courtenay.
Le premier Fromond est vraisemblablement issu d'un Garnier, comte de Troyes et de Sens pour Richard de Bourgogne. Quand Hugues
le grand (898-956), fils du roi Robert Ier, entreprend de s'emparer de la Bourgogne, il aurait ŽtŽ aidŽ ˆ Sens par ce Fromond ˆ qui il confie le pays. Naturellement, Fromond s'emploie ˆ s'autonomiser et ˆ se faire comte. Il conna”t des revers et doit, temporairement, quitter Sens et se replier sur Mont d'Ouanne (le futur Ch‰teau-Renard) o� il reconstruit un vieux fort, entre deux bras de la rivi�re.
Son fils, Rainard, lui succ�de autour de 948 pour cinquante ans ( 996 ou 999), durŽe qui lui vaut le surnom de petit vieux (vetulus). Il capte ou spolie des terres relevant des abbayes, notamment l'ancienne et prosp�re Ferri�res. Il s'enracine dans la citŽ et le pagus, en multipliant les nouvelles implantations et en consolidant les anciennes qu'il confie aux membres de son groupe familial. A Sens, il s'empare de la riche abbaye de Sainte Colombe, et Žrige la Grosse Tour (turrim maximam) pour augmenter son emprise militaire sur un territoire cloisonnŽ.
Apr�s le coup d'Žtat rŽmois qui fait Capet roi, Rainard, se rallie ˆ lui et marie son fils Fromond ˆ Gerberge, fille de Rainaud (Ragenold), comte de Roucy et comte de Reims. Gerberge est la sÏur de Brunon, Žv�que de Langres depuis 980 (futur adversaire du roi Robert II en Bourgogne), et petite-ni�ce de Brunon archev�que de Cologne, en l'honneur et ˆ l'imitation desquels un de leur fils est nommŽ Brunon, le programmant (vainement) ˆ sa naissance pour l'archev�chŽ (Varenne, 2013).
Fromond mort, lui succ�de son fils Rainard le mauvais (iniquorum iniquissimus) qui, de 1012 ˆ 1055, sera le dernier comte. Son comportement est marquŽ par l'Žchec de la tentative d'imposer Brunon comme archev�que : d'un c™tŽ, animositŽ contre l'Eglise (vexations et spoliations) ; de l'autre, anticipation de la perte de la citŽ. Rainard dŽveloppe sa mainmise alentour. Il Žtablit ou renforce une sŽrie de forts/fiefs qu'il tient dŽjˆ ou qu'il prend, ˆ des points de passage obligŽ, sur les autoroutes de ce temps, les grandes rivi�res ou leurs affluents, notamment Montereau sur la Seine (au dŽtriment de l'Žv�que), Joigny sur l'Yonne (au dŽtriment de l'abbaye de Ste Marie), FertŽ-Loupi�re etc. A Mont d'Ouanne, le ch‰teau Žtabli par son p�re au milieu de la rivi�re lui paraissant trop faible, il en Žrige un deuxi�me, en haut, sur le mont (au dŽtriment de l'abbaye de Ferri�res) : Ch‰teau Rainard dont il confie la garde ˆ un fils ou un parent, Renaud (Rainier, Rainard) dont sortiront nos Courtenay.
En 1015, ˆ l'instigation de l'Žv�que (LiŽry, le vainqueur de Brunon), le roi Robert II, fils de Capet, en guerre pour conquŽrir la Bourgogne, s'empare de Sens. Li cuens Renarz eschapa et s'enfui touz nuz. S'il perd ses habits et la ville, il tient toujours ses campagnes et leurs forts. AlliŽ au rival du roi, l'ambitieux Eudes de Blois (985-1037), futur comte de Troyes, pour lui permettre de lier ses possessions de part et d'autre de la Seine il lui donne Montereau (des terres disputŽes par l'Žv�que) o� ils construisent un ch‰teau qui devint ensuite fort nuisible au roi et ˆ l'archev�que de Sens. UltŽrieurement, Rainard et Eudes reprennent Sens, dŽvastant tout, puis Rainard accepte un compromis : sa vie durant, il gardera Sens qui, apr�s, sera partagŽe entre l'Žv�que et le roi. On comprend que, revenu, il en veuille ˆ Liery et le persŽcute autant qu'il peut.
Mais Sens n'est pas encore au roi ! d'abord parce que Rainard vit jusqu'en 1055, ensuite parce que LiŽry dŽc�de en 1032, au milieu des troubles liŽs ˆ la succession du roi Robert et ˆ la guerre d'Eudes de Blois contre son fils Henri. Quand Rainard mourra comme un grand homme, avec prodiges et temp�tes (1055), ses droits passeront au roi (Henri I) qui marquera le point contre le comte de Blois. On ne sait trop ce que sauvent les anciens comtes, ce qu'obtient le roi, et ce que garde l'Žv�que car la ville est divisŽe en plusieurs parties, les terres du comte nombreuses, les prŽtentions et droits enchev�trŽs.
C'est la fin de la pŽriode comtale pendant laquelle le groupe familial s'est ench‰telŽ alentour. L'absence de chef de "maison" le dŽcompose (ou rŽsulte de sa dŽcomposition). Joigny prend le ch‰teau-haut de Mont d'Ouanne (Chateaurenard) et Hatton, fils de Renaud, tient le ch‰teau-bas (ou l'inverse). Le conflit entre les deux provoque l'Žviction ou le retrait de Hatton qui se replie sur Courtenay, entre Ch‰teau-Renard et Sens o� il construit un fort sur une terre anciennement prise ˆ l'abbaye de Ferri�res, vraisemblablement, une motte castrale, ˆ partir d'une premi�re superstructure de Rainard le
vieux. Une position judicieuse sur un affluent du Loing, ˆ la limite du SŽnonais et du G‰tinais, ˆ mi-chemin entre Sens et Montargis, sur la route de Paris ˆ la Bourgogne.
Ce qui compte n'est plus l'honor (m�me patrimonialisŽ) mais les droits rŽels attachŽs ˆ l'espace. En tŽmoigne le retournement opŽrŽ en deux gŽnŽrations : le comte Rainard donna son nom ˆ son ch‰teau et au bourg avoisinant qui le porte toujours (Ch‰teau-Renard, 45220) ; Hatton, au contraire, prend celui de l'endroit o� il plante sa base. "Courtenay" devient son surnom, sans autre titre que le commun dominus.
Hatton, un maillon d'une large et longue cha”ne entrecroisŽe, sera vu par les gŽnŽalogistes des Courtenay royaux comme l'anneau auquel s'attache leur descente, un NoŽ originaire qui aurait pris pied dans un monde vide. RŽtrospectivement, on le gratifie des armoiries des Courtenay (d'or ˆ trois tourteaux de gueules) qu'il ne saurait avoir eues : ce n'est que plus tard que le bin™me nom/blason devient constitutif d'identitŽ collective (Nassiet, 1994).
Quelles que soient ses couleurs, voilˆ Hatton, rescapŽ du naufrage comtal. On ne sait de quelles alliances et parent�le, il hŽrite. Les domini de Courtenay ne sont pas les hŽritiers du comte Rainard, seulement des sous-produits. Ils restent sur le marchŽ, ils ne l'influencent plus. Quoique, nŽcessairement, ils participent aux luttes des petits et grands "fŽodaux" entre eux et avec le roi, aucun d'entre eux ne se signale. Faut-il l'imputer au manque de documentation ? ˆ leur habiletŽ ? ˆ leur passivitŽ ? ˆ leur manque de moyens ? Ils se marient bien, ils agrandissent leur patrimoine, ils comptent mais Ñsi j'ose direÑ ils ne "comtent" plus.
Qu'ils ne soient pas nŽgligeables, on le voit par le mariage du fils de Hatton, Josselin : il Žpouse Hildegarde, fille de Geoffroy "FerrŽol" (Gieffroy-Foirole) Seigneur de Ch‰teau-Landon, comte de G‰tinais, & d'Ermengarde d'Anjou, Žgalement parents de Geoffroy le barbu et de Foulques RŽchin. Par elle, il devient co-seigneur de Montargis. Josselin se remarie en 1065 avec ƒlisabeth (Isabelle), l'une des MontlhŽry sisters filles de Guy le Grand, seigneur de MontlhŽry, et de Hodierne de Gometz-la-FertŽ. Montlhery was one of those troublesome castellan families - others were Beaugency, Montfort, and Le Puiset - which in the eleventh century had come to dominate the territories round Paris at the king's expenseÉ (Riley-Smith, 1997, First Crusaders, 170). Les MontlhŽry sisters sont fameuses par l'abondance et la qualitŽ de leur descendance. Leurs fr�res non plus ne sont pas insignifiants. Josselin s'allie ainsi ˆ un clan puissant en conflit constant avec le roi de Paris.
Isabelle et Josselin ont pour fils un Miles ou Milon, nŽ en 1068 (mort apr�s 1127), et un Josselin II, probablement l'a”nŽ. Nous le verrons, ce dernier deviendra seigneur de Turbessel (1102-1113) en Syrie, prince de TibŽriade (1113-1119), enfin comte dÕƒdesse (1119-1131). Apr�s lui, deux gŽnŽrations de Courtenay appartiendront aux Grands d'Outremer.
Milon, son fr�re, ou bien n'a pas cŽdŽ aux mirages, ou bien a dž rester pour remplacer son a”nŽ comme dominus, dŽfendre les terres et les agrandir. Il se marie grandement en 1095 ˆ Ermengarde, fille de Renaud II, comte de Nevers, et dÕIda/Raymonde (elle-m�me fille d'Artaud V, comte de Lyon et Forez, et veuve de Guigues, comte d'Albon et de Grenoble).
Les fils de Milon, Guillaume et Renaud (Reinaldus de Monteargiso), partent outremer avec Louis VII. Le premier meurt et Renaud (Rainard, Rainier etc.) revient aussit™t en France occuper son hŽritage ; il "domine", en tout ou en partie, les seigneuries de Courtenay, Ch‰teau-Renard, BlŽneau, Tanlay, Charny, Montargis etc., sans qu'on sache de quoi il Žtait suzerain et de quoi vassal. Vers 1150, il "disparait" (cf. infra), et sa fille ƒlisabeth (Isabeau) lui succ�de, un beau morceau, ˆ la premi�re pŽriphŽrie du domaine royal, qu'il fallait garder des mains concurrentes. Le roi la marie ˆ Pierre, son plus jeune fr�re. On conna”t la suite.
Avant d'en arriver lˆ, nous ferons un dŽtour par l'Outremer o� brillent Josselin et sa descendance jusqu'ˆ ce que le reflux des Francs les emporte.
Murray (2006) rŽsume ainsi l'histoire de ces Courtenay d'Outremer :
L'un des petits-fils d'Hatton [de Courtenay], le redoutable Josselin ( 1131) vint en Outremer autour de 1101 et devint seigneur de Turbessel dans le comtŽ d'Edesse, alors gouvernŽ par son cousin Baudoin du Bourg. PrivŽ de sa seigneurie par Baudoin en 1113, Josselin rejoignit le royaume de JŽrusalem et fut fait seigneur de TibŽriade [prince de GalilŽe]. Lorsque Baudoin devint roi de JŽrusalem, il infŽoda le comtŽ d'Edesse ˆ Josselin. La famille de Josselin acquit une puissante position, en m�lant conqu�tes et politique matrimoniale, notamment ˆ travers d'Žtroites relations et intermariages avec la noblesse latine et armŽnienne. MalgrŽ la prise du comtŽ d'Edesse par les musulmans, les enfants de Josselin II ( 1159) devinrent des personnages centraux du royaume de JŽrusalem : Agn�s ( apr�s 1186) Žpousa Amaury, comte de Jaffa, et son fr�re Josselin III ( 1200) devint sŽnŽchal du royaume. Quoique Agn�s fžt contrainte au divorce quand Amaury devient roi (1163), elle et Josselin devinrent tr�s influents durant le r�gne du fils d'Agn�s, Baudoin IV (1174-1185). Ils jou�rent un r™le dŽterminant dans la nomination d'HŽracle [HŽraclius d'Auvergne] comme patriarche latin de JŽrusalem (1180) et assur�rent la couronne ˆ la fille d'Agn�s, Sybille (1186). Leurs actions ont ŽtŽ jugŽes sŽv�rement par les historiens, en partie sous l'effet de l'Histoire de Guillaume de Tyr, leur ennemi. Les filles de Josselin III se mari�rent ˆ des occidentaux et vendirent leurs terres ˆ l'ordre teutonique (ma traduction).
PrŽcisons un peu.
Fin XIe, la "rŽvolution des ch‰teaux" est terminŽe, m�me si ses rŽsultats restent provisoires (concurrences). Ce sont ces gens, les ch‰telains, leurs chevaliers, leurs hommes, leurs valets et leurs pr�tres, qui passent Outremer et Ñsoulignons la diffŽrence avec l'expŽdition presque contemporaine des Normands en Angleterre Ñ, ils ne sont pas dirigŽs par un chef. Ce sont des armŽes de comtes. En ce sens, la 1�re croisade (1095-1099) exporte la "rŽvolution des ch‰teaux". MalgrŽ les droits de l'empereur de Constantinople, la conqu�te de l'Outremer sur les Žmirs "musulmans" en fait un pays ouvert o� chaque chef se taille un territoire.
Josselin ne s'est pas joint aux premiers contingents. Il n'a pas participŽ ˆ l'ŽpopŽe hŽro•que, ni au si�ge d'Antioche, ni ˆ la prise de JŽrusalem. C'est sans lui que Baudoin de Boulogne s'attribue Edesse qui sera moins un comtŽ franc quÕun comtŽ armŽnien ˆ direction franque (Cahen, 1940). Josselin arrive apr�s la conqu�te, comme d'autres membres du groupe MontlhŽry-Puiset venus renforcer l'emprise du clan et trouver Outremer une heureuse compensation ˆ la pression royale en Ile-de-France (ou une Žchappatoire apr�s dŽfaite).
Dans ce terrain d'aventures o� les morts au combat provoquent un renouvellement permanent, o� il suffit de conquŽrir pour se placer, tout guerrier peut trouver un seigneur ˆ servir, une veuve ˆ Žpouser, une troupe ˆ commander, un ch‰teau ˆ garder et, par lˆ, s'il a de la chance, prendre "l'ascenseur social". Les exemples ne manquent pas dans ce territoire incertain, fragmentŽ, polycentrique et menacŽ.
Les MontlhŽry-Puiset rŽussiront particuli�rement bien. Citons en particulier le fameux Hugues du Puiset, comte de Jaffa : en 1132, ˆ la t�te des barons du parti de la reine MŽlisende, sa cousine, il s'opposera au roi Foulques, son mari, et, quoique dŽfait, emp�chera celui-ci d'Žvincer celle-lˆ (Mayer, 1972; Besson, 2015). Il est le petit-fils de Hugues Ier Blavons, seigneur du Puiset, et d'Alice, l'une des fameuses MontlhŽry sisters comme la m�re de Josselin.
Ce dernier, vraisemblablement, vient avec l'arri�re-croisade de Guillaume de Nevers, le beau-fr�re de son fr�re. Il fait partie des rares survivants qui rŽussissent ˆ gagner Antioche. Il arrive au bon moment. Baudoin du Bourg, fils de sa tante MŽlisende de MontlhŽry, vient d'�tre enfieffŽ du comtŽ Edesse par Baudoin de Boulogne. En effet, ce dernier, apr�s la mort de son fr�re Godefroy "de Bouillon" (1100), s'impose comme roi de JŽrusalem et, devant par consŽquent quitter son comtŽ, le confie au cousin du Bourg.
Il reste beaucoup ˆ faire dans un pays fait de small pockets of territory surrounded by lands ruled by autonomous warlords, either Armenian or Turkish... Even those areas under his direct rule had Armenian soldiers and castellans (MacEvitt, 2008, p 75-6). Baudoin du Bourg, centrŽ sur Edesse, a besoin d'un homme fiable pour tenir la partie occidentale du comtŽ et le guŽ sur l'Euphrate : il Žtablit Josselin seigneur de Tell Bashir (Turbessel) et Rawandan.
Josselin ˆ l'ouest, Baudoin ˆ l'est de l'Euphrate. Le premier dŽfensif (contre Antioche), le second offensif (vers la MŽsopotamie). Leur coopŽration, mise entre parenth�ses pendant leur captivitŽ commune (Harran, 1104), devient problŽmatique apr�s leur libŽration (1108) quand l'Žquilibre est rompu par des difficultŽs internes (ArmŽniens) et externes (Mawdžd). La partie occidentale (Turbessel) devient le cÏur du comtŽ. Baudoin la rŽcup�re en accusant Josselin de trahison (1113). Celui-ci rejoint leur seigneur, Baudoin de Boulogne, roi de JŽrusalem, qui le recycle ˆ TibŽriade (seigneurie de GalilŽe, l'une des deux grandes PrincŽes du royaume), d'o� il m�nera des attaques sur le Hauran.
NŽanmoins, ˆ la mort de Baudoin de Boulogne (1118), Josselin, loyal ˆ son cousin et/ou inquiet de l'ŽventualitŽ d'un roi Žtranger, contribue de fa�on dŽcisive au coup d'Etat qui donne la couronne ˆ Baudoin du Bourg. Baudoin II, pour asseoir son pouvoir, place ses parents et amis aux postes de commande. Pour rŽcompenser Josselin (ou l'Žloigner ?), il le met ˆ la t�te du comtŽ d'Edesse, confiant sa GalilŽe ˆ un autre cousin, Guillaume de Bures.
Comme Baudoin du Bourg, Josselin a ŽpousŽ une princesse armŽnienne dont le capital relationnel est prŽcieux. Baudoin ayant Žtabli son contr™le sur le comtŽ, Josselin passe ˆ l'expansion qui, par nŽcessitŽ (main d'Ïuvre militaire) et par attrait (pillage, conqu�tes), se m�ne conjointement avec les ArmŽniens. Devenu comte d'Edesse, Josselin se rŽinstalle ˆ Turbessel, dans la partie utile du pays. Outre l'ennemi naturel, il doit se prŽoccuper de la relation avec Antioche qui, en 1108, avait tournŽ ˆ la guerre ouverte. Sous une forme ou une autre, la tension se maintiendra ˆ la gŽnŽration suivante. Josselin II et Raymond de Poitiers (Raymond d'Antioche) refuseront de s'entraider, ce qui contribuera ˆ la chute d'Edesse et, par contrecoup, ˆ l'affaiblissement d'Antioche.
Josselin meurt la m�me annŽe que Baudoin II (1131). With Baldwin and with Joscelin dead, the old generation of pioneer Crusaders was ended (Runciman, 1954). Son fils, Josselin II hŽrite du comtŽ d'Edesse et Žpouse en 1132 BŽatrice, veuve de Guillaume de Sa™ne (Sahyun). Ils engendreront : 1) Agn�s qui fr™lera la Couronne par le second de ses quatre mariages (Renaud de Marash, Amaury fr�re du roi, Hugues de Ibelin, Renaud de Sidon) et la contr™lera ensuite au nom de son fils ; 2) Josselin (futur III) ; 3) Isabelle qui maintiendra l'indispensable alliance armŽnienne en Žpousant un prince des montagnes, le rupŽnide Thoros.
La rivalitŽ avec Antioche est d'autant plus dommageable que les deux entitŽs sont prises en tenailles entre les "Turcs" et la reconqu�te byzantine (Diehl, 1903). Raymond sera contraint ˆ reconna”tre la suzerainetŽ de l'empereur (1137), comme Josselin II (1142). RŽvoltŽ, puis battu, Raymond mendiera son pardon ˆ Constantinople (1144). Pour les empereurs Jean et Manuel qui, outre leurs qualitŽs personnelles, profitent d'une situation favorable, la Cilicie, Antioche, Edesse, appartiennent ˆ l'empire et leurs princes en sont dŽpendants. Edesse perdue (1146) et le comte prisonnier (1150), son Žpouse vendra les restes ˆ l'empereur.
La "seconde croisade", initiŽe pourtant par la chute d'Edesse et la nŽcessitŽ de secourir le Nord, aggrave la situation. Au lieu d'attaquer Nur ad-Din ˆ Alep, ce qui, de plus, aurait portŽ un coup indirect ˆ l'empereur Manuel, toujours soucieux de limiter le potentiel "latin" en Syrie du Nord, Louis VII s'enfuit littŽralement d'Antioche. Edesse oubliŽe, la croisade va s'autodŽtruire ˆ Damas. Cet Žchec a une multitude de raisons, principalement la fragmentation des Etats Latins et la lutte pour le pouvoir ˆ JŽrusalem entre les deux co-rois, la m�re et le fils. L'expŽdition ˆ Damas se fait sans le concours d'Antioche, ni de Tripoli, ni d'Edesse, et, comme on le sait, abandonne en quelques jours. Outre les difficultŽs propres de l'affaire, les barons de MŽlisende contribuent au dŽsastre.
L'affrontement armŽ de la m�re et du fils au printemps 1152 apporte la victoire au second. Baudoin III r�gne enfin. A sa mort (1162), lui succ�de son fr�re Amaury, le fils fid�le de MŽlisende ( 1161).
Quant aux restes du comtŽ d'Edesse, pris entre deux meules, celle de Massoud d'Iconium et celle de Nuredin, BŽatrice, l'Žpouse de Josselin, les a cŽdŽs ˆ l'empereur. Elle se replie sur JŽrusalem avec son argent et ses enfants. Josselin II, lui, apr�s une dizaine d'annŽes de captivitŽ ˆ Alep, meurt en 1159.
M�me si Josselin III reste comte titulaire d'Edesse, la suite de l'histoire se passe ˆ JŽrusalem o�, on le verra, Agn�s, sa sÏur, joue un r™le important. En compensation de ses pertes au Nord, le jeune Josselin re�oit de Baudoin III des terres autour d'Acre et un fief-rente sur les revenus du port (Nicholson, 1973). Ses succ�s militaires lui valent d'�tre marŽchal du royaume (connŽtable en second) de 1156 ˆ 1159. Sa position s'amŽliore encore par le mariage de sa sÏur Agn�s avec Amaury, le fr�re du roi (1157). Mais Josselin, capturŽ ˆ la bataille d'Harrim (Harenc, 1164) avec les autres chefs, reste longtemps prisonnier. Il ne rŽappara”t qu'en 1176.
Agn�s, sa sÏur, aurait ŽtŽ reine en 1162 quand son Žpoux Amaury hŽrite la couronne. Mais les barons n'en veulent pas et Amaury la sacrifie. Une opportune dŽcouverte de consanguinitŽ justifie un curieux "divorce" : le mariage est annulŽ mais ses effets validŽs. Les ex-Žpoux ont le droit de se remarier (Agn�s aussit™t, Amaury en 1168 avec la ni�ce de l'empereur Manuel) ; et en m�me temps, leurs enfants, Baudoin et Sybille, restent lŽgitimes et conservent leurs droits ˆ la couronne que
le premier obtiendra douze ans apr�s, en 1174, par la mort d'Amaury (la seconde l'aura plus tard). Agn�s, m�re du nouveau roi, encore mineur, revient au premier plan.
Par raison de famille ou besoin de soutien, elle fait racheter Josselin par le TrŽsor royal (1176). Le royaume vit ses derni�res annŽes : ˆ partir de l'Egypte, Saladin prend Damas et commence sa longue conqu�te de la Syrie de Nuredin et des possessions latines.
Josselin, aussit™t nommŽ sŽnŽchal (administrateur), redevient un grand seigneur. Acteur important dans la politique du petit royaume, il est du parti d'Agn�s et des barons qui combattent la prŽpondŽrance de Raymond de Tripoli.
A la mort de Baudoin IV (1185), la couronne aurait dž passer ˆ sa sÏur, mariŽe au calamiteux Guy de Lusignan (1180). Mais Baudoin IV, pour court-circuiter Sybille et Guy, a sautŽ une gŽnŽration en dŽsignant pour successeur le petit Baudouinet, le fils du premier mariage de Sybille. Raymond de Tripoli devient rŽgent du royaume et Josselin tuteur de son petit-neveu.
La rapide mort de l'enfant (1186) ouvre la bataille contre Raymond de Tripoli. Le tr™ne est vacant. Sybille s'en empare, en tant qu'hŽriti�re naturelle de son fils. Josselin joue un r™le dŽcisif dans ce coup d'Žtat. Dans une situation militaire difficile, l'aventurisme de Guy de Lusignan et sa mŽfiance ˆ l'Žgard de Raymond conduiront au dŽsastre d'Hattin (juillet 1187) o� il sera capturŽ, avec Josselin et bien d'autres. L'armŽe latine dŽtruite, Saladin ne rencontre plus de rŽsistance en Palestine Ñsauf TyrÑ et entre dans JŽrusalem en Octobre 1187. D�s lors, le royaume ne sera plus qu'un croupion, m�me si virtuellement il se continue ˆ Chypre.
Josselin, rel‰chŽ avec Guy en 1188, se heurte avec lui ˆ Conrad de Montferrat, fr�re de Guillaume, qui vient de sauver Tyr et aspire ˆ la royautŽ. Josselin accompagne Guy au si�ge d'Acre (Akka). Saladin concentre ses forces pour aider les assiŽgŽs et la troisi�me croisade (Philippe Auguste, Richard d'Angleterre etc.) apporte les siennes aux assiŽgeants qui finissent par prendre la ville en Juillet 1191 apr�s deux ans d'efforts et de rŽsistance. Victoire sans lendemain.
On ne sait plus rien de Josselin (After that nothing is known of him) : s'il est encore en vie apr�s Acre, il aura probablement soutenu Guy dans son dŽrisoire combat avec Conrad pour la "royautŽ" et, peut-�tre, en 1192 l'aura-t-il suivi ˆ Chypre, son lot de consolation.
Revenons aux Courtenay de France.
On se souvient que Milon de Courtenay, le fr�re de Jossselin, a ŽpousŽ en 1095, Hermangarde, la fille unique de Renaud (II) comte de Nevers. Ils ont trois fils : deux disparaissent et le troisi�me est ce Renaud (Regnaud, Rainard, RŽgnier) ˆ partir duquel l'histoire des Courtenay bifurque.
Renaud appartient aux grands du petit royaume (proceres regni). Arri�re-cousin du Roi par son a•eule maternelle quatri�me, liŽ ˆ ce qui compte dans la noblesse du temps et du lieu, il Žpouse la fille de Guy du Donjon, descendant des comtes de Corbeil, qui lui donne deux filles. En 1147, ce Renaud part en croisade avec le roi puis rentre prŽmaturŽment pour prendre en mains son hŽritage. Et, en 1151, plus de Renaud. Restent ses terres et ses fillettes. Le Roi Louis VII les prend en garde et marie la cadette ˆ Avelon, sire de Suilly en Donziais et l'ainŽe, l'hŽriti�re, ˆ son fr�re Pierre. Rien ne serait plus banal si leur p�re Žtait mort ou si, vivant et incapable de produire un fils, il avait tout abandonnŽ ˆ sa fille ˆ charge de transmettre le nom et tout ce qui va avec. Mais il n'a fait ni l'un ni l'autre. Renaud est si bien vivant et fŽcond que, en Angleterre, il engendrera le lignage des Courtenay (ou Courtney, Curtney) qui dure encore aujourd'hui : Charles Peregrine Courtenay, Pair d'Angleterre.
On lit en France : Pierre Žpousa Isabeau, hŽriti�re de Courtenay. Comme si Renaud Žtait dŽfunt.
On lit en Angleterre : Renaud se querella avec le Roi qui saisit ses biens et fit Žpouser sa fille ˆ son fr�re (He quarrelled with King Louis VII, who seized Renaud's French possessions and gave them along with Renaud's daughter Elizabeth to his youngest brother).
Sans ce hiatus, la mutation de Renaud en "anglais" ne surprendrait pas : "France" et "Angleterre" n'ont pas encore divergŽ, les nobles des deux c™tŽs parlent la m�me langue et s'enchev�trent. Depuis la conqu�te normande, beaucoup sont possessionnŽs des deux c™tŽs du canal. Par exemple, Simon de Montfort est comte de Leicester par sa m�re, et son fils cadet, passŽ en Angleterre, dirigera la seconde guerre des Barons contre Henry III (1264-1267).
On ne sait rien de la dispute avec le roi qui annule Renaud. Elle sera tue ou oubliŽe des deux c™tŽs. On est rŽduit aux conjectures : la fuite ou l'exil de Renaud pourrait s'expliquer par sa participation au complot du fr�re de Louis VII et/ou au remariage de sa femme.
Les rivalitŽs, voire guerres, entre fr�res perturbent la royautŽ, presque ˆ chaque gŽnŽration, jusqu'ˆ la fin. Robert de Dreux, fr�re de Louis VII, tente de mettre ˆ profit son absence pour s'emparer du pouvoir. Impossible d'�tre sžr que Renaud participe, quoique les guerres du Puiset ne soient pas loin et que, apparentŽ aux MontlhŽry-Puiset, l'autoritŽ du roi ne l'effraie gu�re. Que, en 1149, il attaque et dŽpouille des marchands qui voyagent sous la protection du roi, est-ce brigandage ordinaire ou association aux dŽmarches illicites dont Robert Žtait le centre ou le drapeau ?... une conspiration, qui, par ses ramifications, par le rang et la naissance de son auteur, Žtait le plus grand danger qu'ait encore couru le tr™ne des CapŽtiens (Combes, 1853).
Robert a une position forte : bien mariŽ, bien pourvu en terres et en alliances, hŽritier prŽsomptif de la Couronne, son fr�re ainŽ Žtant dans les ordres et le roi sans fils (il faudra attendre 1165). En dŽsaccord avec Louis VII ˆ propos de Damas, il quitte la croisade prŽmaturŽment en m�me temps que Renaud (fin 1148 ou dŽbut 1149) : les perturbateurs du repos public sont de retour, Žcrit au Roi le RŽgent, le vieux Suger, abbŽ de St Denis, qui a difficilement surmontŽ les rŽvoltes de 1147/48 et dont la position reste problŽmatique.
Dans cette crise, les mŽcontents poussent Robert ˆ lui prendre la rŽgence. Suger fait face avec dŽtermination. Soutenu par le prestigieux Bernard de Clairvaux et le Pape (Eug�ne III), il convoque un "parlement", une assemblŽe des Grands, ˆ Soissons pour le 8 mai 1149. Preuve de sa fragilitŽ, il ne parvient pas ˆ la rŽunir. L'incertitude des rapports de force la repoussent de trois mois, au 4 aožt. L'art oratoire de Suger et ses menaces d'excommunication submergent les hŽsitants que la proclamation rŽaffirmŽe de la loyautŽ des armes de Flandres et Champagne impressionne. Les Grands, mis en demeure de dŽfier publiquement le Roi, de surcro”t protŽgŽ par sa prise de croix, ren‰clent ˆ sauter ce double pas. Suger triomphant, Robert reconna”t qu'il a perdu et demande pardon.
Robert et les siens ont encore une chance : leur position se rŽtablirait si le Roi, absent depuis deux ans, ne rentrait pas ou, rentrŽ, dŽsavouait Suger. Les deux ŽventualitŽs se produisent presque, mais le roi revient et qualifie Suger de p�re de la patrie.
Si Renaud a fait partie du groupe de Robert, Suger ou le comte de Champagne, ne pouvant pas se venger du fr�re et hŽritier du Roi, aura puni ses amis et, notamment, offert les dŽpuilles de Renaud au dernier fr�re du Roi, ce Pierre qui n'a rien et qu'il est prudent de rehausser face ˆ Robert.
Faute de documents, ceci est une hypoth�se. Elle est compatible avec une autre, que Renaud ait pris parti pour AliŽnor.
Renaud et Louis se sont dŽjˆ heurtŽs lorsque tout ce monde Žtait en Palestine et que la reprise d'Edesse et la conduite de la reine ˆ Antioche faisaient dŽbat (Aurell, 2005). Renaud s'est joint ˆ Raymond, Josselin, AliŽnor et ses vassaux, pour combattre le lobby jŽrusalŽmite et l'obstination du roi qui conduiront au fiasco de Damas. Ces tensions ont pu provoquer ou prŽcipiter son retour.
La question de la Reine est lourde d'implications, prŽsentes (Raymond ou Louis ?), imminentes (Edesse ou Damas ?), prochaines (donnera-t-elle un fils au Roi ?) et futures (Plantagen�t et Aquitaine). Peut-�tre, dŽjˆ, Renaud opte-t-il pour AliŽnor. Peu d'annŽes plus tard, toute ambigu•tŽ se dissipe apr�s le "divorce" de celle-ci (1152). Cause ou consŽquence de la brouille avec son roi, il est dit que Renaud a contribuŽ efficacement au rapide remariage d'AliŽnor avec Henri Plantagen�t, bient™t Roi d'Angleterre (having been very instrumental in effecting the match).
Le roi courroucŽ attaque aussit™t la Normandie. Soutenu par son fid�le Henri de Champagne, il s'allie aux ennemis d'Henri : son fr�re Geoffroy qui veut l'Anjou, et son cousin Etienne de Blois qui dŽfend sa couronne d'Angleterre. Apr�s maintes pŽripŽties, la mort du fils d'Etienne (1153) fait de Henri son successeur et lui donne la couronne en 1154. En quatre ans, Henri a gagnŽ sur tous les tableaux. Et, plus encore, puisque, lui, il a dŽjˆ eu d'AliŽnor deux fils dont un vivant alors qu'elle n'a laissŽ que des filles ˆ Louis !
Une fois le mariage cŽlŽbrŽ et la guerre commencŽe, Renaud n'avait plus qu'ˆ combattre pour Henri. Comme nous le verrons, le roi d'Angleterre rŽcompense Reginald. Ses descendants (cf. infra),
devenus comtes hŽrŽditaires de Devon, comptent dans les soixante familles qui constituent la ruling elite de l'Angleterre (Davies, 2009) et sont actifs dans son histoire mouvementŽe.
En France, sans proc�s ni guerre locale, sans confiscation ni reprise, les domaines de Renaud sont saisis ou au moins retenus par le Roi. Renaud, de son vivant, se serait-il dŽpossŽdŽ volontairement au profit d'une fille trop jeune pour ne pas tomber en tutelle ? Non, il s'enfuit ou est chassŽ.
Tandis que la continuitŽ patrilinŽaire se poursuit du c™tŽ anglais o� demeurent les vrais Courtenay descendus d'Athon directement par m‰les, Pierre "de France" crŽe une nouvelle Maison, Courtenay par fille et capŽtienne par m‰le. Du Bouchet, l'historiographe des Courtenay au XVIIe, renverra les anciens Courtenay en marge, au paragraphe traitant de l'Žpouse de Pierre : les Courtenay royaux n'admettent pas d'autre anc�tre que Louis VI le gros.
Dans l'Angleterre angevine, un pays tr�s ouvert, passablement agitŽ et king-centred, les contemporains de Reginald le connaissent comme puissant baron du Devon venu de France. Il n'y a pas d'autre Courtenai. La tradition anglaise est trop bien Žtablie pour ne pas l'adopter.
Essayons de prŽciser la chronologie. Il semble que Reginald arrive en Angleterre quand Henri devient roi (1154), et meure en 1194. ‚a lui laisse le temps d'avoir une belle carri�re. On ne sait pas quand il est nŽ mais, en gros, il est de la m�me gŽnŽration que les fils de Louis VI (nŽs entre 1120 et 1132). En 1194, il aurait dans les 70 ans, un ‰ge avancŽ mais admissible.
On ne peut ni dater ni localiser sa premi�re apparition historiographique. Pour Camden (1607, Britanniae descriptio), Reginald est le premier Courtenay anglais, venu avec Henry qui l'a rŽcompensŽ pour avoir contribuŽ ˆ son mariage avec Eleanor. Reginald est de la premi�re maison de Courtenay.
Et, bien plus tard, toutes les gŽnŽalogies anglaises des Courtenay indiquent que Il a gŽnŽralement ŽtŽ re�u comme un fait que Reginald de Courtenay accompagna la reine Eleanor en Angleterre en 1151 [...] et qu'il fut le premier membre de la famille installŽ dans ce pays (Dallas & Porter, in Notes & Querries, 1895, S. 8, vol. 7, pp. 441-3 et 503-5, ma traduction).
Il ne manque qu'un nom (Renaud) pour arriver ˆ l'identitŽ. Renaud et Reginald sont faiblement documentŽs, leur relation nullement. Rien ne dŽmontre ni la diffŽrence, ni l'identitŽ. Toutefois, cette derni�re a deux ŽlŽments pour elle. D'une part, la co•ncidence des noms et des temps. D'autre part, le cui prodest ? : Reginald et ses descendants n'ont aucun avantage ˆ attendre de cette origine fran�aise. Au cours des innombrables guerres sur le continent, aucun Courtney ne revendique son hŽritage Courtenay : ils ne se soucient pas plus de leurs cousins fran�ais que ceux-ci d'eux.
Le roi d'Angleterre rŽcompense d'abord Reginald en lui accordant le manoir de Sutton (Berkshire) en 1161. Au moment de la grande rŽvolte, en 1173, il s'assure de sa fidŽlitŽ en lui donnant la garde des filles d'une hŽriti�re du Devon. Reginald s'attribue l'a”nŽe par laquelle il devient baron de Okehampton, "patron" de l'abbaye de Forde, gouverneur du ch‰teau d'Exeter et sheriff du Devon. Okehampton est ˆ la fois une terre et un "portefeuille" de droits sur une grande part du Devon. L'honour de Okehampton est aussi riche qu'un comtŽ, dira-t-on.
Nous survolerons les Courtney comtes de Devon jusqu'ˆ leur extinction et examinerons leur curieuse rŽsurrection 250 ans plus tard.
Comme j'en reste aux grandes lignes, je n'ai pas de scrupules ˆ suivre le trop dŽvouŽ Cleaveland, 1735, le du Bouchet des Courtenay anglais qui cŽl�bre les hauts faits et la valeur de la famille ˆ travers le temps ; sa t‰che est plus simple que celle du fran�ais car il n'a pas ˆ surmonter la confusion de la gŽnŽalogie. Et, comme tous ces Courtney ont agi et brillŽ, il ne manque pas de mati�re.
Robert (1183-1242), baron d'Okehampton, que le roi Jean sans terre a nommŽ gouverneur du ch‰teau d'Oxford et sheriff de l'Oxfordshire, Žpouse Mary, fille et hŽriti�re du puissant William de Redvers et de Vernon, 5�me comte de Devon. Son descendant, Hugh Courtney (1275-1340), le premier baron par writ de Okehampton, revendiquera l'hŽritage de sa cousine, la derni�re Redvers, Isabel ( 1293) qui avait succŽdŽ ˆ son fr�re Baldwin et, par lˆ, il deviendra comte de Devon (de facto en 1293, de jure par patente royale du 22/03/1335).
Sans entrer dans les dŽtails, le grand homme de cette premi�re pŽriode est Hugh (1303-1377), second comte de ce nom. En 1325, il Žpouse Margaret Bohun arri�re-petite-fille du roi Edward I. Hugh sera l'anc�tre commun aux branches collatŽrales qui, successivement, rallumeront le flambeau, les Courtney d'Haccomb en 1485, puis les Courtney de Powderham... en 1831 (cf. infra). Son premier fils, Hugh, prŽdŽc�de, puis le second : le
fils a”nŽ de ce dernier, Edward (1357-1419) est le nouveau comte de Devon.
Ces Courtney, chargŽs de lever l'armŽe du Devon et de la diriger quand un dŽbarquement fran�ais menace, sont aux c™tŽs du roi dans ses guerres Žcossaises et fran�aises, souvent amiraux ou chefs de flotte. DŽjˆ le premier comte jouissait de la quatri�me ou cinqui�me place dans l'ordre de prŽsŽance des Lords au Parlement et, plus tard, le cinqui�me comte, Thomas, se sent assez grand pour disputer son rang ˆ Arundel, le plus ancien comte d'Angleterre. Les Courtney sont trop hauts, trop guerriers et trop impliquŽs dans les alliances/rivalitŽs entre grands nobles, pour ne pas �tre prŽcipitŽs dans la "guerre des deux roses", cette auto-extermination de la noblesse qui m�le vendettas personnelles, fidŽlitŽs et opportunisme. Nos comtes sont du c™tŽ Lancastre, ce qui anŽantira la branche a”nŽe et, avec la victoire Tudor, fera la fortune de la branche cadette.
Thomas, comte de Devon, est avec Somerset inculpŽ de trahison par le duc d'York (1453). DisgraciŽ quand le duc devient protector du royaume (1455), il meurt, soit empoisonnŽ, soit dans une bataille. Son fils Thomas (1432-1462) partage les hauts et les bas du roi Henri VI et de la reine Marguerite. Le fils du duc d'York devenu roi (Edward IV, 1461), Thomas est accusŽ de trahison (attainted), dŽgradŽ (forfeited) et dŽcapitŽ. Son fr�re Henry semble avoir eu le m�me sort (1466). Le dernier fr�re John, restaurŽ dans ses honneurs en 1470 quand Henry VI retrouve bri�vement la couronne, est tuŽ l'annŽe suivante ˆ la bataille de Tewksbury et derechef dŽgradŽ. C'est la fin des Courtney d'Okehampton. Leurs possessions et leurs honneurs sont distribuŽs aux partisans d'York. Il faudra attendre l'act of resumption de Henry VII (1485) pour annuler ces condamnations au profit d'Edward Courtney de la branche cadette (Haccomb/Boconock), issue du grand Hugh.
Cet Edward, arri�re petit-cousin des derniers Okehampton, tr�s actif aux c™tŽs du comte de Richmond (futur Henry VII), adh�re ˆ la conspiration de Buckingham contre Richard III et, apr�s son Žchec (1483), lui, son fr�re Walter, le cousin Peter, Žv�que d'Exeter, et d'autres western gentlemen, rejoignent le Tudor en Bretagne. Ils sont tous outlawed et attainted. Plus tard, ensemble, ils dŽbarquent dans l'ouest and a great many Noblemen with their Retinues immediately resorted to them. A la bataille de Bosworth, Richard est battu et tuŽ. Richmond, dŽsormais roi, restaure aussit™t Edward dans les honneurs et biens des Courtney comtes de Devon (patentes du 26 Oct., 1485).
Les Tudor, devenus royaux par des voies dŽtournŽes, resteront craintifs et vindicatifs ˆ l'Žgard de tous les descendants Plantagen�t (anyone with Plantagenet blood lived under a death sentence, Seward, 2010), quoique, pour se donner quelque lŽgitimitŽ, Henry VII ait ŽpousŽ aussit™t la fille a”nŽe du roi "yorkiste" Edward IV. Dix ans apr�s (1495), William, le fils et hŽritier d'Edward Courtney, l'imite, apportant une nouvelle dose de sang royal dans le pedigree Courtney. Peut-�tre, la goutte de trop! SuspectŽ d'�tre devenu yorkiste par son mariage et compromis par Suffolk (Edmund de la Pole) dans sa rŽbellion, il est emprisonnŽ (1506) et dŽgradŽ pour l'emp�cher d'hŽriter de son p�re Edward ( 1509).
Heureusement pour lui, le roi meurt et Henry VIII, prenant le contre-pied de son p�re, lib�re son "oncle" William et l'honore en lui donnant ˆ porter la troisi�me ŽpŽe lors de son couronnement. Derechef, le Courtney retrouve patrimoine et dignitŽs (10 mai 1511), ce dont il ne jouit gu�re, mourant quelques jours plus tard (9 juin).
Son fils Henry lui succ�de. Dans une premi�re phase, il fait partie des joyeux compagnons du roi dont il re�oit cadeaux, honneurs et titres (marquis d'Exeter en 1525 etc.). Mais, quand le schisme arrive, Henry est de cette conservative aristocracy qui s'oppose au chancelier Wolsey, soutient la true queen (Catherine d'Aragon) contre le Boleyn party. Revenu en faveur pendant la parenth�se Seymour, il est emportŽ par la crise qu'ouvrent en 1536 la condamnation du roi par Pole (Pro Ecclesiae Unitatis Defensione) et le soul�vement du Yorkshire (Pilgrimage of Grace), et qu'aggrave encore la mort de Jane Seymour (oct. 1537). En butte ˆ la suspicion de Cromwell et du roi, compromis par le catholicisme affichŽ de sa femme Gertrude, il est liquidŽ avec les autres amis et parents de Pole (western conspiracy) : la House of Lords le dŽclare coupable de trahison (3 Dec. 1538). Il est dŽcapitŽ (9 jan 1539) et dŽgradŽ. Encore un !
Son jeune fils, Edward, born to be a prisoner, reste ˆ la Tour pendant quinze ans, spŽcifiquement exclu du general pardon de l'av�nement d'Edward VI. En 1553, la nouvelle reine, Mary, rappelle le cardinal Pole et vient ˆ la Tour libŽrer "ses prisonniers" (3 aožt). Edward, aussit™t (re)crŽŽ comte de Devon (3 Sep. 1553), soutenu par le parti anti-espagnol, rate de peu la main de la reine. ExilŽ, il meurt ˆ Padoue en octobre 1556.
L'extinction des Courtney (avant leur rŽsurrection) incite ˆ un bref parall�le avec les Courtenay royaux. Ceux-ci dŽcollent d�s la seconde gŽnŽration (Philippe Auguste) et atteignent tout de suite les hautes sph�res. Mais ils ne se "soutiennent" pas. Leur destin rŽsulte-t-il de leur origine? Biologiquement, Pierre est le fils du roi, "socialement" il n'est rien. Au moment o� son mariage fait de Reginald un baron d'Okehampton, celui de Pierre le rend "sire de Courtenay". Son premier fils, Pierre "II", n'est que comte consort et le deuxi�me, Robert, quoique dotŽ en terres, ne re�oit pas de titre. Les deux bŽnŽficient d'une conjoncture favorable (expansion philipaugustienne), ils ne s'inscrivent pas dans la structure. Ces Courtenay sont royaux sans l'�tre, ce pourquoi ils l'oublieront.
Au contraire, l'outsider Reginald s'enracine dans la structure fŽodalo-royale. Les Courtney, hŽritiers de l'earldom des Redvers, rŽussissent de beaux mariages et ne manquent, ni de fils ni de vertu guerri�re. S'ils se rŽjouissent du sang royal (anglais) que leur apportent plusieurs alliances, ils sont avant tout une dynastie comtale que, pour sa gloire et son malheur, les drames des deux roses poussera au premier plan. Leur fin, en 1556, apr�s le flamboiement du marquis d'Exeter ˆ la Cour et le bref feu d'artifice de son fils, est autrement spectaculaire que l'asphyxie insidieuse de leurs homologues fran�ais.
Reste une ressemblance ironique : bien apr�s que les Courtenay et les Courtney soient Žteints, des cousins ambitieux entreprennent de les rallumer ! au long et vain combat des Courtenay tardifs des XVIIe/XVIIIe rŽpond au si�cle suivant celui, bref et victorieux, du Courtney rŽsiduel qui, repartant 250 ans en arri�re, est dŽclarŽ hŽritier m‰le du malheureux Edward et, ˆ sa suite, comte de Devon.
La mort du bel Edward en 1556 ne laisse subsister qu'une branche collatŽrale, les Courtney of Powderham, aussi oubliŽs que prosp�res. Ils descendent en ligne directe du cinqui�me fils du grand Hugh, Philip, que, en 1383, Richard II fit Lord Lieutenant of Ireland for ten Years et portent bien sžr three Torteaux Gules. Ils se transmettent de p�re en fils le ch‰teau de Powderham et une sŽrie de terres en Devon et Cornwall ainsi que de vastes possessions en Irlande.
Sautons les gŽnŽrations, et arrivons ˆ ce William (1632-1702) qui, malgrŽ un beau-p�re gŽnŽral dans l'armŽe du Parlement, soutient (au moins au dernier moment) le roi Charles II, lequel, ˆ la restauration, le fait baronet. Par hŽritage collatŽral, il retrouve le ch‰teau et le parc d'Okehampton passŽs ˆ des familles Žtrang�res, renouant ainsi le lien lignager. En 1762, son arri�re petit-fils (William) est crŽŽ viscount of Powderham-Castle ce qui l'Žl�ve ˆ la pairie alors que, jusque lˆ, simples squires, s'ils ont souvent siŽgŽ au Parlement, c'Žtait aux Commons en tant que knight of the shire.
Le troisi�me vicomte, son petit-fils, encore un William (1768Ð1835), est celui qui nous intŽresse. Il va demander et, plus heureux que les Courtenay fran�ais, obtenir, sa restauration dans les honneurs d'Edward qui "dormaient" depuis 250 ans. Ce William ("Kitty") est cŽl�bre pour son excessively flamboyant lifestyle alimentŽ par les revenus irlandais, et pour son homosexualitŽ publique. Il partage sa vie entre son domaine ˆ New York, la place Vend™me et son ch‰teau de Draveil ˆ c™tŽ de Paris. Inutile de prŽciser qu'il n'occupe pas son si�ge ˆ la House of Lords. Comment un tel homme en vient-il ˆ rŽclamer la succession d'Edward ? Via un cousin entreprenant, toujours un William, son seul hŽritier. Ce William trouve l'argumentation, et pŽtitionne au nom du viscount (1830). Le dossier arrive ˆ la Chambre des Pairs.
Cousin William retrouve les instruments juridiques de restauration d'Edward par Mary (1553) dont le texte prŽcis Žtait inconnu. Quelle satisfaction aura-t-il ressenti en lisant la clause d'hŽrŽditŽ ! alors que, gŽnŽralement, les honneurs de quelqu'un passent au heir of his body, la Reine a Žtendu la transmission ˆ tout hŽritier m‰le, et ˆ perpŽtuitŽ (sibi et heredibus suis masculis imperpetuum).
La diffŽrence est Žnorme : l'absence de fils Žteint la dignitŽ ; mais un homme a presque toujours un hŽritier, fžt-ce un cousin ŽloignŽ, et la dignitŽ se transmet. Si William-Kitty rŽcup�re les honneurs d'Edward, ˆ sa mort, William les aura, Žtant son cousin au troisi�me degrŽ et seul hŽritier: en effet, il descend de Henry Reginald, fr�re du premier viscount dont William-Kitty est le petit-fils. Les termes de la patent de Queen Mary dont elle fit un bill du Parlement permettent donc ˆ la fois de qualifier le viscount de comte de Devon (alors qu'il n'est lui-m�me qu'un cousin ŽloignŽ d'Edward) et, par suite, de transformer le jeune William en comte hŽrŽditaire !
La gŽnŽalogie est limpide : apr�s le dŽc�s d'Edward (1556) qui Žtait le successeur de Hugh, l'anc�tre commun aux deux branches, le next in descent, se trouve treize degrŽs plus loin, en remontant ˆ Hugh et en descendant jusqu'ˆ William Courtney de Powderham-Castle.
NŽanmoins, le caract�re exorbitant d'une telle clause d'hŽrŽditŽ soul�ve des difficultŽs juridiques qui seront dŽbattues et une question de fait : pendant 250 ans les Powderham se sont satisfaits de leur sort sans jamais rŽclamer une dignitŽ qu'eux-m�mes croyaient enterrŽe avec Edward. Ce dernier mourant sans postŽritŽ, ses cousines troisi�mes re�urent ses biens, lesquels ont ŽtŽ dispersŽs par leurs mariages. Les biens, non la dignitŽ ! celle-ci a-t-elle dormi pendant 250 ans, attendant d'�tre ŽveillŽe par le vicomte charmant ? Endormie ou Žteinte? Dans ce dernier cas, la Couronne peut crŽer le viscount comte de Devon, pas le restaurer. Si les avocats se dŽm�nent pour Žcarter l'objection, l'attorney general l'aborde nettement : this case exhibits the remarkable fact of a long acquiescence, from the reign of Queen Mary to the reign of the present sovereign, in the nonenjoyment of the dignityÉIt appears, by the pedigree, that the collateral heirs male of Sir Edward Courtenay were persons in a highly respectable station of life, fully competent to have asserted their claim at that time.
Cela n'emp�che pas le Commitee for privileges de proclamer earl of Devon, le viscount Kitty et, rŽtroactivement, son p�re, grand-p�re, arri�re grand-p�re etc., tous faits earl de jure. Le Peerage est corrigŽ pour les inscrire comme tels dans la liste des comtes de Devon : neuf gŽnŽrations de comtes d'un seul coup !
L'histoire ressemble ˆ celle des Courtenay : une branche marginale qui s'est tue pendant des si�cles se rŽveille soudain et rŽclame les privil�ges de ses lointains anc�tres.
Certes,
les
deux dossiers diff�rent. A l'issuance indiscutŽe des Courtney s'oppose le flou du lien des Courtenay tardifs avec le dernier descendant certain de la branche cadette (Jean sans terre). Flous aussi sont les honneurs revendiquŽs par les fran�ais puisque, en son temps le fils de Louis VI le gros, n'en avait pas. Il leur faut rŽclamer ceux que Pierre aurait eus aujourd'hui si, aujourd'hui, il Žtait fils de roi.
C™tŽ
anglais,
tout est crystal clear : l'honour revendiquŽ, Žcrit en toutes lettres dans la patent de la reine et le bill
du Parlement, est parfaitement dŽfini. Devenir comte de Devon comme successeur de Hugh, projette le viscount
of Powderham-Castle vers le haut et vers les temps hŽro•ques, et lui assure les premiers rangs dans l'ordre de prŽsŽance. C™tŽ fran�ais, si notre Courtenay qui n'a Ñet n'a jamais euÑ le moindre titre devenait d'un coup prince du sang reconnu, il serait capable
de la Couronne ce qui est bien autre chose.
En Angleterre, l'opulent et well connected vicomte Courtney, prŽsente sa pŽtition au roi, invoquant un instrument juridique, la patent de Queen Mary, et formulant une demande prŽcise qui, en m�me temps, n'a pas de rŽel enjeu (sauf pour l'hŽritier du viscount) : it
is a case of curiosity, rather than of practical importance, dit le Lord-Chancelier pour forcer la main au Committee for privilege. Le dŽbat ne porte pas confusŽment sur des gŽnŽralitŽs et des chartes privŽes mal ou pas authentifiŽes, il suit une procŽdure, nourrie de documents, de prŽcŽdents et d'une immense jurisprudence en mati�re de concessions royales et de peerage. Faute de vrais pairs, il n'existe pas en France un tel corpus de casuistique en la mati�re !
Toutefois, nous pouvons induire du dossier Courtney quelque chose. Le Committee examine la question que pose la clause de transmission au Heir male. Celui-ci, m�me latŽral, appartient au sang qui a initialement re�u l'honour, en l'occurence Hugh : his collateral heirs male must be of the blood of the grantee,Ñthey must be descended from the same common ancestor (Lord Wynford, deputy speaker of the House).
Les Courtney ici, les Courtenay lˆ, se rŽclament de l'anc�tre commun, celui qui a ŽtŽ qualifiŽ (de jure pour le Hugh du XIVe, de facto pour le Pierre du XIIe) : puisque cet honneur est dormant, puisque nous sommes le dernier avatar du grand homme (directement ou indirectement), nous devenons son substitut, identifiŽ ˆ lui. Donc son honneur (ou quelque chose de cet honneur) nous Žchoit. La durŽe n'importe pas, tant que les filiations tiennent. Cette conception archa•que ne choque pas plus les Fran�ais du XVIIe que les Anglais du premier XIXe.
Sur
cette
base, les Courtenay auraient pu gagner si cet atout n'avait pas dŽjˆ ŽtŽ jouŽ par Navarre pour se faire Henri IV. Le parall�le anglais montre ce qui, leur manquant, rendait l'Žchec inŽluctable : ils demandent plus que les Courtney avec moins de cartes en main.
Prologue.
Du comte de Sens au sire de Courtenay
Bautier Robert-Henri, 1985, "Anne de Kiev, reine de France, et la politique royale au XIe si�cle : Žtude critique de la documentation", In: Revue des Žtudes slaves, T. 57, fascicule 4, pp. 539-564
Dhondt Jean, 1939, "ƒlection et hŽrŽditŽ sous les Carolingiens et les premiers CapŽtiens", In: Revue belge de philologie et d'histoire, T. 18, fasc. 4, pp. 913-953
Fliche Augustin, 1909, "SŽguin archev�que de Sens, Primat des Gaules et de Germanie 977-999", In: Bulletin de la sociŽtŽ archŽologique de Sens, tome xxiv
Fliche Augustin, 1912, Le R�gne de Philippe Ier, roi de France (1060Ð1108), Paris, SociŽtŽ fran�aise d'imprimerie et de librairie
Le Jan RŽgine, 1995, Famille et pouvoir dans le monde franc (VIIe-Xe si�cle), essai d'anthropologie sociale, Paris, Publications de la Sorbonne
Luchaire Achille, 1911, Les premiers capŽtiens, T. 2.2 de Lavisse, Histoire de France depuis les origines jusqu'ˆ la RŽvolution
Nassiet Michel, 1994, "Nom et blason. Un discours de la filiation et de l'alliance", In: L'Homme, T. 34, n¡129. pp. 5-30
Varenne Damien, 2013, "Les Žlections d'archev�ques ˆ Sens entre 977 et 1034", Communication ˆ la sociŽtŽ archŽologique de Sens
I.
Trois gŽnŽrations Outremer
Besson Florian, 2015, "FidŽlitŽ et fluiditŽ dans lÕOrient latin", In: Bulletin du Centre de recherche fran�ais ˆ JŽrusalem, N¡26
Cahen Claude, 1940, La Syrie du nord ˆ lÕŽpoque des croisades et la principautŽ franque dÕAntioche, Damas, Presses de lÕIFPO
Diehl Charles, 1903, "The byzantine Empire and the Crusades", In: Munro Dana Carleton, ed, Essays on the Crusades, The international monthly
Housley Norman, 2006, Contesting the Crusades, Blackwell
La Monte John, 1938, "The rise and Decline of a Frankish Seigneury in Syria in the time of the Crusades", In: Revue historique du sud est europŽen, XV, N¡10-12, pp. 301-320
MacEvitt Christopher, 2004, "Christian Authority in the Latin East: Edessa in Crusader History", In: Ridyard Susan J., The Medieval Crusade, The Boydell Press, Woodbridge
MacEvitt Christopher, 2008, The Crusades and the Christian World of the East Ñ Rough Tolerance, Pennsylvania UP, CH3 "Images of Authority in Edessa, 1100-1150"
Mayer Hans Eberhard, 1972, "Studies in the History of Queen Melisende of Jerusalem", In: Dumbarton Oaks Papers, Vol. 26, pp. 93-182
Murray Alan V., ed, 2006, The Crusades - An Encyclopedia
Nicholson Robert Lawrence, 1973, Joscelyn III and the Fall of the Crusader States 1134-1199, Leiden, Brill
Riley-Smith Jonathan, 1997, First Crusaders 1095-1131, Cambridge UP
Runciman Steven, 1954, A History of the Crusades, Vol. II (1100-1187)
Stevenson William Barron, 1907, The Crusaders in the East
II.
La dŽpossession des anciens Courtenay
Aurell Martin, 2005, "Aux origines de la lŽgende noire d'AliŽnor d'Aquitaine", In: Colloque RoyautŽs imaginaires (XIIe-XVIe si�cles), U. Paris X-Nanterre, sep. 2003, dir. Allirot et al., Turnhout, pp. 89-102
Bouchet Jean du-, 1661, Histoire gŽnŽalogique de la Maison Royale de Courtenay, Paris, Preuveray
Combes, Fran�ois, 1853, L'abbŽ Suger, histoire de son minist�re et de sa rŽgence
du Tillet Jean, 1580, Recueil des Roys de France, leurs Couronne et Maison, Paris, Dupuys
Duch�ne AndrŽ, 1631, Histoire gŽnŽalogique de la maison royale de Dreux, Paris, Cramoisy
Hunter Joseph, 1853, "On the (so called) Roll of Battle Abbey", In: Sussex Archaeological collections, vol. VI, London
Saint-Allais Nicolas Viton, 1818, L'art de vŽrifier les dates (par un religieux de la congrŽgation de Saint-Maur, rŽimprimŽ et continuŽ par M. de Saint-Allais), Paris, Valade
Vincent Nicholas, 1999, "Isabella of Angouleme: John's Jezebel", In : Church (ed), King John - new interpretations, The Boydell Press, Woodbridge, pp. 165-219
III.
Curtney, comtes de Devon
Banks Thomas Christopher, 1831, A Letter to the Right Honorable the Lord Brougham and Vaux... on the Late Decision of the Earldom of Devon
Cleaveland Ezra, 1735, A Genealogical History of the Noble and Illustrious Family of Courtenay (dedicated to the Honourable Sir William Courteny, Bt.), Exon, Farley
Davies Rees Robert, 2009, Lords and Lordship in the British Isles in the Late Middle Ages ((1272Ñ1422)
Giesey Ralph E., 1961, "The Juristic Basis of Dynastic Right to the French Throne", Transactions of the American Philosophical Society New Series, Vol. 51, No. 5, pp. 3-47
Harris Nicholas,1832, Report of Proceedings on the Claim to the Earldom of Devon in the House of Lords: With Notes, and an Appendix Containing Copies of Patents, and Cases Illustrative of the Claim, J. & W.T. Clarke